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                 Le Rêve
   (Prose et poésie)

-Aloysius Bertrand , Gaspard de la nuit, "Il était nuit…", 1842
-Nerval , Aurélia, 1855
-Lautréamont, Les chants de Maldoror, 1869
 

- Rimbaud ,Les Illuminations, "Aube", 1886
- Henri Michaux , Un certain Plume, 1930  

Prose, poésie, poème en prose et prose poétique

 

ALOYSIUS BERTRAND

GASPARD DE LA NUIT

1842, III, VII

J'ai rêvé tant et plus, mais je n'y entends note. Pantagruel, Livre III

Il était nuit . Ce furent d’abord , - ainsi j’ai vu , ainsi je raconte , - une abbaye aux murailles lézardées par la lune , - une forêt percée de sentiers tortueux , - et le Morimont* grouillant de capes et de chapeaux .
Ce furent ensuite , - ainsi j’ai entendu , ainsi je raconte , - le glas funèbre d’une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d’une cellule , - des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque feuille le long d’une ramée , et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnaient un criminel au supplice .
Ce furent enfin , - ainsi s’acheva le rêve , ainsi je raconte , un moine qui expirait , couché dans la cendre des agonisants,  - une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d’un chêne , - et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue .
Dom Augustin , le prieur défunt , aura , en habit de cordelier , les honneurs de la chapelle ardente ; et Marguerite , que son amant a tuée , sera ensevelie dans sa blanche robe d’innocence , entre quatre cierges de cire .
Mais moi , la barre du bourreau s’était , au premier coup , brisée comme un verre , les torches des pénitents noirs s’étaient éteintes sous les torrents de pluie , la foule s’était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides , - et je poursuivais d’autres songes vers le réveil .

* C'est à Dijon, de temps immémorial, la place aux exécutions (Note du poète)

Situation L'auteur : Aloysius = prénom romantique (en fait Louis) . Très influencé par le romantisme allemand et le baroque. Le précurseur du poème en prose.

L'oeuvre : le thème du Moyen-âge en assure l'unité. Gothique, sorcellerie et fantastique dans le monde de "la nuit et ses prestiges".

Lecture Il était nuit ... vers le réveil

Introduction

Un texte très construit , alors que le poème  se présente comme le compte rendu d'un rêve ( cf. le refrain reconnaissable sous différentes formes) , qui relate dans une atmosphère à la fois mystique et tragique trois épisodes distincts .
Plan d'étude

1. Un plan très strict - ordre propre à l'élaboration d'une oeuvred'art.
2. Un rêve , une expérience individuelle chargée d'événements.

1. La composition du poème .
Une première phrase qui met en situation , en condition; elle donne le ton.
Trois paragraphes qui rapportent trois épisodes angoissants . Chronologie très marquée "d'abord...ensuite...enfin"
Deux paragraphes qui présentent les dénouements.

Les trois premiers paragraphes se développent chacun en trois temps : trois séquences présentée selon un ordre invariable et à l'aide de structures syntaxiques identiques , des membres de phrase à peu près égales :
§ 1 : trois lieux : trois substantifs  définis ( deux participes passés , des passifs: " une abbaye aux murailles lézardées par...une forêt percée de et un participe présent "le Morimont grouillant de") La phrase semble donc multiplier les précisions mais selon une structure et des reprises ( prépositions notamment) qui font naître le malaise.
§2 : A chaque séquence correspondent des sons  : glas / sanglots / cris + rires . Les substantifs sont accompagnés d'épithètes (funèbres (X2), plaintifs, féroces) et suivis chacun d'une proposition relative "auquel répondaient les sanglots funèbres d’une cellule" , "dont frissonnait chaque feuille le long d’une ramée",  "qui accompagnaient un criminel au supplice"
§3 : Trois personnages présentés selon la structure : substantif + relative "un moine qui...une jeune-fille qui ...et moi que..."  Trois suppliciés .
L'ordonnance n'est alors plus la même :
Le quatrième paragraphe permet d'identifier les deux premiers : Dom Augustin et Marguerite (Certainement celle de  Faust  (Goethe)) leur sort est évoqué au futur .
Le cinquième et dernier paragraphe se rapporte au narrateur, au rêveur. La conjonction "mais" marque la rupture : son sort est différent.

Donc des actions qui se poursuivent d'un couplet à un autre selon un ordre qui relève plus de la construction intellectuelle que de l'onirisme pure .
Le poème est une oeuvre d'art travaillée  et non le compte rendu fidèle d'un rêve comme il le refrain semble vouloir l'affirmer.

2. Un rêve .
Pourtant A. Bertrand exploite toutes les ressources du monde onirique.
Si les séquences se succèdent  selon un ordre invariable , le narrateur passe de l'une à l'autre sans explication.
C'est l'évocation d'un monde inquiétant : la première phrase , avec sa tournure archaïque ( cérémonieuse un peu à l'instar des formules de sorcellerie) plonge le lecteur dans un espace sombre , celui du Moyen-âge ( abbaye...capes...les pénitents noirs (Inquisition) ... le supplice de la roue )
La présence de la lune semble maléfique : le passif ("lézardées par la lune") suggère que l'astre éclaire et crée les lézardes.
La forêt est elle aussi maléfique : les termes "percé" et "tortueux"  sont descriptifs et symboliques : ils évoquent la souffrance ( "tortueux" vient de "tordre") , évocation soutenue par les allitérations de dentales [t].
Quant à la place , le participe présent "grouillant" offre l'image d'une foule impénétrable , sans visages puisque les hommes sont présentés par l'intermédiaire de la métonymie.
Le deuxième paragraphe est placé sous le signe de la mort "glas funèbre""pénitents noirs" , de la douleur "sanglots...cris"   et du sadisme "rires féroces". Les allitérations [ f ] concourent à communiquer l'angoisse , d'autant que la deuxième scène évoque avec réalisme les soubresauts de la victime attachée ("frissonnait chaque feuille le long d’une ramée")
les prières "bourdonnantes" sont plus sourdes, elles rappellent la confusion suggérée au paragraphe précédent par "grouillante" .
C'est un monde ou la barbarie se mêle à la mysticité : crémation et souffrance de l'agonie par pénitence, pendaison et crucifixion.
Le narrateur semble alors ne plus subir : comme souvent dans les rêves , les épisodes n'arrivent pas à terme. Au moment décisif, le rêveur passe de la conscience passive à un état plus proche de l'état de veille , cependant il reste pris dans son rêve et invente un dénouement , introduisant dans ce monde sombre des notes de douceur : "La chapelle ardente...la robe blanche...les cierges"   .
Mais ce dénouement peut aussi apparaître comme une dénonciation de la folie fanatique des hommes qui osent transformer la vie de certains en enfer pour ensuite les réhabiliter après leur mort . En effet , le moine ne sera honoré et la jeune fille ne retrouvera sa pureté qu'une fois morts.
Délivrance pour le narrateur qui revient au passé, il invente dans cet état de demi sommeil qui permet toutes les audaces, les circonstances délirante de sa libération : une liquéfaction générale résultat d'un coup de force de son imagination.

Conclusion
Un poème en prose très travaillé , un genre que Baudelaire reprendra.
L'univers illimité du rêve  qui plus tard sera exploité par toute la génération surréaliste.

 

 

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GERARD DE NERVAL

AURELIA OU LE REVE ET LA VIE

[ fin du chapitre 6 début du chapitre 7 ]

1853

Chacun sait que dans les rêves on ne voit jamais le soleil, bien qu’on ait souvent la perception d’une clarté beaucoup plus vive. Les objets et les corps sont lumineux par eux-mêmes. Je me vis dans un petit parc où se prolongeaient des treilles en berceaux chargées de lourdes grappes de raisins blancs et noirs ; à mesure que la dame qui me guidait s’avançait sous ces berceaux, l’ombre des treillis croisés variait encore pour mes yeux ses formes et ses vêtements. Elle en sortit enfin, et nous nous trouvâmes dans un espace découvert. On y apercevait à peine la trace d’anciennes allées qui l’avaient jadis coupé en croix. La culture était négligée depuis [de] longues années, et des plants épars de clématites, de houblon, de chèvrefeuille, de jasmin, de lierre, d’aristoloche étendaient entre des arbres d’une croissance vigoureuse leurs longues traînées de lianes. Des branches pliaient jusqu’à terre chargées de fruits, et parmi des touffes d’herbes parasites s’épanouissaient quelques fleurs de jardin revenues à l’état sauvage.
De loin en loin s’élevaient des massifs de peupliers, d’acacias et de pins, au sein desquels on entrevoyait des statues noircies par le temps. J’aperçus devant moi un entassement de rochers couverts de lierre d’où jaillissait une source d’eau vive, dont le clapotement harmonieux résonnait sur un bassin d’eau dormante à demi voilée des larges feuilles de nénuphar.
La dame que je suivais, développant sa taille élancée dans un mouvement qui faisait miroiter les plis de sa robe en taffetas changeant, entoura gracieusement de son bras nu une longue tige de rose trémière, puis elle se mit à grandir sous un clair rayon de lumière, de telle sorte que peu à peu le jardin prenait sa forme, et les parterres et les arbres devenaient les rosaces et les festons de ses vêtements ; tandis que sa figure et ses bras imprimaient leurs contours aux nuages pourprés du ciel. Je la perdais ainsi de vue à mesure qu’elle se transfigurait, car elle semblait s’évanouir dans sa propre grandeur. " Oh ! ne fuis pas ! m’écriai-je... car la nature meurt avec toi ! "
Disant ces mots, je marchais péniblement à travers les ronces, comme pour saisir l’ombre agrandie qui m’échappait, mais je me heurtai à un pan de mur dégradé, au pied duquel gisait un buste de femme. En le relevant, j’eus la persuasion que c’était le sien... Je reconnus des traits chéris, et portant les yeux autour de moi, je vis que le jardin avait pris l’aspect d’un cimetière. Des voix disaient : " L’Univers est dans la nuit ! "

VII

Ce rêve si heureux à son début me jeta dans une grande perplexité. Que signifiait-il ? Je ne le sus que plus tard. Aurélia était morte.

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LAUTREAMONT

LES CHANTS DE MALDOROR

1869

Chaque nuit, à l'heure où le sommeil est parvenu à son plus grand degré d'intensité, une vieille araignée de la grande espèce sort lentement sa tête d'un trou placé sur le sol, à l'une des intersections des angles de la chambre. Elle écoute attentivement si quelque bruissement remue encore ses mandibules dans l'atmosphère. Vu sa conformation d'insecte, elle ne peut pas faire moins, si elle prétend augmenter de brillantes personnifications les trésors de la littérature, que d'attribuer des mandibules au bruissement. Quand elle s'est assurée que le silence règne aux alentours, elle retire successivement, des profondeurs de son nid, sans le secours de la méditation, les diverses parties de son corps, et s'avance à pas comptés vers ma couche. Chose remarquable! moi qui fais reculer le sommeil et les cauchemars, je me sens paralysé dans la totalité de mon corps, quand elle grimpe le long des pieds d'ébène de mon lit de satin. Elle m'étreint la gorge avec les pattes, et me suce le sang avec son ventre. Tout simplement! Combien de litres d'une liqueur pourprée, dont vous n'ignorez pas le nom, n'a-t-elle pas bus, depuis qu'elle accomplit le même manége avec une persistance digne d'une meilleure cause! Je ne sais pas ce que je lui ai fait, pour qu'elle se conduise de la sorte à mon égard. Lui ai-je broyé une patte par inattention? Lui ai-je enlevé ses petits? Ces deux hypothèses, sujettes à caution, ne sont pas capables de soutenir un sérieux examen; elles n'ont même pas de la peine à provoquer un haussement dans mes épaules et un sourire sur mes lèvres, quoique l'on ne doive se moquer de personne. Prends garde à toi, tarentule noire; si ta conduite n'a pas pour excuse un irréfutable syllogisme, une nuit je me réveillerai en sursaut, par un dernier effort de ma volonté agonisante, je romprai le charme avec lequel tu retiens mes membres dans l'immobilité, et je t'écraserai entre les os de mes doigts, comme un morceau de matière mollasse..

 

Situation : Un livre qui se présente , selon l'auteur, comme un poème, divisé en 6 chants (donc tonalité épique). " un livre dangereux" (chant 1). Romantisme exacerbé, multiplicité des personnages, des narrateurs, bestiaire. Un mélange d'épopée et de roman noir,un recueil également très ironique qui tourne en dérision la littérature et la rhétorique.

Maldoror , le narrateur principal, est un être maléfique mais qui conserve la nostalgie de la pureté. Le passage est un extrait du livre V.

Lecture Chaque nuit, à l'heure où ...comme un morceau de matière mollasse.

Introduction Texte narratif, narration entrecoupée de discours ( commentaires, monologue intérieur , dialogue) Le récit d'un épisode obsédant , un cauchemar . Un texte à tonalité fantastique, bien qu'aucun élément ne sorte de l'ordinaire . Le narrateur exploite la peur commune et irraisonnée causée par l'image de l'araignée . La façon surprenante dont les faits sont rapportés accentue le sentiment de malaise.

Plan Etude portant d'abord (I) sur les éléments constitutifs du récit ( protagonistes, lieu et moment, actions) avant de parler (II) du point de vue narratif , de la place , de la fonctions et de la portée des différents discours .----------------------------------------------------------------------------

I. Eléments constitutifs du récit : Un agresseur et un agressé dans l'univers familier et intime de la chambre .
1) les protagonistes

L'araignée : quatre dénominations a) une périphrase" vieille araignée de la grande espèce" qui connote la noblesse. La caractérisation reste vague mais provoque le frison par des références implicites au danger qui accompagne son apparition b) une apostrophe à la fin du passage "tarentule noire" apostrophe à la fois descriptive et symbolique, le terme "tarentule" vaut essentiellement pour ses sonorités rudes et porteuses de menaces. L'apostrophe (épithète homérique) semble donner une identité et un statut puisque l'adjectif "noire" laisse percevoir en filigrane l'image de la mort , celle de la veuve maléfique. c) une comparaison "comme un morceau de matière mollasse" cette comparaison finale par vengeance lui retire vie et fonction : les allitérations [m] et le suffixe péjoratif [-asse] accentuent l'idée d'une force anéantie. L'insecte , terme neutre et générique, est chosifié et par là même humilié mais ce n'est qu'un coup de force de l'esprit.

Le narrateur (Maldoror) . La victime caractérisée par sa vulnérabilité ,celle du dormeur : évocation du "sommeil ", "ma couche", "je me réveillerai"; par son effroi "je me sens paralysé" et son impuissance : subjugué par le "charme" de l'araignée ; par son incompréhension "je ne sais pas" (il se présente en victime expiatoire); par ses velleités de rebellion (celle-ci étant renvoyé à un futur indéterminé). L'action envisagée "Je t'écraserai" est l'affirmation de la suprématie du vertébré sur l'insecte.

Le lieu et le moment . La scène est présentée comme un rituel, toujours recommencée "chaque nuit" . Le présent de narration actualise ce qui apparaît comme un scénario "un manège". Le superlatif absolu et le lexique "son plus grand degré d'intensité" mettent l'accent sur la torpeur . La scène est également marquée par "le silence" La chambre où se déroule un itinéraire : un "trou" nettement localisé "l'une des intersections des angles de la chambre" lieu inquiétant , infernal "les profondeurs de son nid" jusqu'à "ma couche" caractérisée par des éléments raffinés "pied d'ébène" , "lit de satin" qui par contraste accentuent la monstruosité de l'animal.

L'action . Un scénario "un manège" angoissant . Les adverbes de manière "lentement" , "attentivement", "successivement" et l'expression "à pas comptés" présentent l'approche comme un mécanisme irréversible.

L'acte : le vampirisme, le contact entre deux corps "son corps/mon corps" .Insistance sur les diverses parties du corps "tête...mandibules...pattes...ventre" l'effroi provient d'abord de la perception visuelle avant d'être associé à une perception tactile "la gorge avec ses pattes","le sang avec son ventre".

Transition Le texte est avant tout le récit d'une aventure onirique , un témoignage de l'irruption obsédante d'un rêve. Mais le récit est rapporté sur un ton marqué par l'emphase , il est de plus perturbé par un commentaire, un discours intérieur et l'amorce d'un dialogue

2. Une narration entrecoupée de discours avec trois destinataires différents (le lecteur, le narrateur lui-même et l'araignée).

Les commentaires sont destinés au lecteur, comme toute intusion d'auteur, ils orientent la compréhension du récit. Le commentaire s'ouvre sur une préposition qui marque la logique "vu sa conformation d'insecte..." occasion pour le narrateur d'ironiser sur le recours aux figures de style dans la littérature. Le texte (comme l'ensemble des Chants) prend alors une dimension parodique confirmée par des expressions trés littéraires presque précieuses comme " sans le secours de la méditation" destinée à rappeler que l'insecte est dénué de tout état d'âme.

Le discours intérieur ( un faux monologue intérieur puisque le destinataire est aussi le lecteur "dont vous n'ignorez pas le nom") est marqué par des exclamations et des interrogations "chose remarquable!" antiphrase qui est l'expression du désarroi. Tandis que "tout simplement!"qui souligne la terrible efficacité , contraste humoristiquement avec les circonlocutions employées pour décrire le "manège"dont il est victime.Le style emphatique employé dans la troisième exclamation : périphrase précieuse "liqueur pourprée" , structure complexe de la phrase (l'interro-négative) place le lecteur en position de témoin, celui d'une injustice subie par le narrateur qui cherche alors à affirmer son innocence sur le mode interrogatif.Les deux questions , deux motifs de vengeance présentés comme des" hypothèses" sont commentées à l'aide d'une rhétorique faite de circonlocutions moqueuses ( " quoique l'on ne doive se moquer de personne". Qui se moque de qui ou de quoi ? )Usage ironique de la langue littéraire en même temps que retranscription de l'incompréhension du narrateur. Ces circonlocutions traduisant aussi les méandres de la pensée de la victime.

L'apostrophe finale est du même ordre . Cette menace est formulée à l'aide d'une langue grandiloquente , lexicalement apprétée (mots et alliance de mots "irréfutable syllogisme", "volonté agonisante") et présentant syntaxiquement un cheminement qui tient de la période oratoire ( Protase+acmé+apodose).

Conclusion : Le rêve araignée de Maldoror présente la lutte d'un personnage vulnérable , dont la culpabilité transparaît à travers l'expression de l'angoisse . Il présente aussi un narrateur qui use et abuse d'un langage dont il se moque avec virtuosité.

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ARTHUR RIMBAUD

LES ILLUMINATIONS

"AUBE"
1886

J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.

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HENRI MICHAUX

UN CERTAIN PLUME

"  un homme paisible "

1938

© Editions Gallimard, lire notamment "Plume au restaurant","Plume voyage","La nuit des bulgares", "Plume avait mal au doigt", "Plume au plafond".

Etendant les mains hors du lit, Plume fut étonné de ne pas rencontrer le mur. «Tiens , pensa -t -il, les fourmis l’auront mangé ... » et il se rendormit .
Peu après, sa femme l’attrapa et le secoua : « Regarde, dit-elle ,fainéant ! Pendant que tu étais occupé à dormir, on nous a volé notre maison.» En effet, un ciel intact s’étendait de tous côtés.« Bah , la chose est faite .» pensa-t-il .
Peu après, un bruit se fit entendre. C’était un train qui arrivait sur eux à toute allure. «De l’air pressé qu’il a , il arrivera sûrement avant nous »  et il se rendormit .
Ensuite, le froid le réveilla. Il était tout trempé de sang. Quelques morceaux de sa femme gisaient prés de lui. « Avec le sang, pensa-t-il, surgissent toujours quantité de désagréments; si ce train pouvait n’être pas passé, j’en serais fort heureux. Mais puisqu’il est déjà
passé ... » et il se rendormit .
- Voyons , disait le juge , comment expliquez-vous que votre femme se soit blessée au point qu’on l’ait trouvée partagée en huit morceaux, sans que vous, qui étiez à côté, ayez pu faire un geste pour l’en empêcher , sans même vous en être aperçu . Voilà le mystère . Toute l’affaire est là-dedans .
- Sur ce chemin, je ne peux pas l’aider, pensa Plume, et il se rendormit .
- L’exécution aura lieu demain. Accusé, avez-vous quelque chose à ajouter ?
- Excusez-moi, dit-il , je n’ai pas suivi l’affaire. Et il se rendormit.

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Le rêve (prose et poésie)

Questions possibles

Ces cinq textes sont-ils des poèmes ?

"Qu'il écrive en vers ou en prose, qu'il sculpte en marbre ou coule en bronze (...).C'est à merveille. Le poète est libre."
Victor Hugo, Préface des Orientales

Jusqu'au XVIII ème, les domaines de la poésie et de la prose étaient nettement délimités: pour les classiques la poésie = l'art des vers . Poèsie = versification . Mais cette classification est trés rigide et depuis le romantisme (influence de Rousseau : notamment La Nouvelle Héloïse -1861- roman épistolaire écrit dans une prose qui "émeut"comme de la poésie), la poésie française a chercher à faire éclater le carcan des conventions. Révolte contre les lois de la métrique et de la prosodie.

"Deux dangers ne cessent de menacer le monde : l'ordre et le désordre" Paul Valéry, Variété III.

Donc partir du principe que si la poésie est langage , elle n'est pas langage codifié.

Bruno Hongre dans le "dictionnaire portatif du bachelier" (éditions Hatier) définit la poésie comme " l'art d'exprimer par le travail du langage ( son rythme, son harmonie,ses images, ses figures) les émotions,les sentiments, les rêves, les pensées, les visions du monde ,-tout ce qui "inspire" l'homme en général...la poésie repose sur deux éléments fondamenentaux : la nature de l'inspiration et le travail sur le langage "

On peut toutefois noter que parmi ces cinq textes , Aurélia peut être considéré comme un récit écrit en prose poétique, les autres sont des poèmes en prose : poèmes sans construction type bien que le plus souvent ils soient très courts ( Bertrand, Rimbaud, Michaux) mais Les Chants de Maldoror montrent qu'ils peuvent être aussi trés longs.

Le poème en prose se caractérise par une composition interne très travaillée : cf. "Aube" et ses deux octosyllabes qui encadrent les couplets,la structure chronologique du texte , "un homme paisible" et son leitmotiv, et bien sûr la structure très recherchée du poème d'Aloysius Bertrand (organisation en épisodes, parallélismes, couplets séparés par des blancs...) Lautréamont parlait de son oeuvre comme une "poésie de révolte"dans le fond (apologie du Mal) comme dans la forme (satire de lalittérature) : le recueil qui se présente comme un poème en six chants tient par sa longueur, une place à part dans le genre du poème en prose , il pourrait apparaître comme un roman avec une intrigue mais c'est avant tout un recueil de poèmes en prose avec des strophes construites de façon indépendante.

Poème en prose = mode d'écriture original caractérisé par la liberté qui convient parfaitement à l'exploration d'un univers onirique .

Comment le thème du rêve est-il abordé dans ces cinq textes ?

Développer ces trois axes par une étude comparative des cinq textes

1. Le rêve est une aventure individuelle (analyser les procédés d'écriture)

2. a ) Le rêve est fermé au monde réel (analyser les procédés d'écriture)

b) Ce qui le rattache au réel

3. Le rêve est chargé d'événements (analyser les procédés d'écriture)

S'agit il vraiment de la retranscription d'épisodes oniriques ou d 'oeuvres d'art ?

"Le rêve est une seconde vie" écrivait Nerval , en quoi ces textes illustrent-ils cette affirmation ?