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Objet d'étude : le ROMAN ET SES PERSONNAGES
Corpus

Texte A :  STENDHAL, La Chartreuse de Parme, chapitre 3, 1839
Texte B
Jean GIONO, Le Grand Troupeau, 1931
Texte C :
Louis Ferdinand CÉLINE, Le Voyage au bout de la nuit, 1933


Questions

 

TEXTE A

Fabrice Del Dongo, un jeune aristocrate italien, admirateur de Napoléon rejoint les troupes françaises et se retrouve à Waterloo

 

Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instants après, Fabrice vit, à vingt pas en avant, une terre labourée qui était remuée d'une façon singulière. Le fond des sillons était plein d'eau, et la terre fort humide, qui formait la crête de ces sillons, volait en petits fragments noirs lancés à trois ou quatre pieds de haut. Fabrice remarqua en passant cet effet singulier ; puis sa pensée se remit à songer à la gloire du maréchal (1). Il entendit un cri sec auprès de lui ; c'étaient deux hussards qui tombaient atteints par des boulets ; et, lorsqu'il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l'escorte. Ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en engageant ses pieds dans ses propres entrailles ; il voulait suivre les autres : le sang coulait dans la boue.
Ah ! m'y voilà donc enfin au feu ! se dit-il. J'ai vu le feu ! se répétait-il avec satisfaction. Me voici un vrai militaire. A ce moment, l'escorte allait ventre à terre, et notre héros comprit que c'étaient des boulets qui faisaient voler la terre de toutes parts. Il avait beau regarder du côté d'où venaient les boulets, il voyait la fumée blanche de la batterie à une distance énorme, et, au milieu du ronflement égal et continu produit par les coups de canon, il lui semblait entendre des décharges beaucoup plus voisines ; il n'y comprenait rien du tout.

 

1 : le maréchal Ney, que Fabrice vient d’apercevoir

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TEXTE B


Le Grand Troupeau est un roman dont l'action se situe durant la Grande Guerre (1914-1918)

 

Le jour est venu tout d'un coup. Le mont Kemmel (1) fume de tous côtés comme une charbonnière. On est le long d'une route de saules: des saules déjà touchés de printemps; des bourgeons de belle amitié qui s'ouvrent.
Les balles claquent dans les branches ; la peau d'herbe est toute blessée. L'étang doucement s'en va, on le voit s'en aller dans les trous et puis s'enfoncer dans la terre.
Des vols d'obus passent, s'abattent, sautent, arrachent des branches, rugissent sous la terre, se vautrent dans la boue, puis tournent comme des toupies et restent là. On creuse à la pelle de trou à trou. On a tout le temps dans les jambes cet étang qui veut s'en aller, et qui coule tantôt d'ici, tantôt de là, sans savoir. On le repousse, on le frappe, il revient, il geint. On le frappe à coups de pelle. Un obus se plante là tout près. On se couche sur l'étang et, tout de suite, il se met à lécher l'homme tout du long, des genoux à la figure avec sa langue froide.
Là-haut à trois cents mètres, on voit un moulin. Un peu à gauche, un petit tas de pierres. C'était un pigeonnier.
- En voilà un, en voilà un ! crie Jolivet.(Il y a un homme dans ce tas de pierres; on vient de le voir se dresser. Il s'est découvert jusqu'au ventre) ... La vache! Donne un fusil que je le règle.
L'homme apparaît, Jolivet tire.
Au bout d'un moment l'homme se montre encore, Jolivet tire
Au bout d'un moment l'homme se montre encore.

 

1 : Le mont Kemmel (Kemmelberg) est le point culminant (156 m) de la province de Flandre-Occidentale, en Belgique.  

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TEXTE C

 

A l'instar de Candide, le héros du Voyage au bout de la nuit, Ferdinand Bardamu, découvre le monde et ses horreurs : la guerre en Europe, le colonialisme en Afrique et l'industrialisation qui asservit les hommes en Amérique. Nous sommes ici au début du roman : parti pour le front, le narrateur se retrouve sur un champ de bataille.
 

 

Ces Allemands accroupis sur la route, têtus et tirailleurs, tiraient mal, mais ils semblaient avoir des balles à en revendre, des pleins magasins sans doute. La guerre décidément, n'était pas terminée ! Notre colonel, il faut dire ce qui est, manifestait une bravoure stupéfiante ! Il se promenait au beau milieu de la chaussée et puis de long en large parmi les trajectoires aussi simplement que s'il avait attendu un ami sur le quai de la gare, un peu impatient seulement.
Moi d'abord la campagne , faut que je le dise tout de suite , j'ai jamais pu la sentir , je l'ai toujours trouvée triste , avec ses bourbiers qui n'en finissent pas , ses maisons où les gens n'y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part . Mais quand on y ajoute la guerre en plus, c'est à pas y tenir. Le vent s'était levé, brutal, de chaque côté des talus, les peupliers mêlaient leurs rafales de feuilles aux petits bruits secs qui venaient de là-bas sur nous. Ces soldats inconnus nous rataient sans cesse, mais tout en nous entourant de mille morts, on s'en trouvait comme habillés. Je n'osais plus remuer.
Ce colonel c'était donc un monstre ! A présent, j'en étais assuré, pire qu'un chien, il n'imaginait pas son trépas ! Je conçus en même temps qu'il devait y en avoir beaucoup des comme lui dans notre armée, des braves, et puis tout autant sans doute dans l'armée d'en face. Qui savait combien ? Un, deux, plusieurs millions peut-être en tout ? Dés lors ma frousse devint panique. Avec des êtres semblables, cette imbécillité infernale pouvait continuer indéfiniment ...Pourquoi s'arrêteraient-ils ? Jamais, je n'avais senti plus implacable la sentence des hommes et des choses.
Serais-je donc le seul lâche sur la terre ? Pensais-je. Et avec quel effroi !...Perdu parmi deux millions de fous héroïques et déchaînés et armés jusqu'au cheveux ? Avec casques, sans casques , sans chevaux , sur motos , hurlants , en auto , sifflants , tirailleurs , comploteurs , volants , à genoux , creusant , se défilant , caracolant dans les sentiers , pétaradant , enfermés sur la terre comme dans un cabanon 1, pour y tout détruire , Allemagne , France et Continents , tout ce qui respire , détruire , plus enragés que les chiens , adorant leur rage ( ce que les chiens ne font pas ) , cent , mille fois plus enragés que mille chiens et tellement plus vicieux ! Nous étions jolis ! Décidément, je le concevais, je m'étais embarqué dans une croisade apocalyptique.

 1 . Cabanon = asile d'aliénés

 

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I. Question (4 points)  

Par quels moyens les romanciers parviennent-ils, dans ces extraits, à montrer la  réflexion intérieure des personnages ?


II. Travail d’écriture (16 points)  Vous traiterez l’un des trois sujets suivants, au choix.

 

Commentaire 

Vous commenterez l’extrait du Voyage au bout de la nuit (texte C) de L.F. Céline

 

Dissertation  

Attendez-vous du personnage principal d'un roman qu'il soit un héros ?
Vous réfléchirez à cette question en vous aidant du corpus mis à votre disposition, des œuvres que vous avez lues en classe et de vos lectures personnelles.

 

Écriture d’invention

Afin d’inciter les élèves à la lecture, Vous êtes chargé d’écrire pour le journal du lycée un article dans lequel vous devez mettre en valeur tout l’intérêt que l’on peut tirer de la fréquentation des personnages romanesques.
Vous pouvez mettre un titre et une manchette à votre article.


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