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Hommes et Civilisations

«Les Omobuls vivent dans l'ombre des Emanglons. Ils ne feraient pas un pas sans les consulter. Ils les copient en tout et quand ils ne les copient pas, c'est qu'ils copient les Orbus. Mais quoique les Orbus soient eux-mêmes alliés et tributaires et race parente des Emanglons, les Omobuls tremblent qu'imitant les Orbus, les Emanglons ne soient mécontents. Mais les sentiments des Emanglons restent impénétrables, et les Omobuls se sentent mal à l'aise, louchant tantôt vers les Orbus, tantôt vers les Emanglons.»
Henri Michaux, Ailleurs, 1946 © Editions Gallimard


Montaigne , " des coches " , livre 3 , Essais , 1570/1588
Diderot , Supplément au voyage de Bougainville , 1772
Montesquieu ,L'Esprit des lois, 1750
Voltaire , Candide , 1759

Rousseau , Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité... , 1755
Voltaire , Dictionnaire philosophique , 1764

VOIR LES REFLEXIONS SUR CE GROUPEMENT  SUIVIES DE TEXTES
ET DE TRAVAUX COMPLEMENTAIRES
 
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VERS LA PAGE HUMANISME

 


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TEXTE 1

[En costoyant la mer à la queste de leurs mines, aucuns Espagnols prindrent terre en une contree fertile et plaisante, fort habitee : et firent à ce peuple leurs remonstrances accoustumees :  " Qu'ils estoient gens paisibles, venans de loingtains voyages, envoyez de la part du Roy de Castille, le plus grand Prince de la terre habitable, auquel le Pape, representant Dieu en terre, avoit donné la principauté de toutes les Indes. Que s'ils vouloient luy estre tributaires, ils seroient tres-benignement traictez : leur demandoient des vivres, pour leur nourriture, et de l'or pour le besoing de quelque medecine. Leur remontroient au demeurant, la creance d'un seul Dieu, et la verité de nostre religion, laquelle ils leur conseilloient d'accepter ", y adjoustans quelques menasses. La responce fut telle : " Que quand à estre paisibles, ils n'en portoient pas la mine, s'ils l'estoient. Quant à leur Roy, puis qu'il demandoit, il devoit estre indigent, et necessiteux : et celuy qui luy avoit faict cette distribution, homme aymant dissension, d'aller donner à un tiers, chose qui n'estoit pas sienne, pour le mettre en debat contre les anciens possesseurs. Quant aux vivres, qu'ils leur en fourniroient : d'or, ils en avoient peu : que c'estoit chose qu'ils mettoient en nulle estime, d'autant qu'elle estoit inutile au service de leur vie, là où tout leur soin regardoit seulement à la passer heureusement et plaisamment : pourtant ce qu'ils en pourroient trouver, sauf ce qui estoit employé au service de leurs dieux, qu'ils le prinssent hardiment. Quant à un seul Dieu, le discours leur en avoit pleu : mais qu'ils ne vouloient changer leur religion, s'en estans si utilement servis si long temps : et qu'ils n'avoient accoustumé prendre conseil, que de leurs amis et cognoissans. Quant aux menasses, c'estoit signe de faute de jugement, d'aller menassant ceux, desquels la nature, et les moyens estoient incongnuz. Ainsi qu'ils se despeschassent promptement de vuyder leur terre, car ils n'estoient pas accoustumez de prendre en bonne part, les honnestetez et remonstrances de gens armez, et estrangers ; autrement qu'on feroit d'eux, comme de ces autres ", leur montrant les testes d'aucuns hommes justiciez autour de leur ville. Voylà un exemple de la balbucie de cette enfance.]

En cotoyant 1 la mer à la quête de leurs mines 2, aucuns Espagnols prirent terre en une contrée fertile et plaisante, fort habitée : et firent à ce peuple leurs remontrances 3 accoutumées : " Qu'ils étaient gens paisibles, venant de lointains voyages, envoyés de la part du Roi de Castille 4 , le plus grand Prince de la terre habitable, auquel le Pape, représentant Dieu en terre, avait donné la principauté de toutes les Indes. Que , s'ils voulaient lui être tributaires, ils seraient très bénignement traités : leur demandaient des vivres, pour leur nourriture, et de l'or pour le besoin de quelque médecine 5. Leur remontraient 6 au demeurant, la créance 7 d'un seul Dieu, et la verité de notre religion, laquelle ils leur conseillaient d'accepter ", y ajoutant quelques menaces. La réponse fut telle : " Que quant à être paisibles, ils n'en portaient pas la mine, s'ils l'étaient. Quant à leur Roi, puisqu'il demandait, il devait être indigent, et nécessiteux : et celui 8 qui lui avait fait cette distribution, homme aimant dissension, d'aller donner à un tiers, chose qui n'était pas sienne, pour le mettre en débat contre les anciens possesseurs. Quant aux vivres, qu'ils leur en fourniraient : d'or, ils en avaient peu : que c'était chose qu'ils mettaient en nulle estime, d'autant qu'elle était inutile au service de leur vie, là où 9 tout leur soin regardait 10 seulement à la passer heureusement et plaisamment : pourtant ce qu'ils en pourraient trouver, sauf ce qui était employé au service de leurs dieux, qu'ils le prissent hardiment. Quant à un seul Dieu, le discours leur en avait plu : mais qu'ils ne voulaient changer leur religion, s'en étant si utilement servis si longtemps : et qu'ils n'avaient accoutumé prendre conseil que de leurs amis et connaissants. Quant aux menaces, c'était signe de faute de jugement, d'aller menaçant ceux desquels la nature, et les moyens étaient inconnus. Ainsi qu'ils se dépêchassent promptement de vider 11 leur terre, car ils n'étaient pas accoutumés de prendre en bonne part les honnêtetés et remontrances des gens armés et étrangers ; autrement qu'on ferait d'eux, comme de ces autres ", leur montrant les têtes d'aucuns hommes justiciés 12 autour de leur ville. Voilà un exemple de la balbutie 13 de cette enfance.

Montaigne , Essais , Livre III, Chp VI : Des coches , 1586
1 naviguant le long des côtes 2 d'or et d'argent 3 explications 4 roi d'Espagne 5 médicaments 6 expliquaient 7 foi en un 8 le pape 9 tandis que 10 visait 11 quitter 12 exécutés 13 état de celui qui balbutie , qui articule avec difficulté.

1 : Type de texte ? ( justifier la réponse )
2 : Dans quelle mesure peut-on dire que Montaigne se montre ici faussement objectif ?
3 : Etudiez l'argumentation ( nombre d'arguments , type d'argument , énonciation ...) des espagnols et sa réfutation en parallélisme dans la réponse des indigènes .
4 : Commentez les expressions : "  y ajoutant quelques menaces " (ligne 8)  "le discours leur en avait plu " (ligne 16)
"  Voilà un exemple de la balbutie de cette enfance. " (ligne 22) Þ (expliquez la métaphore et soulignez le recours à l'antiphrase .)
 . Situer (mise en situation historique et biographique ) Montaigne = humaniste ,XVI = découvertes du nouveau monde donc de nouvelles civilisations
auteur des Essais ouvrage où M. aborde tous les sujets Þ le thème du voyage l'amène à réfléchir sur celui de la civilisation
 

I .Situer
II . Lire
III . Idée et tonalité : il s'agit d'un récit , une anecdote , une espèce de compte rendu de voyage .
Narration qui semble objective mais objectivité feinte cf. l'ironie finale
III . Plan
1 : une vision très négative des "conquistadores"
a) dans le récit
b) dans le discours
2 : L'image idyllique des "sauvages", les vertus du peuple dit primitif
a) dans le récit
b) dans le discours

ETUDE

Répondre aux questions pour construire l'explication du passage

Quelle est la structure du texte ?
1a) Dès la première ligne , dans quelle attitude les conquistadores sont-ils présentés ?
A la ligne 2 , que sous-entend l'adjectif "accoutumé"?
Quels sont leurs objectifs ? Quelle est la valeur de l'adjectif possessif ?
Quelles remarques pouvez-vous faire sur les sonorités de cette première phrase ?
1b) Que remarquez-vous en ce qui concerne le discours rapporté ? Intérêt de ce procédé ?
De combien d'argument les espagnols usent-ils ? Les déterminer et commenter leur valeur et leur portée. Quel est le terme qui scande leur discours ? Quel effet est ainsi produit ?
Conclusion partielle qui amène la deuxième partie
2a) Comment le pays des "sauvages" est-il présenté aux lignes 1 et 2 ?
2b) Comment la réponse des indigènes est-elle construite ? Quel terme scande leur réponse ?
Quelle idée le recours à de nombreux connecteurs traduit-il ?
Quelle semble être d'entrée la tonalité de leurs propos ?
Quelles sont donc les qualités de ce peuple ?
Conclusion
Commentez la phrase finale ( métaphore et antiphrase )
Dans quelle mesure et pourquoi Montaigne prend-il le contre-pied des idées répandues à son époque?

VERS LA PAGE HUMANISME
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TEXTE 2

C'est un vieillard qui parle...
"Pleurez , malheureux Tahitiens ! pleurez ; mais que ce soit de l'arrivée , et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants : un jour , vous les connaîtrez mieux . Un jour , ils reviendront , le morceau de bois 1 que vous voyez attaché à la ceinture de celui-ci , dans une main , et le fer qui pend au côté de celui-là , dans l'autre , vous enchaîner , vous égorger , ou vous assujettir à leurs extravagances et à leurs vices ; un jour vous servirez sous eux , aussi corrompus , aussi vils , aussi malheureux qu'eux . Mais je me console ; je touche à la fin de ma carrière , et la calamité que je vous annonce , je ne la verrai point . Ô Tahitiens ! ô mes amis ! vous auriez un moyen d'échapper à un funeste avenir ; mais j'aimerais mieux mourir que de vous en donner le conseil . Qu'ils s'éloignent, et qu'ils vivent ."
Puis s'adressant à Bougainville , il ajouta : " Et toi , chef des brigands qui t'obéissent , écarte promptement ton vaisseau de notre rive : nous sommes innocents , nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire à notre bonheur . Nous suivons le pur instinct de la nature : et tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère . Ici tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien . Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras , tu es devenu féroce entre les leurs . Elles ont commencé à se haïr ; vous vous êtes égorgés pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang . Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage . Tu n'es ni un dieu , ni un démon : qui es-tu donc , pour faire des esclaves ? Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-là , dis - nous à tous , comme tu me l'as dit à moi , ce qu'ils ont écrit sur cette lame de métal : Ce pays est à nous . Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes , et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres : Ce pays appartient aux habitants de Tahiti , qu'en penserais-tu ? Tu es le plus fort ! Et qu'est-ce que cela fait ? Lorsqu'on t'a enlevé l'une des méprisables bagatelles 2 dont ton bâtiment est rempli , tu t'es récrié , tu t'es vengé ; et dans le même instant tu as projeté au fond de ton cœur le vol de toute une contrée ! Tu n'es pas esclave : tu souffrirais la mort plutôt que de l'être, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ?


1 Il s'agit du crucifix de l'aumônier . 2 Allusion à des vols d'objets commis par les Tahitiens .
Denis DIDEROT , Supplément au voyage de Bougainville , deuxième partie , 1772

 

1 Comment s'exprime dans le discours du vieillard la condamnation de la civilisation ?

1. Recherchez les arguments auxquels recourt le vieillard pour dénoncer l'illégitimité et l'absurdité du colonialisme ( pour répondre à cette question : Relevez les différents champs lexicaux ; Quelles notions -quels fondements de la société occidentale -le vieillard remet-il en cause ? Quel comportement dénonce -t-il ? )

2. L'éloge de la vie naturelle ( repérez et regroupez les valeurs que défend l'orateur .) 3 Les qualités oratoires du vieux Tahitien ( Relevez et commentez les procédés qui donnent à son discours une certaine efficacité. Etudiez en particulier les changements d'interlocuteur ,l'utilisation des interrogations , les symétries [rapprochements et oppositions ] , ce qui souligne le poids de l'expérience . )

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I . Situer : Diderot = Philosophe du siècle des Lumières, l'un des principaux artisans de l'Encyclopédie (véritable arme contre les abus du pouvoir) Matérialiste, s'intéresse à tous les arts, écrit dans tous les genres ( créateur au théâtre du drame bourgeois) Parmi ses romans le Supplément...s'inspire des documents que le navigateur Bougainville a publié à la suite de son voyage dans le pacifique. Dans ce passage, il s'agit des adieux qu'un vieux tahitien adresse au navigateur lors de son départ de l'île.

II . Lire

III . Idée et tonalité : Réflexion sociologique et ethnologique; D. développe ici le mythe du "bon sauvage" [voir Rousseau : texte 5 b] Une présentation très élogieuse de la vie exotique et primitive alors que l'attitude des colonisateurs est dépeinte sous une apparence corrompue . Opposition radicale de deux modes de vie, les thèmes essentiels étant ceux des contraintes morales et de la liberté.

IV . Plan : Le double discours (le vieillard s'adresse d'abord à son peuple puis à Bougainville) d'un excellent orateur .

  1. Eloge de la vie naturelle

  2. Méfaits de la civilisation

  3. L'art de persuader (l'éloquence du vieillard)

    Développer les axes de lecture en fonction de la progression suivante

    1 Eloge de la vie naturelle , le vieillard met en évidence
    le bonheur innocent
    la liberté
    la tolérance

    2 Méfaits de la civilisation
    cruauté, destruction, violence
    L'immoralité , l'injustice

    3 L'art de persuader
    Les procédés efficaces : remarques sur le jeu des temps verbaux, sur l'expression de l'émotion (ponctuation) , le jeu sur les pronoms , les symétries et les antithèses .

    Du lyrisme pathétique au début à l'expression de la colère à la fin.

    CONCLUSION

    A partir d'une situation banale : le colonialisme et la relation domination / subordination , la prise de parole d'un orateur dont l'éloquence est au service d'un manichéisme qui inverse les valeurs défendues par l'idéologie dominante. Tableau idyllique de l'homme à "l'état de nature" . L'homme sauvage est innocent et pur , l'homme policé est dominé par la haine et le désir de destruction.

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TEXTE 3

Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves , voici ce que je dirais :
Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique , ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique , pour s'en servir à défricher tant de terres
Le sucre serait trop cher , si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves .
Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre .
On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu , qui est un être très sage , ait mis une âme , surtout bonne , dans un corps tout noir .
Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité , que les peuples d'Asie , qui font les eunuques , privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une façon plus marquée*.
(* Comment comprendre ce paragraphe et le suivant ?)
On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux , qui , chez les Egyptiens , les meilleurs philosophes du monde , étaient d'une si grande conséquence , qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains .
Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun , c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez les nations policées , est d'une si grande conséquence .
Il est impossible que nous supposions que ces gens là soient des hommes ; parce que , si nous les supposions des hommes , on commencerait par croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens .
De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains . Car , si elle était telle qu'ils le disent ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe , qui font entre eux tant de conventions inutiles , d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ? Montesquieu , De l'esprit des lois , XV,5 ,1748

 1. La structure logique du texte : -étudiez la juxtaposition de paragraphes ( pourquoi Montesquieu a-t-il choisi de s'exprimer dans une suite de brefs paragraphes
juxtaposés ?)  -étudiez les relations logiques à l'intérieur de chaque paragraphe . 2 . Réquisitoire ou plaidoyer ? Quelles sont les accusations portées implicitement contre les Européens esclavagistes ? Montrez ainsi comment chaque argument se discrédite ou se réfute lui-même.3.Comment l'indignation de l'écrivain se manifeste-t-elle? I . Situer : Montesquieu = XVIII eme = philosophe qui s'élève contre les préjugés sociaux. Dans ce chapitre XV de l'esprit des lois La traite des noirs lui permet de prendre parti sur le problème de l'esclavage , problème d'actualité .

I Situer

II . Lire

 III . Idée et tonalité : Ce texte se présente comme un apparent plaidoyer en faveur des esclavagistes dont Montesquieu propose en neuf petits paragraphes successifs , assez morcelé , neuf arguments permettant de défendre l'esclavage.
La disposition des arguments énoncés avec la froideur des articles de loi , l'effort fourni pour en souligner la logique , tout concourt pour donner l'impression que l'auteur a mis son art de la persuasion au service de la cause esclavagiste .
Pourtant une lecture moins superficielle permet de déceler des vices de forme . En effet tous les arguments sont spécieux et se détruisent par eux-mêmes . le recours à l'antiphrase est constant si bien que le plaidoyer cache un violent réquisitoire contre les nations esclavagistes .

Le texte impose une double lecture
1. au premier degré (pour les imbéciles)
2. au deuxième degré (pour ceux qui ne sont pas dupes, l'ironie du texte suppose une connivence avec le lecteur.)

Plan
1 ) Une apparente défense de l'esclavage : Un texte ayant la forme d'un plaidoyer pro esclavagiste ( Lecture au premier degré)
2 ) Un réquisitoire : la réalité profonde du texte ( Lecture au deuxième degré)

1) explication linéaire du texte mettant en évidence les domaines abordés et l'apparente logique des arguments .

a . la présentation de l'hypothèse : la remise en cause de l'esclavage ne peut appartenir qu'à la fiction car nulle personne au XVIII ème n'imaginait qu'on puisse contesté un droit . b. argument historique , triangle noir , "  ont dû " = nécessité . c . argument économique , logique de la démonstration qui associe prix du sucre et esclavage , hypothèse " serait "qui suggère un rapport cause / conséquence . nécessité de l'utilisation de la force dite " animale " ( le prix du sucre est abordable grâce à l'esclavage) d . argument ethnologique ( et esthétique) établissement d'une relation logique de cause à effet " si...que " la différence justifie l'esclavage . e . argument théologique : qui repose sur la sagesse divine ( et aussi sur la symbolique de la couleur blanche ) f . . nouvel argument ethnologique : le comportement des asiatiques vis à vis des noirs , comme s'il y avait une entente universelle qui confirme que les noirs n'appartiennent pas à l'humanité .g . encore un argument ethnologique qui est aussi un argument d'autorité et un argument par analogie argument d'autorité = superlatif " les plus grands philosophes " référence à une civilisation admirée argument par analogie même réaction par rapport au noir que par rapport au roux .h . argument sociologique présenté comme une " preuve " = caractère irréfutable de l'argumentation . Argument religieux , mise en évidence d'une impossibilité - logique bien marquée par la causalité doublée d'une hypothèse inacceptable ( parce que, si...on commencerait ...)j. argument politique : absence de réaction des princes européens donc affaire de l'esclavage peu importante (nouveau recours à l'hypothèse ) Transition : (conclusion 1ère partie et annonce 2ème partie) Souci de convaincre par la grande diversité des domaines abordés et la mise en œuvre d'une logique qui est en apparence sans faille .Pourtant aucun des arguments ne tient réellement et nous nous trouvons là devant une fausse démonstration . il faut analyser les indices qui préviennent le lecteur que rien n'est à prendre au premier degré

2) Des raisonnements incohérents qui font de ce texte un véritable réquisitoire anti-esclavagiste .

Le premier indice est évidemment le statut même de l'auteur qui en tant que philosophe du siècle des lumières ne peut se lancer dans une telle apologie . Les indices du texte : a) Comme l'indique le premier mot du texte " si " , tout le raisonnement qui suit est non réel . " nous " Montesquieu souligne à ses lecteurs qu'ils sont directement concernés . b) l'argument historique se détruit de lui-même :comment justifier une horreur (l'esclavage) par une autre horreur (un génocide) ?............................................. (Mettre en évidence le procédé de l'antiphrase , de l'ironie , les syllogismes* avec leur conclusion apparente et leur conclusion réelle , la mauvaise foi , les préjugés, la bêtise)

Syllogisme*
Exemple de ce raisonnement en trois points qui paraît irréfutable
Tous les hommes sont mortels (La majeure)
or Socrate est un homme (la mineure)
donc Socrate est mortel.(la déduction logique)

Les chrétiens considèrent tous les hommes comme des frères
or nous ne considérons pas les noirs comme nos frères,

donc (conclusion apparente) les noirs ne sont pas des hommes.
donc (conclusion réelle) nous ne sommes pas de vrais chrétiens.

Les princes d'Europe font des conventions , parfois inutiles
or ils n'en ont pas fait au sujet de l'injustice faite aux Africains,

donc (conclusion apparente) c'est qu'il n'y avait pas lieu d'en faire.

donc (conclusion réelle) c'est qu'ils sont cruels.

EXPLICATION DES ARGUMENT 5 ET 6

Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité , que les peuples d'Asie , qui font les eunuques , privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une façon plus marquée.

Affirmation  : C’est la couleur de la peau qui définit l’être humain...et cela est tellement vrai que les peuples d’Asie rejettent les noirs (" privent les noirs du rapport qu’ils ont avec nous ") encore plus nettement que nous (" d’une façon plus marquée ")
La relative " qui font des eunuques " a deux significations en fonction de la double lecture que l’ensemble du texte impose :
1. Lecture au premier degré : Elle apparaît comme une preuve de la valeur exceptionnelle de ce peuple.
2. Lecture au deuxième degré : la proposition relative apparaît surtout comme une preuve de la barbarie de ce peuple car ce qui est exceptionnel c’est qu’il mutile certains hommes.
  RAISONNEMENT SPECIEUX (qui sous une belle apparence est sans valeur)
MEME PROCEDE AU PARAGRAPHE SUIVANT On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux , qui , chez les Egyptiens , les meilleurs philosophes du monde , étaient d'une si grande conséquence , qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains .
Affirmation  C’est la couleur  qui définit l’être humain ...raisonnement par analogie: puisque les égyptiens faisaient mourir tous les hommes roux pourquoi ne pourrait-on pas mettre les noirs en esclavage ?
La proposition incise «les meilleurs philosophes du monde» a deux acceptions en fonction de la double lecture que l’ensemble du texte impose :
1.( Lecture au premier degré): c'est un rappel de l'intelligence de ce peuple qui en apparence donne aux exécutions une légitimité d'ordre intellectuel...
mais d'une part l'affirmation est gratuite...et d'autre part
2. (Lecture au deuxième degré) : ironie, antiphrase:  cette  intelligence peut être remise en question  car la décision arbitraire de supprimer les hommes roux est surtout une preuve de leur barbarie.

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TEXTE 4

CE QUI LEUR ARRIVA A SURINAM, ET COMMENT CANDIDE FIT CONNAISSANCE AVEC MARTIN
La première journée de nos deux voyageurs fut assez agréable. Ils étaient encouragés par l'idée de se voir possesseur de plus de trésors que l'Asie, l'Europe et l'Afrique n'en pouvaient rassembler. Candide, transporté, écrivit le nom de Cunégonde sur les arbres. A la seconde journée deux de leurs moutons s'enfoncèrent dans des marais, et y furent abîmés avec leurs charges ; deux autres moutons moururent de fatigue quelques jours après sept ou huit périrent ensuite de faim dans un désert ; d'autres tombèrent au bout de quelques jours dans des précipices. Enfin, après cent jours de marche, il ne leur resta que deux moutons. Candide dit à Cacambo : " Mon ami, vous voyez comme les richesses de ce monde sont périssables ; il n'y a rien de solide que la vertu et le bonheur de revoir Mlle Cunégonde. - Je l'avoue, dit Cacambo mais il nous reste encore deux moutons avec plus de trésors que n'en aura jamais le roi d'Espagne, et je vois de loin une ville que je soupçonne être Surinam, appartenant aux Hollandais. Nous sommes au bout de nos peines et au commencement de notre félicité. " En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. " Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ? -
J'attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. - Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ? - Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : " Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère. " Hélas ! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible.
- O Pangloss ! s'écria Candide, tu n'avais pas deviné cette abomination ; c'en est fait, il faudra qu'à la fin je renonce à ton optimisme. - Qu'est-ce qu'optimisme ? disait Cacambo. - Hélas ! dit Candide, c'est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. " Et il versait des larmes en regardant son nègre; et en pleurant , il entra dans Surinam. Voltaire , Candide ou l'optimisme , chp. XIX , 1759

Développer les axes de lecture en fonction de la progression suivante

1 . Une démonstration scientifique sur le ton du constat.

Différentes étapes : observation ; recherche des causes ; conclusion.

2 . Un réquisitoire. Qui est responsable du malheur de cet esclave ?

La critique de l'esclavage permet de mettre en cause presque toutes les institutions sociales : sur lesquelles Voltaire insiste-t-il surtout ?

3 . Etudiez les rapports du style et des effets visés . Par exemple :

- les traits de pittoresque : où ? pourquoi ?

- un ensemble assez sobre : démontrez-le ; dans quel but ?

- émotion ,sensibilité : en percevez-vous ?

>>>> vous mettrez ainsi en relief le caractère pathétique de la scène .  

VERS LA PAGE «CANDIDE»

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TEXTE 5


A) Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire: "Ceci est à moi", et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: "Gardez-vous d'écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne!". Mais il y a grande apparence, qu'alors les choses en étaient déjà venues au point de ne pouvoir plus durer comme elles étaient; car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d'idées antérieures qui n'ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d'un coup dans l'esprit humain. Il fallut faire bien des progrès, acquérir bien de l'industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d'âge en âge, avant que d'arriver à ce dernier terme de l'état de nature.
[Reprenons donc les choses de plus haut et tâchons de rassembler sous un seul point de vue cette lente succession d'événements et de connaissances, dans leur ordre le plus naturel. Le premier sentiment de l'homme fut celui de son existence, son premier soin celui de sa conservation. Les productions de la terre lui fournissaient tous les secours nécessaires, l'instinct le porta à en faire usage. La faim, d'autres appétits lui faisant éprouver tour à tour diverses manières d'exister, il y en eut une qui l'invita à perpétuer son espèce; et ce penchant aveugle, dépourvu de tout sentiment du coeur, ne produisait qu'un acte purement animal. Le besoin satisfait, les deux sexes ne se reconnaissaient plus, et l'enfant même n'était plus rien à la mère sitôt qu'il pouvait se passer d'elle. Telle fut la condition de l'homme naissant; telle fut la vie d'un animal borné d'abord aux pures sensations, et profitant à peine des dons que lui offrait la nature, loin de songer à lui rien arracher; mais il se présenta bientôt des difficultés, il fallut apprendre à les vaincre: la hauteur des arbres qui l'empêchaient d'atteindre à leurs fruits, la concurrence des animaux qui cherchaient à s'en nourrir, la férocité de ceux qui en voulaient à sa propre vie, tout l'obligea de s'appliquer aux exercices du corps; il fallut se rendre agile, vite à la course, vigoureux au combat. Les armes naturelles, qui sont les branches d'arbre et les pierres se trouvèrent bientôt sous sa main. Il apprit à surmonter les obstacles de la nature, à combattre au besoin les autres animaux, à disputer sa subsistance aux hommes mêmes, ou à se dédommager de ce qu'il fallait céder au plus fort. (...)L'exemple des sauvages qu'on a presque tous trouvés à ce point semble confirmer que le genre humain était fait pour y rester toujours, que cet état est la véritable jeunesse du monde, et que tous les progrès ultérieurs ont été en apparence autant de pas vers la perfection de l'individu, et en effet vers la décrépitude de l'espèce...]

B ) Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu'ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou à embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique, en un mot tant qu'ils ne s'appliquèrent qu'à des ouvrages qu'un seul pouvait faire, et à des arts qui n'avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et heureux autant qu'ils pouvaient l'être par leur nature, et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d'un commerce indépendant: mais dès l'instant qu'un homme eut besoin du secours d'un autre; dès qu'on s'aperçut qu'il était utile à un seul d'avoir des provisions pour deux, l'égalité disparut, la propriété s'introduisit, le travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l'esclavage et la misère germer et croître avec les moissons. La métallurgie et l'agriculture furent les deux arts dont l'invention produisit cette grande révolution. Pour le poète, c'est l'or et l'argent, mais pour la philosophie ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes et perdu le genre humain; aussi l'un et l'autre étaient-ils inconnus aux sauvages de l'Amérique qui pour cela sont toujours demeurés tels; les autres peuples semblent même être restés barbares tant qu'ils ont pratiqué l'un de ces arts sans l'autre; et l'une des meilleures raisons peut-être pourquoi l'Europe a été, sinon plus tôt, du moins plus constamment et mieux policée que les autres parties du monde, c'est qu'elle est à la fois la plus abondante en fer et la plus fertile en blé.

Jean-Jacques Rousseau , Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1753

Questions portant sur l'extrait A:

1.Distinguez nettement les deux parties de ce premier extrait .
2. Montrez , en en soulignant les différents éléments ( personnages , lieu , ton ... ), qu'il s'agit d'une mise en scène très théâtrale .
3 . Quel est le champ lexical dominant dans la deuxième partie de ce premier extrait ? Commentez .

Questions portant sur l'extrait B :

Phrase oratoire : étude de la structure grammaticale et rythmique

Autour de quels mots- outils s'articule cette longue phrase ?Quel est le mot charnière ?Combien d'époque sont ainsi évoquées ?Quelle durée la première époque recoupe-t-elle ? Quelle autre durée est évoquée par la suite ? Relevez les deux propositions principales .Notez la symétrie des procédés d'accumulation. Quelle est la valeur des juxtapositions de la ligne 14 ?Comment l'expansion de la phrase est-elle marquée à partir de cette ligne 14 ?

Faire un schéma de cette période oratoire en mettant en évidence les subordinations et les coordinations.

Faire en deuxième schéma en repérant la phase ascendante de la période (protase), le point culminant (l'acmé)  et le mouvement descendant (l'apodose)

 Analyse sémantique.

Quel est le sujet de la réflexion de Rousseau dans ce passage ?Sur quelles oppositions essentielles sa démonstration repose - t - elle ?Quelles activités prête - t - il aux " hommes primitifs " ?Soulignez le caractère idéalisé de cette présentation .D'ou vient le pittoresque de la description ? Quels mythes sont ainsi évoqués ?Sur quelles notions les verbes des lignes 1 , 2 et 7 insistent-ils ?Quel est l'état moral de ces " primitifs " ? Commentez chacun des termes .Commentez la restriction de la l. 10 .Comment la fin de cette vie idyllique est-elle marquée ?Repérez et commentez les métaphores et le jeu de antithèses qui terminent le passage .A quelle émotion correspond alors l'ampleur de la phrase ?

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TEXTE 6

[...] Que serait l'homme dans l'état qu'on nomme de pure nature ? Un animal fort au dessous des premiers iroquois qu'on trouva dans le nord de l'Amérique .
Il serait inférieur à ces iroquois , puisque ceux-ci savaient allumer du feu et se faire des flèches . Il fallut des siècles pour parvenir à ces deux arts .
L'homme abandonné à la pure nature n'aurait pour tout langage que quelques sons mal articulés ; l'espèce serait réduite à un tout petit nombre par la difficulté de la nourriture et par le défaut des secours , du moins dans nos tristes climats . Il n'aurait pas plus de connaissance de Dieu et de l'âme que des mathématiques ; ses idées seraient renfermées dans le soin de se nourrir. L'espèce des castors serait très préférable .
C'est alors que l'homme ne serait très précisément qu'un enfant robuste ; et on a vu beaucoup d'hommes qui ne sont pas fort au dessus de cet état .
Les Lapons , les Samoïèdes , les habitants du Kamtschatka , les Cafres , les Hottentots1 , sont à l'égard de l'homme en l'état de pure nature , ce qu'étaient autrefois les cours de Cyrus et de Sémiramis , en comparaison des habitants des Cévennes2 . Et cependant ces habitants du Kamtschatka et ces hottentots de nos jours , si supérieurs à l'homme entièrement sauvage , sont des animaux qui vivent six mois de l'année dans des cavernes , où ils mangent à pleines mains la vermine dont ils sont mangés .
En général , l'espèce humaine n'est pas de deux ou trois degrés plus civilisée que les gens du Kamtschatka
La multitude des bêtes brutes appelées hommes , comparée avec le petit nombre de ceux qui pensent , est au moins dans la proportion de cent à un chez beaucoup de nations. Il est plaisant de considérer d'un côté le P. Malebranche3 qui s'entretient familièrement avec le verbe, et de l'autre côté ces millions d'animaux semblables à lui qui n'o,t jamais entendu parlé du Verbe, et qui n'ont pas une idée métaphysique. Entre les hommes à pur instinct et les hommes de génie flotte ce nombre immense occupé  uniquement de subsister.
[Cette subsistance coûte des peines si prodigieuses , qu'il faut souvent , dans le nord de l'Amérique , qu'une image de Dieu 4 coure cinq ou six lieues pour avoir à dîner , et que chez nous l'image de Dieu arrose la terre de ses sueurs toute l'année pour avoir du pain .
Ajoutez à ce pain ou à l'équivalent une hutte et un méchant habit ; voilà l'homme tel qu'il est en général d'un bout de l'univers à l'autre . Et ce n'est que dans une multitude de siècles qu'il a pu arriver à ce haut degré .
Enfin , après d'autres siècles les choses viennent au point où nous les voyons . Ici on représente une tragédie en musique ; là on se tue sur la mer dans un autre hémisphère avec mille pièces de bronze5 ;
l'opéra et un vaisseau de guerre du premier rang étonnent toujours mon imagination . Je doute qu'on puisse aller plus loin dans aucun des globes dont l'étendue est semée . Cependant plus de la moitié de la terre habitable est encore peuplée d'animaux à deux pieds qui vivent dans cet horrible état qui approche de la pure nature , ayant à peine le vivre et le vêtir, jouissant à peine du don de la parole , s'apercevant à peine qu'ils sont malheureux , vivant et mourant sans presque le savoir .]

Voltaire , Dictionnaire philosophique , article " Homme " , 1764

1 les tribus " primitives " que l'on connaissait à l'époque . Voltaire cite aussi bien des peuplades de l'hémisphère nord ( iroquois, lapons, samoïoèdes ) que des peuplades de l'hémisphère sud ( cafres, hottentots) .2 Référence aux camisards ( paysans protestants) des Cévennes qui se livraient alors à des massacres et qui , aux yeux de Voltaire , incarnaient la barbarie .3 Le Père Malebranche , un philosophe , un théologien (le " Verbe " est un terme biblique désignant la divinité) .4 Périphrase pour désigner l'homme .5 boulets de canon .

1 . Comment l'argumentation de Voltaire s'enchaîne-t-elle ?

Donc a ) de quoi s'agit-il ? b) quel est le thème principal ?

2 . Ligne 10 : commentez le changement de forme verbale.

3 . Lignes 12-14 : montrez que ce passage est construit presque sous la forme d'une proportion mathématique .

4 . La " pure nature " : quelle différence de conception existe-t-il entre Voltaire et Rousseau ?

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EXEMPLE DE FICHE DE LECTURE METHODIQUE

S Dict. Philosophique. =

" Homme " =

L

I réflexion sur nat. de l' homme , origine de la société et son rôle . Texte polémique (Rousseau) à tonalité didactique : analyse différentes étapes progrès humain

P 1 . Essai de définition de l'état de nature

2. Vue générale sur l'espèce humaine et ses composants

 

DVLP

1. définition de l'état de nature

Interrogation rhétorique initiale : attaque contre Rousseau

Réponse :animal (reprise du mot tout au lg texte )= déchéance cf.  " abandonné " (6)

hiérarchisation (l .3,8/9,12,15,16,17,18/19 ) Þ comparaison concrète = iroquois (découvertes)

Þ Etablir échelle développement de l' homme

2-13 = valeur du conditionnel(...)

5-10 = tableau , synthèse : ni langage (...) ni connaissance scintifique ou métaphysique (...)

vulnérabilité (...)

commentaire dernière phrase du paragraphe (...)

Ligne 11 de l'hypothèse à la réalité " on a vu "= les peuplades (énumération 14-15) :

association " enfant robuste " , portée de l'expression (...)

2. Vue générale sur l'espèce humaine et ses composants

l . 10/14 1ère Phrase : passage construit presque sous la forme d'une proportion mathématique .

[ peuplades aujourd'hui(A1) > homme à l'état de nature (A2)

cours des Empires d'autrefois(B1) > Camisards d'aujourd'hui(B2) (...)

peuplades aujourd'hui(A1) =animaux(C)

donc cours des Empires d'autrefois(B1) =animaux(C)

homme à l'état de nature (A2) < animaux(C)

Camisards d'aujourd'hui(B2) < animaux(C) ]

 

2ème P. = illustration de A1 =C (image du cycle)

vision pessimiste de l'espèce :

15/20 = Généralisation (en général , multitude , beaucoup de , un million , nombre immense)

vocabulaire scientifique , valeur des chiffres pourcentage ,

18/19 =parallélisme syntaxique et lexicale (...)

" Il est plaisant de " = antiphrase , ironie amère

C

Rigueur d'une argumentation ( chronologie , étude comparative , démarche " scientifique " , exemples de sociologue/ ethnologue (?)) pour réfuter la thèse rousseauiste considérée comme pernicieuse .

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Montaigne , " des coches " , livre 3 , Essais , 1570/1588

Diderot , Supplément au voyage de Bougainville , 1772

Montesquieu ,L'Esprit des lois, 1750

Voltaire , Candide , 1759

Rousseau , Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité... , 1755

Voltaire , Dictionnaire philosophique , 1764

 

VOIR LES REFLEXIONS SUR CE GROUPEMENT  SUIVIES DE TEXTES
ET DE TRAVAUX COMPLEMENTAIRES
 
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