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"Je suis homme: j'estime que rien de ce qui est humain ne m'est étranger"
Térence L'Heautontimoroumenos,163 Av. J.C.

 

  Quelques connaissances sur le XVIème siècle.   
L' Humanisme: Quand, où, pourquoi ?  (Séquence 1
Tableaux: Raphaël et Bosch       (Séquence 1)
Textes: Erasme, More, Agrippa d'aubigné et Ronsard, Montaigne.   (Séquence 1)
Rabelais Pantagruel , Gargantua .   (Séquence 2)



Humanisme . n.m.: 1° Sens historique . Vaste mouvement intellectuel et littéraire du XVIème siècle, qui se caractérise par une vive admiration pour les cultures grecque et latine et par la volonté de contribuer à l'épanouissement de l'homme dans toutes ses dimensions (ausi bien culturelle que politique)...
2° Sens philosophique. Doctrine philosophique qui a pour but l'épanouissement de la personne humaine. Attitude d'esprit qui fait de l'être humain la valeur suprême, dans la vie personnelle aussi bien que collective...
                                                                         Bruno Hongre (Le dictionnaire portatif du bachelier , profil, Hatier)


Analyse de tableaux: Raphaël et Bosch

Raphaël : L'Ecole d'Athènes 1509/1510
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Jérôme Bosch: L'extraction de la pierre  de folie. cliquer sur l'image pour voir le tableau

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Jérôme  Bosch: La nef des fous. cliquer sur l'image pour voir le tableau

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Pour analyser les tableaux : Introduction ( présenter l'oeuvre) Ce que l'on sait de l'auteur (seul ? Plusieurs ? Un atelier ? Connu ou anonyme ?
L'Ecole d'Athènes : Il s'agit d'une oeuvre du peintre italien Raphaël aidé par ses élèves (fin XVème/début XVIème), Le commanditaire s'il existe Cette oeuvre a été créee pour décorer les appartements personnels du pape Jules II.  Le contexte historique, religieux Cette composition a été peinte dans les années 1509-1510 , une année après la décoration de la Chapelle Sixtine par Michel-Ange, a une époque ou l'on pensait pouvoir célébrer l'unité de la foi et de la raison .
Identification de l'oeuvre Sa nature, matériaux, technique : Il s'agit d'une fresque faisant partie d'un ensemble composé de quatre parois situés dans "la chambre de la signature" (la stanza della segnatura). Raphaël désirait composer une vaste synthèse entre la pensée antique et la pensée chrétienne et humaniste. Les quatre fresques sont donc respectivement consacrées à la poésie ( Le Parnasse) à la philosophie,(L'Ecole d'Athènes), à la théologie (La Dispute du saint Sacrement) et au droit ( Le droit romain et le droit canon).

Le titre l'Ecole d'Athènes ,se réfère donc à la philosophie grecque de l'Antiquité

D'autre part ces fresques sont représentatives d'une nouvelle conception de l'espace, une nouvelle approche du monde
Description et analyse de l'oeuvre   1 . analyser le contenu : description détaillée ( pour les oeuvres figuratives : le degré de ressemblance des personnages, nombre, position, vêtements, expressions--- les objets, meubles, accessoires, décor , éclairage)
En déduire le sens premier et le sens profond.

Raphaël a placé les personnages les plus importants, ceux qui symbolisent la recherche du vrai par la raison humaine. Ce sont des sages d'époques variés : on y voit entre autres Euclide, Pythagore, Platon,Aristote, Epicure, Diogène Ptolémée , Héraclite.
Ce forum de philosophes antérieurs au christianisme est  présidé par PIaton et Aristote qui sont les personnages centraux.Ils se trouvent au point de fuite de la fresque.
Raphaël a donné à quelques uns de ces grands savants le visage de certains de ses contemporains : ainsi Platon semblent avoir les traits de Vinci.
Sur la gauche , un personnage, en fait Euclide sous les traits de l'architecte Bramante, trace des figures à l'aide d'un compas devant quatre étudiants,trois semblent intéressés par cette démonstration mathématique tandis que le quatrième observe le ciel . A l'extrémité deux autres personnages tiennent des objets sphériques : deux globes: un globe terrestre tenu par Ptolémée et un globe céleste tenu par Strabo . Ce groupe d'astrologues, parmi lequel on reconnaît Raphaël lui même,  est en discussion mais les visages laissent entrevoir une sérénité propice à l'écoute et à la réflexion. Le peintre présente donc un groupe de  maîtres et des élèves à la fois passionnés par leur recherche et parfaitement tranquille. 
Symétriquement placés de l'autre côté du premier plan, se trouve le groupe de Pythagore. Celui-ci est assis, entouré par ses disciples, écrit sa philosophie qui développe l'idée de l'harmonie mathématique de l'univers .
Un peu à l'écart , mais toujours au premier plan , Héraclite médite
A l'arrière plan , sur les marches et au centre,  on aperçoit Diogène négligeant et  négligé , posture et attitude qui rappellent son mépris des convenances sociales, son cynisme.
Au centre de la composition :un débat d'idées sans parole: Aristote (en bleu) et Platon en rouge (sous les traits de Michel-Ange ou de Léonard ?) ils représentent deux démarches . Platon pointe le doigt vers le haut , il montre le ciel , lieu des Idées, de la transcendance, les choses de l'esprit. Aristote , montre le bas , philosophe de la logique, de la physique et de la nature : l'immanence, la réalité matérielle. .Question essentielle du savoir : où se situe la vérité ? Est-ce dans les choses d'ici-bas ou dans celles de l'esprit ? Le Moyen-âge privilégiait Aristote , désormais ces positions totalement antinomiques sont à égalité dans une perspective très humaniste de la fusion des connaissances.
Synthèse des connaissances et synthèse des époques perceptibles par les détails vestimentaires et architecturaux.Les personnages sont habillés à la mode antique   sandales montantes et  toges mais les têtes et leurs coiffures sont celles du XVI ème . L'immense temple décoré de voûtes avec  ses colonnes , ses marches et ses carrelages de marbre aux dessins géométriques,situe ce collège de génies dans l'Antiquité. Mais les coupoles et les colonnades, les caissons sont également semblables à ceux que Bramante élevait dans la nouvelle basilique Saint-Pierre.

La mythologie est présente avec les statues antiques d'Apollon , dieu grec de la lumière, protecteur des muses ,et de Minerve (déesse romaine identifiée à Athéna), déesse guerrière mais aussi déesse de la raison.
Représentation de l'espace, la lumière, la couleur, le dessin
L'architecture grandiose et épurée du lieu dégage une atmosphère paisible qui repose sur l'équilibre, la symétrie des lignes et des formes . La fresque est  en trompe l'oeil , la ligne de fuite , au centre, laisse entrevoir l'espace céleste , l'ouverture vers l'infini .
Les couleurs sont essentiellement chaudes et un grand nombre de personnages sont dessinés dans des attitudes (gestuelles et déplacements)  propres au travail intellectuel , à la reflexion , à la recherche du dialogue.

Conclusion
Une fresque qui définit un idéal, celui de l'esprit humaniste respectueux de la pensée et de l'Antiquité . Le calme, l'harmonie, la lumière ,la perspective majestueuse des arcades,  tout concourt à faire de cette oeuvre une glorification de la Connaissance garante de l'évolution de L'homme.
Cet optimisme, ce bel équilibre, cette recherche de l'entente universelle  sera cependant mis à mal avec les guerres de Religion qui se dérouleront dans la deuxième moitié du siècle.

C.Mathis


Bosch, peintre hollandais , n'est pas à proprement parler un humaniste mais son oeuvre reflète les  bouleversements de la pensée de son époque . Epoque où les certitudes spirituelles , les règles de conduite propres au Moyen-âge vacillent.
Son oeuvre obéit à cet esprit nouveau tout en restant fidèle aux formes artistiques traditionnelles.

Ainsi l'huile sur bois appelé indifféremment "La cure de folie", "la lithotomie" ou "l'extraction de la pierre de folie" apparaît comme une enluminure ( lettre peinte ou miniature ornant les missels ou les Bibles , d'ailleurs "miniature" n'implique pas l'exiguïté de la surface peinte puisque le mot vient de "minium" , la couleur rouge  qui était celle des lettres majuscules pendant le Moyen Age.)
"L'extraction de la pîerre de folie"  emprunte même la forme ronde de la miniature et son décor calligraphique qui contient l'épigraphe suivante "Maître, enlève la pierre - Mon nom est Lubbert Das".
Mais si la facture est celle de la miniature en vogue au Moyen-Age, Bosch ne propose pas une simple illustration , l'intention allégorique du peintre  est évidente, il s'agit de dénoncer la naïveté et la bêtise humaine.
L'opération de la lithotomie faisait partie à l'époque de Bosch des remèdes de charlatan. Grâce à l'extraction de la pierre de folie de son crâne, le malade était prétendu guéri de sa bêtise. (Lubbert est, dans la littérature hollandaise, souvent utilisé pour désigner un individu particulièrement stupide)
Ce que l'on voit, ce que l'on comprend.
Au milieu d'un paysage d'été ,  un chirurgien extrait un objet du crâne d'un homme, attaché à une chaise. Un moine et une religieuse (?) l'observent. Cette opération a lieu  en plein air et sa forme circulaire peut soit faire penser à un miroir , soit représenter l'oeil de l'observateur, soit symboliser la terre .

La scène est placée à l'extérieur alors que le siège et la table , qui reprend la forme ronde, font penser à un intérieur.
L'espace est divisé en bandes, dégradés de vert , ocre, jaune, ocre   jusqu'au bleu du ciel , très lumineux au point de fuite. Au loin , se devine une ville.
Ces formes et ces couleurs  donnent à  cette nature une harmonie et une quiétude qui contraste avec la folie des hommes: une nature, lignes horizontales, rangée et des personnages, lignes verticales, dérangés.
En effet les personnages  semblent moins tranquilles : la scène est d'ailleurs rythmée par les points de rouge. Scène burlesque  qui fait intervenir un chirurgien charlatan coiffé d'un symbolique entonnoir renversé
.Il est assez frappant également de voir que l'objet extrait du crâne de Lubbert par le chirurgien n'est pas la pierre attendue, selon la croyance médièvale, mais une fleur et on peut même voir, à droite, sur la table, une fleur semblable.
Un moine qui tient un pichet encourage le patient attaché. La femme semble pensive , elle regarde l'opération. Sur sa tête se trouve le livre du savoir.Visiblement, ce savoir n'est pas assimilé.
Aucune étincelle d'intelligence dans les regards.
L'opéré nous fixe de façon pathètique , nous les "observateurs" extérieurs de la scène .
L'entente tacite entre les trois personnages sensés être sains d'esprit, nous laisse supposer que la société n'a plus de repères.
Que l'Eglise participe à une opération aussi grotesque , alors qu'elle devrait détenir le savoir, montre à quel point il est temps de se débarrasser des vieilles croyances médiévales, au profit de l'esprit nouveau.
                                                            

C.Mathis


 

Voici reproduit le commentaire de ce tableau , tel que le proposent Dominique Brisson et Natalie Coural , dans le CDrom "Le Louvre" Montparnasse Multimédia / Réunion des Musées Nationaux 1994.

Thème de la folie humaine
nombreuses interprétations  : satire des moeurs dissolues du Clergé , blâme de l'ivrognerie et de la gloutonnerie, allégorie de l'humanité qui va à sa perte.
L'artiste associe figures réalistes pittoresques et créatures imaginaires et diaboliques .
un moine, une religieuse et d'autres passagers de la barque , festoient, mangent et font de la musique.  Ils ne pensent qu'au plaisir terrestre sans se soucier de leur salut. Tous veulent mordre dans un gâteau ou un fromage qui bizarrement pend par un fil.
Un fou, tenant sa marotte boit dans une écuelle. Il est assis sur une branche d'un arbre auquel le bateau est attaché. C'est une allusion à la folie des hommes qui ne pensent qu'à se distraire , à boire ou à manger.
Au dessous de lui , un homme vomit par dessus bord.
Dans le feuillage de l'arbre apparaît un petit visage inquiétant : probablement celui du démon.

 

 

   


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