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LITTERATURE ET PEINTURE
I.Histoire de la peinture
Exposés
1. L'art byzantin et la rupture de la Renaissance.
(synthèse)
II. "La chute d'Icare"
OVIDE
III. Le réalisme pictural
Histoire de la peinture
(
puis de
Giotto (v.1260/1337) qui le premier donne du modelé à ses personnages et crée
l'illusion d'un espace ou l'on se déplace.
Au XVème siècle : Masaccio(v.1401/1428) met les personnages en
perspective dans un espace structuré.
Botticelli, La primavera, 1478| Baudelaire,Les fleurs du mal, les phares, 1857 Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse, Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer, Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse, Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer; Léonard de Vinci, miroir profond et sombre, Où des anges charmants, avec un doux souris Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre Des glaciers et des pins qui ferment leur pays; Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures, Et d'un grand crucifix décoré seulement, Où la prière en pleurs s'exhale des ordures, Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement; Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules Se mêler à des Christs, et se lever tout droits Des fantômes puissants qui dans les crépuscules Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts; Colères de boxeur, impudences de faune, Toi qui sus ramasser la beauté des goujats, Grand coeur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune, Puget, mélancolique empereur des forçats; Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres, Comme des papillons, errent en flamboyant, Décors frais et légers éclairés par des lustres Qui versent la folie à ce bal tournoyant; Goya, cauchemar plein de choses inconnues, De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats, De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues, Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas; Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges, Ombragé par un bois de sapins toujours vert, Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges Passent, comme un soupir étouffé de Weber; Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes, Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum. Sont un écho redit par mille labyrinthes; C'est pour les coeurs mortels un divin opium! C'est un cri répété par mille sentinelles, Un ordre renvoyé par mille porte-voix; C'est un phare allumé sur mille citadelles, Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois! Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage Que nous puissions donner de notre dignité Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge Et vient mourir au bord de votre éternité! |
La chute d'Icare
![]() Jacob Peter Gowi, la Chute d'Icare, XVIIè siècle, Musée du Prado, Madrid |
Se renseigner sur la légende d'Icare et la signification du mythe (réponse) |
Dédale, exilé en Crète désire retrouver sa terre natale. Il lui faut donc franchir les mers.
Voici ce qu'il conçoit. Il prend des plumes, les range en ordre croissant, de la plus courte à la plus longue, en formant des degrés (c'est ainsi qu'étaient disposés les tuyaux inégaux de la flûte de Pan). Il attache ensuite ces plumes, au milieu, avec du lin, les fixe à la base avec de la cire et courbe légèrement l'assemblage obtenu afin d'imiter les véritables ailes d'oiseau. Son fils, Icare, était près de lui. Sans se douter qu'il préparait son malheur, tout souriant, il s'amusait à retenir les plumes agitées par le vent, ou bien il amollissait sous ses doigts la cire blonde - c'est dire qu'en jouant il retardait plutôt l'admirable travail de son père.
Enfin, quand l'inventeur a mis la dernière main à son ouvrage, il essaie l'équilibre de son corps sur ses deux ailes et se balance en brassant l'air. A son fils, il donne ses instructions : " Attention, Icare, tiens-toi à mi-hauteur; si tu descends trop bas, l'humidité alourdira tes ailes ; si tu montes trop, la chaleur les brûlera. Vole entre les deux. Et tâche de ne pas regarder non plus le Bouvier , ni l'Hélice , ni l'épée nue d'Orion . Je mène, suis ma route.
Alors il lui apprend la façon de voler, avec ces ailes artificielles qu'il lui a fixées aux épaules. Tandis que le vieil homme lui prodigue ses soins et ses conseils, ses joues se mouillent de larmes, ses mains de père tremblent. Il l'embrasse (ce sera pour la dernière fois), déploie son pennage et s'envole en avant. Inquiet, comme l'oiseau qui, du haut du nid, conduit sa jeune couvée dans les airs, il l'encourage à le suivre, il lui enseigne le dangereux exercice. En agitant ses ailes, il a les yeux sur celles de son fils.
Un pêcheur qui amorce les poissons au bout de son roseau flexible, un berger appuyé sur son bâton, un laboureur au mancheron de sa charrue les voient passer tous deux. Stupéfaits, ils prennent pour des dieux ces hommes capables de tenir l'air. Déjà, sur leur gauche, avait fui Samos, chère à Junon; ils avaient dépassé Délos et Paros; sur leur droite étaient Lébinthos et Calymné, connue pour son miel, lorsque l'enfant, prenant plaisir à l'audace du vol, abandonna son guide. Cédant à l'attrait du ciel, il gagne de l'altitude. C'est là qu'à l'approche du vif soleil, la cire odorante qui retenait les plumes se ramollit. Elle fond. Icare agite ses bras nus : dépouillé de ses ailes, il ne se soutient plus dans l'espace. Il appelle son père, il s'engloutit dans les flots d'azur, qu'on nomme depuis mer Icarienne.
Ovide (Environ 43-17 ou 18 av. Jésus-Christ) Poète latin, Ovide composa parmi d'autres écrits mythologiques Les Métamorphoses, poème en 15 livres
1. Dédale, en Grec Daïdalos = habile. 2. Orion : groupe d'étoiles.
3. Pennage : plumage. 4. Samos : île grecque
QUESTIONS
1. Par quels procédés le travail minutieux de Dédale est-il traduit ? De quelles qualités fait-il preuve ?
Quel est le temps verbal dominant ? pourquoi ?
Quel est le temps verbal employé pour décrire les activités d'Icare ? pourquoi ?
Comment ( par quels procédés d'écriture) l'opposition entre le père et le fils est-elle marquée dans le premier paragraphe?
2. Le discours rapporté : comment l'équilibre conseillé est-il syntaxiquement reproduit ?
3. Que représentent les trois personnages évoqués au début du quatrième paragraphe?
4. Voici le début d'une définition du mot MYTHE telle qu'elle est proposée par le dictionnaire Robert.
MYTHE [mit]. n.m. (1818; bas lat. mythus, gr. muthos - récit, fable.)
1- Récit fabuleux, souvent d'origine populaire, qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine. V.Fable, légende, mythologie.
Quelles forces de la nature sont mises en scène dans ce récit ?
5. A quel aspect de la condition humaine Icare veut-il échapper?
6. Dans le dernier paragraphe comparez les phrases qui évoquent le vol et celles qui évoquent la chute . Que remarquez-vous ?
6. Quelle leçon Ovide cherche-t-il à transmettre ?
Le
mythe:
"Je te préviens Icare, il
faut mener ta course à une hauteur moyenne, vole entre les deux."
Icare est le fils de Dédale
et d'une esclave. emprisonné dans le Labyrinthe du roi Minos en Crète avec son père qui
avait aidé Ariane et Thésée à tuer le Minotaure , il réussit à s'évader de sa
prison avec l'aide de Pasiphaé et grâce aux ailes que Dédale lui a faites et qu'il a
fixées avec de la cire sur ses épaules: il s'envole au dessus de la mer.
Mais dédaignant les conseils de Dédale, l'imprudent Icare s'élève de plus en plus haut
: trop près du soleil. La cire fond ,les ailes se détachent et Icare tombe dans la mer
où il se noie.
Icare est l'image de l'ambition, de la démesure, le symbole de la témérité générée
par la folie des grandeurs, la mégalomanie.
| Icare
est chu ici, le jeune audacieux Qui pour voler au ciel eut assez de courage : Ici tomba son corps dégarni de plumage, Laissant tous braves coeurs de sa chute envieux. O bienheureux travail d'un esprit glorieux, Un chemin si nouveau n'étonna sa jeunesse, Il mourut poursuivant une haute aventure; Philippe Desportes1546-1606, Icare |

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PETER BRUEGEL
L'ANCIEN. La Chute d'Icare. v.1558
Huile (peinture sur bois transposée sur toile.)
Hauteur : 0,73 m., largeur : 1,12 m. 1558.Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles,
Belgique. (peinture aujourd'hui considérée comme une des deux copies restant d'un
original perdu.)
Illustration d'une fable des Métamorphoses d'Ovide.
QUESTIONS
*. "On s'est
trompé de titre" ? Pourquoi ce titre ?
Proverbe flamand :"Aucune
charrue ne s'arrête pour un homme qui meurt"
COMMENTAIRE DU TABLEAU À L' ADRESSE SUIVANTE: |
| Texte 2 :
JEAN
GIONO Jean le Bleu ; 1932
(Edition Gallimard :en vente dans
toutes les bonnes librairies) Dans un passage de cette biographie romancée, Jean Giono reproduit le "commentaire"que son père, petit cordonnier à Manosque, lui a fait du tableau de Brueguel "Une fois, dit mon père- il était ce jour là très calme, très beau, avec son pauvre visage d'argile grise creusé férocement par la mort- une fois, je 'étais abonné à un journal d'images. C'était très intéressant. Ca donnait un peu de tout, Il y avait de quoi lire: Bras d'acier, Les Mystères de Paris, Le juif errant. Sur les deux pages du milieu, il y avait des reproductions de tableaux, de statues. J'en découpais pour mettre dans mon atelier: la Vénus de Milo, et puis, une espèce de grand bonhomme tout raide, tout droit comme un tronc d'arbre, un vainqueur de course en char. C'est dans ce journal que j'ai vu un jour un beau tableau. Il y avait d'abord, devant, un homme gigantesque. On voyait sa jambe nue. Ses mollets étaient serrés dans des muscles gros comme mon pouce. Il tenait d'une main une faucille et de l'autre une poignée de blé. Il regardait le blé. Rien qu'à voir sa bouche on savait que, tout en fauchant, il devait tuer des cailles. On savait qu'il devait aimer les cailles grasses frites au plat et puis le gros vin bleu, celui qui laisse des nuages dans le verre et dans la bouche. Derrière lui - écoute bien, c'est assez difficile pour te faire comprendre derrière lui, imagine tout un grand pays comme celui-là, plus grand que celui-là parce que l'artiste avait tout mis à la fois, tout mélangé pour faire comprendre que ce qu'il voulait peindre, c'était le monde tout entier. Un fleuve, un fleuve qui passait dans des forêts, dans des prés, dans des champs, dans des villes, dans des villages. Un fleuve qui tombait finalement là-bas en faisant une grande cascade. Dessus le fleuve, des bateaux volaient d'un bord à l'autre, des chalands dormaient et l'eau était couverte de rides autour d'eux, des radeaux d'arbres coupés filaient à plat dans le courant; de dessus les ponts des hommes pêchaient à la ligne. Dans les villages, les cheminées fumaient, les cloches sonnaient, montrant le nez aux clochetons. Dans les villes il y avait toute une fourmilière de voitures. D'un port du fleuve, de grands voiliers s'élançaient. Il y en avait au repos dans un petit golfe des prés; d'autres qui frémissaient à la limite de la force du fleuve, d'autres déjà partis sur cette force vers la mer. Dans un coin du tableau justement était la mer. Au bord, on la voyait calme et juste assez plissée pour baver contre de grands poissons échoués sur le sable. Des hommes défonçaient ces poissons à coups de pioche, d'autres portaient sur leurs épaules de grands lambeaux de chair vers leurs maisons. Les ménagères les regardaient venir du seuil de la porte. Dans les maisons, les âtres étaient allumés. Une jeune fille berçait son petit frère. D'une fenêtre, on voyait un jeune homme qui poussait une fille sur un lit. Dans les forêts, les hommes coupaient des arbres. Dans les fermes, on tuait le cochon. Des enfants dansaient autour d'un ivrogne. Une vieille femme criait de sa fenêtre pendant qu'on lui volait ses poules. Une accoucheuse sortait d'une maison pour se laver les mains au ruisseau. La commère lui réclamait les ciseaux. Le père fumait la pipe. L'accouchée détournait la tête pour ne pas regarder ce qui se passait entre ses cuisses. On faisait chauffer des langes autour d'un feu. Près d'un autre feu on faisait cuire de la viande. Sur un autre feu on faisait brûler des morts. Les champs étaient pleins de travail. Des hommes labouraient, d'autres semaient, d'autres moissonnaient, d'autres vendangeaient, battaient le blé, vannaient le grain, brassaient la pâte, tiraient les bufs, battaient l'âne, retenaient le cheval, dressaient la houe, la hache, la pioche, ou pesaient si fort sur l'araire qu'ils en perdaient leurs sabots. "Tout ça! "Ça m'avait donné un gros entrain. C'était intitulé : La Chute d'Icare. "Sur le moment, je me suis dit : "On s'est trompé de titre." J'ai cherché un petit moment et puis je me suis mis à faire mes souliers. " Tout le jour, fiston, tout le jour, je me suis dit : la chute d'Icare, la chute d'Icare! Icare qui a tué mille coqs et mille poules, des aigles, de tout, qui s'est collé les plumes sur les bras, le duvet sur le ventre et puis qui a essayé de voler. Où est-il ? On s'est trompé de titre ! " Non. " Le soir, j'ai allumé ma lampe, j'ai regardé. C'était bien ça. " Là-haut, en plein ciel, au-dessus de tout le reste qui continuait, qui ne regardait pas, qui ne savait rien, de tout le reste qui vivait au plein de la vie, là-haut, encore au-dessus de tout, Icare tombait. " Il était gros comme ça, tiens, comme le bout de mon ongle. Noir, un bras d'ici, une jambe de là, perdu, comme un petit singe mort. " Il tombait. " La main maigre de mon père fit un geste pour dire que ça n'avait pas d'importance. Au bout d'un moment il ajouta: " Souviens-toi de ça, fiston. " |
Voir aussi
L'allégorie
(séquence
l'apologue)
Georges de La Tour
( Le prisonnier ou Job
raillé par sa femme)
René Char
(extrait des Feuillets d'hypnos)
Le réalisme pictural