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Quelle remise en cause de l'ordre social et moral le Dom Juan de Molière propose-t-il ?

 

Le DOM JUAN de Molière n'est pas une création originale. Contrairement à Tartuffe ou Harpagon, ce personnage  n'est pas un type unique , il a existé avant et après Molière. Il existe d'innombrables Don Juan . C'est ce qui en fait un mythe : un personnage représentatif dans l'imaginaire collectif.
Le DON JUAN de Molière n'est pas qu'un séducteur, c'est un révolté qui renie tous les codes moraux et sociaux                 

Le contexte

                             Les libertins
Le "libertinus" dans la Rome Antique était un esclave affranchi.
Le libertin dans le XVIIème siècle français, est un être affranchi de la morale commune et surtout de la religion toute puissante à cette époque. Il est 'hors la loi" et risque l'emprisonnement et la mort . Ce fut le sort du poète Théophile de Viau qui mourut en prison.
Il existait un courant de pensée libertin qui s'exprimait notamment dans des salons comme celui de Ninon de Lenclos ou de Madame de La Sablière, la protectrice de La Fontaine. Parmi les penseurs libertins, on connaît La Mothe le Vayer, précepteur du futur Louis XV et ami de...Molière.

 
 Libelle écrit par un certain Rogemont derrière lequel pourrait se cacher le Prince de Conti, ancien libertin devenu dévot.
" Une religieuse débauchée et dont l'on publie la prostitution.
Un pauvre à qui l'on donne l'aumône à condition de renier Dieu.
Un libertin qui séduit autant de filles qu'il en rencontre.
Un enfant qui se moque de son père et qui souhaite sa mort.
Un impie qui raille le ciel et qui se rit de ses foudres.
Un athée qui réduit toute la foi à deux et deux sont quatre et quatre et quatre sont huit.
Un extravagant qui raisonne grotesquement de Dieu et qui par une chute affectée casse le nez à ses arguments .
Un valet infâme créé au badinage de son maître, dont la créance aboutit au moine bourru car pourvu que l'on croit au moine bourru tout va bien, le reste n'est que bagatelle.
Un démon qui se mêle dans toutes les scènes et qui répand sur le théâtre les plus noirs fumées de l'enfer.
Et enfin, un Molière, pire que tout cela, habillé en Sganarelle, qui se moque de Dieu et du Diable, qui joue le Ciel et l'Enfer, qui souffle le chaud et le froid, qui confond la vertu et le vice, qui croit et ne croit pas, qui pleure et qui rit, qui reprend et qui approuve, qui est censeur et athée, qui est hypocrite et libertin, qui est homme et démon tout ensemble. Un diable incarné comme lui-même se définit."

DOM JUAN ou LE FESTIN DE PIERRE  1665 COMEDIE REPRESENTEE POUR LA PREMIERE FOIS LE 15e FEVRIER 1665  SUR LE THEATRE DE LA SALLE DU PALAIS-ROYAL PAR LA TROUPE DE MONSIEUR, FRERE UNIQUE DU ROI
 

RESUME ET ANALYSE DE LA PIECE

DOM JUAN [ Dom = dominus , le maître , Don = titre espagnol]
Présentation :
1665 = Tartuffe interdit. Dom-Juan pièce écrite dans l’urgence (difficultés financières )Il choisit le thème à la mode de D.J. ( il s’inspire de Tirso de Molina)
D.J. est une pièce de combat : M. reprend ses attaques contre les faux dévots : on retrouve les thèmes de la religion , de l’hypocrisie , de l’argent , des privilèges de la naissance + le thème dominant de l’infidélité .
Contexte historique : le XVII = grd siècle religieux , siècle de la rigueur , janséniste ( morale chrétienne austère )
Contexte littéraire et artistique : le XVII = le baroque (liberté d’imagination, illusion , aux théâtre = pièces " à machines ") et le classicisme (régles des trois unités, bienséances)
Dom Juan est une pièce baroque, libérée des contraintes, ni unité de lieu ni unité de temps . Recours à tous les artifices notamment au merveilleux.
La pièce de Molière met en scène un libertin qui s’oppose à l’austérité religieuse

Le titre

Personnage éponyme donc il s’agit de l’histoire de D.J. , c.à.d. l’histoire d’un être amoral, infidèle .
Sous titre = " le festin de pierre "
Bizarre et énigmatique : opposition entre " festin " connoté positivement ( fête) et " pierre "connoté + négativement .
Le titre Dom-Juan , laisse présager une pièce légère ( présentée par Molière comme une comédie)
Le sous titre oriente vers une autre interprétation : D.J. et sa destinée tragique .
On peut donc parler de pièce baroque et de tragi-comédie .
 
LES LIEUX

ACTE I
 : Lieu : intérieur : un palais
Scène 1
La pièce s’ouvre sur un éloge étonnant du tabac . Il s'agit en fait d' un éloge paradoxal, c'est à dire l'éloge de quelque chose que l’opinion commune a tendance à condamner, c'est une pratique rhétorique que l'on retrouve tout au long de la pièce avec l'éloge de l'inconstance (I/2) et l'éloge de l'hypocrisie (V/2) faits par Dom Juan. Ici l'éloge paradoxal développé par Sganarelle, personnage comique, prend l'aspect d'un discours solennel ( cf. hyperboles , mouvement oratoire) mais un sujet anodin = solennité burlesque . Un boniment de foire adressé au public ( Vous) . Cette entrée en matière est une fausse exposition car les considérations développées par Sg. n’ont aucun lien avec la matière qu’il s’agit de présenter
Conversation qui a déjà commencé ; spectateur projeté dans une histoire en cours .
Très vite la scène donne certaines informations - sur l’intrigue : il s’agit d’un conflit amoureux .
les personnages présents sont des valets qui connaissent parfaitement leur
maître ,l’un questionne (Gusman) l’autre informe : Sg. est celui qui sait . les questions portent sur le départ de D.J. ( homme
marié, noble , multipliant les preuves d’amour, passion si forte qu’il a tiré Dona Elvire du couvent )
Pour Gusman , D.J. est un homme qui ne peut trahir : la réplique de Sganarelle doit éclairer Gusman et donner une première image de D.J. au spectateur .

PORTRAIT DE DOM JUAN PAR SGANARELLE (acte 1 scène 1)

 

Comment Sganarelle , en présentant son maître , dresse-t-il son propre portrait ? Cliquer sur la cible pour avoir la réponse développée et organisée

Scène 2 Entrée en scène de D.J. (le couple D.J./Sg. restera en scène jusqu’au dénouement : seule exception II/1)
Quelques informations supplémentaires sur Sganarelle C'est quelque chose aussi à peu près de cela = peur du maître mais
Le bonhomme en est tout mortifié = sentiment de supériorité par rapport au valet ordinaire qu’est Gusman.
Eh! mon Dieu! je sais mon Dom Juan sur le bout du doigt : expression d’une satisfaction naïve, celle du valet confident .
Remontrances de Sganarelle : je trouve fort vilain d'aimer de tous côtés comme vous faites : Sg. défenseur des valeurs sociales .Remontrances qui amènent la tirade de D.J.:

TIRADE DE L’INCONSTANCE (acte 1 scène 2)

Quels renseignements cette tirade apporte-t-elle sur le personnage en ce qui concerne les femmes ? Cliquer sur la cible pour avoir la réponse développée et organisée

 

Cette première tirade de Dom Juan  propose-t-elle du personnage une image valorisante ?

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A Réaction de Sganarelle :1. ses sentiments : éberlué par la virtuosité de D.J. , ébranlé dans ses certitudes (naïveté, admiration) .Mais aussi choqué . Sg. = respect et peur du ciel
2. ses remontrances : sermon prudent
B L’action : 1 . l’enjeu Sg. met D.J. en garde contre la colère de Dieu Þ enjeu : réconciliation ou punition de D.J.
2 . progression : rabroué Sg. se met aux ordres de D.J.
Menace qui pèse sur D.J. : les suite de la mort d’un commandeur . Allusion et défi de D.J. : commandeur qui aura dans la suite de l’action sa place : accomplissement de la punition céleste.
Plan pour l’immédiat : un enlèvement
C Bilan – Dom Juan = personnage complexe : brillant , spirituel, séduisant mais aussi cynique et insolent : insolence et orgueil qui font son prestige . Il agit par goût du plaisir et du défi . Portrait moral complété par le portrait physique : costume princier du séducteur .
Sganarelle : naïveté , servilité ( c’est sa fonction) goût de la bouffonnerie . Il représente le peuple et ses croyances
Fonctionnement du couple maître / valet . Le maître se plait à solliciter son valet , cherche ses objections pour s’amuser de ce contradicteur qu’il considère comme un public , un témoin mais aussi un complice
Scène 3
Done Elvire 1 . un personnage de tragédie
Elevée au couvent Þ aventure romanesque , épousée et abandonnée Þ destin cruel . situation pathétique
Elle parle en épouse outragée . Atteinte dans son amour propre , elle vient pour réclamer des explications
Pour elle l’amour = amour mystique donc conjugal et classique
Conflit intérieur : cœur / raison . Prise de conscience douloureuse
Son désespoir est visible : fausse impression de calme au début progression
Elle analyse lucidement la situation avant d'exprimer sa colère. C’est une scène de dépit
Sa confession:
Elle s’adresse d’abord à D.J. sur le ton de l’ironie cf. les formules de politesse Me ferez-vous la grâce, Dom Juan, de vouloir bien me reconnaître Elle n’est pas dupe de la comédie que D.J. lui joue
Déception prévue à laquelle elle ne voulait pas croire . Mouvement de colère et de honte
Première tirade = analyse des motifs qui l‘ ont amenée à être bercée d’illusions
Qui est responsable ? = Elle son aveuglement plus que la déloyauté de D.J.
Conduite de D.J. évoquée par un euphémisme : " un relâchement d’amitié "
C’est là l’aveu implicite de son amour
Que cherche-t-elle ? Elle espère ramener D.J. à elle
Sa réaction ( 2 ème tirade)
Elle se serait accomodé du mensonge . Devant le cynisme de son mari , elle cherche à le blesser : mépris , ironie , moquerie
j’ai pitié " Elle évoque les prétextes qu’un homme infidèle peut imaginer Que ne me jurez-vous que vous êtes toujours dans les mêmes sentiments pour moi, que vous m'aimez toujours avec une ardeur sans égale, et que rien n'est capable de vous détacher de moi que la mort ? Que ne me dites-vous que…( anciennes déclarations de D.J. ?)
Evocation d’une attitude hypocrite ;Réaction finale = colère et désespoir . " Ah! Scélérat " Passage au " tu " , évocation de la vengeance divine ,  " le Ciel te punira, perfide, de l'outrage que tu me fais ". Menace + terrestre = "la colère d'une femme offensée. "
Dom Juan méprisant 1 . l’insolent . Au début il ignore la présence de sa femme (cf. les premiers mots de Dona Elvire)
Il feint la sincérité et souligne à quel point elle est indésirable Pour lui Dona Elvire = contre temps Þ insolente désinvolture , il se décharge sur Sganarelle . dérision que le libertin jette sur tout ce qui n’est pas son plaisir
2 . l’hypocrite Langage religieux , de la dévotion : il évoque un "   un pur motif de conscience, et pour ne croire pas qu'avec vous davantage je puisse vivre sans péché. Il m'est venu des scrupules, Madame, et j'ai ouvert les yeux de l'âme sur ce que je faisais. J'ai fait réflexion que, pour vous épouser, je vous ai dérobée à la clôture d'un couvent, que vous avez rompu des voeux qui vous engageaient autre part, et que le Ciel est fort jaloux… " ( la peur du ciel !) arguments trop " gros " = proche de la raillerie ( cf. le mot complice adressé à Sganarelle " Sganarelle, le Ciel ! ")
D.J. méprise la foi .
Sganarelle : réponse bouffonne qui désarçonne Elvire " Madame, les conquérants, Alexandre et les autres mondes sont causes de notre départ. Voilà, Monsieur, tout ce que je puis dire ". . Personnage qui dédramatise la pièce , le climat.
C’est aussi un témoin condamné à gémir dans le dos de son maître ( cf. aparté final )
ACTE II Lieu (extérieur)= le premier acte se situe dans un palais quelque part en Sicile , le second dans une campagne dont le patois rappelle celui de l’Ile de France . (aucun respect de la règle des unités ; le théâtre est un univers de convention)
Temps = on ne peut concilier le temps de l’acte I et celui de l’acte II : impossible que la barque ait été renversé par le coup de vent du matin (l.5), le jour même ou la promenade a été annoncé dans le palais.
Cependant continuité dans l’action : les événements sont liés .la paysannerie est justifiée par le naufrage, consécutif à la poursuite d’une jeune fille , poursuite justifiée par le dégoût du héros à l’égard d’Elvire .
Ainsi va-t-on de rencontres en rencontres .
ACTE II = acte de comédie – parenthèse comique .
Climat de détente après l’intensité dramatique ( le mélange de genres dans Dom Juan annonce les théories romantiques de Hugo)
Du ton grave , tendu au burlesque .
Du milieu raffiné des aristocrates aux paysans naïfs et grossiers .
* Scène 1
Comme en 1/I, une conversation en cours . Sujet = le naufrage ; Pierrot raconte avec fierté le sauvetage. Evénement dramatique (cf. les récits dans les tragédies) qui devient comique grâce au comique de mots (fantaisie verbale et jurons Aga, guien, Charlotte , Nostre-dinse, Piarrot , parquenne , Queuque niais - Mots archaïques (bouter , batifoler, trépassement )
Répétitions + comique de caractère : Pierrot est infantile (jeter des mottes de tarre) humour balourd , vanité naïve)
+ comique de mœurs : mœurs amoureuses des paysans (Regarde la grosse Thomasse, comme elle est assotée du jeune Robain : alle est toujou autour de li à l'agacer, et ne le laisse jamais en repos; toujou al li fait queuque niche ou li baille queuque taloche en passant )
+ comique de situation : la vanité de Pierrot contraste avec l’indifférence de charlotte qui s’intéresse surtout au naufragé " enrubanné ".
* Scène 2
Le séducteur en action . après la théorie (tirade de l’inconstance) , la pratique . Scène qui a une fonction démonstrative .
DJ fidèle à lui-même, il ne revient jamais sur le passé , il vit dans le présent. Le présent = Mathurine et Charlotte
Technique de D.J. sous les yeux du public désapprobateur et un peu traitre : Sganarelle.
Scène traditionnelle: la bergère et le prince charmant. Mais le dialogue met en évidence la distance culturelle qui les sépare.
Flatter .De la surprise feinte Quoi ? dans ces lieux champêtres, parmi ces arbres et ces rochers, on trouve des personnes faites comme vous êtes?
Admirer les avantages de Charlotte ( comme un maquignon le ferait pour un cheval) Admiration exagérée qui traduit l’ironie de D.J . Virtuose de la parole D.J. sait quel registre de langue adopter .
Honorer : quitte à s’avilir en baisant les mains peu soignées de Charlotte.
Feindre le coup de foudre (Charlotte, je vous aime de tout mon cœur ) et promettre le mariage.( cf. "D.J.= un épouseur à toutes mains) en prenant le ciel à témoin .
Parodie des scènes de galanterie . Il flatte l’ambition d’une proie un peu trop facile ; la pudeur, la dignité , l’amour propre de Charlotte ne peuvent résister à l’argument du mariage . Elle ne peut être qu’éblouie par une aventure aussi romanesque.
Perversité de D.J. qui prend du plaisir à ridiculiser autrui , Sganarelle se contente d’abord de commenter la scène (Autre pièce nouvelle… Il n'a garde) mais quand son maître fait appel à son témoignage, il n’hésite pas (Non, non, ne craignez point ; il se mariera avec vous tant que vous voudrez.) C’est donc bien un complice, un lâche.
La scène 3 est une scène de farce (presque un vaudeville avec le mari trompé), les personnages deviennent des marionnettes ; comique de geste (abondance des didascalies, stichomythie, jeu d’esquives) Scène cruelle qui témoigne aussi de la méchanceté de D.J.
* Scène 4 Nouveau trio de vaudeville .Vivacité de la scène construite sur un parallélisme de répétitions systématiques (comique de répétition) Série d’apartés symétriques . D.J. a recours à de fausses confidences .Il joue sur la naïveté et la vanité des 2 paysannes. Pauvres filles romanesques .Victimes désignées d’un homme sans scrupules (la société du XVII ème ne reconnaît pas d’autre place à la femme que le mariage.)Elles perdent tout bon sens et leur jalousie respective les rend peu sympathiques. D.J. ne peut s’en sortir qu’en fuyant .L’art de la dérobade .
Sganarelle lui ne craint pas de trahir son maître (Ah! pauvres filles que vous êtes, j'ai pitié de votre innocencene vous amusez point à tous les contes qu'on vous fait ).
* Scène 5 L’arrivée de La Ramée permet de relancer l’action. C’est la matérialisation des menaces de Done Elvire à la fin de l’acte I. L’acte s’achève sur une attente : une poursuite qui laisse présager une bataille.
L’acte 2 ne fait pas progresser l’action. Le plus lâche à la fin de l’acte est peut-être le maître qui use de ses privilèges( c'est trop d'honneur que je vous fais, et bien heureux est le valet qui peut avoir la gloire de mourir pour son maître.) pour se sauver
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ACTE III lieu (extérieur): une forêt .
* Scène 1 Conversation valet / maître .Habituellement dépossédé de la parole , le valet est soumis à son maître . Ici, il construit un discours destiné à s’opposer à lui .  " cet habit me donne de l’esprit, et je me sens en humeur de disputer contre vous "
Sujet n°1 = la médecine :satire classique de Molière
Pour Sg. , qui a atteint la considération grâce à son habit, la médecine est une science miraculeuse, il croit en elle . Son raisonnement est fondé sur l’opinion des gens et sur ce qu’il a vu . Il assimile la médecine à une religion et non à une science (cf. vocab. Religieux )
D.J. n’y voit que fumisterie , il la qualifie de " pure grimace "
Sujet n°2= la foi . Terrain difficile du débat philosophique , métaphysique . La foi de Sganarelle est naïve, elle repose aussi bien sur la religion que sur la superstition (Cf. moine bourru, loup-garou) Il a besoin de croire pour trouver une explication. . Les merveilles de la création impose l’idée d’un créateur mais raisonnement comique avec ses exemples.
Il se heurte au matérialisme de D.J..Déclaration cartésienne (Descartes) Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit . La chute de Sg. montre que son autonomie aura été de courte durée.

CLIQUER ICI POUR VOIR LA LECTURE ANALYTIQUE DE CET EXTRAIT (ACTE III, scène 1)
 

 

"LA SCENE DU PAUVRE" (acte 3 scène 2)

Contexte historique : Qu'incarnent les pauvres et quelles obligations a-t-on envers eux ? Cliquer sur la cible pour avoir la réponse développée et organisée

 

Comment Dom Juan, confronté à un système de pensée opposé au sien, exprime-t-il son impiété ? Cliquer sur la cible pour avoir la réponse développée et organisée

* Scène 3  D.J. au secours de ses poursuivants= comédie héroïque . C’est Sg. qui nous apprend l’issue d'un combat qui s'est déroulé dans les coulisses selon des régles de  bienséances que Molière bafoue par ailleurs.
Double problème abordé ( intéressant le public du XVII ème ); celui de l’honneur et celui de la vengeance (la justice interdisait les duels.) D.J. fait bonne figure , il se conduit en gentilhomme .
Découverte progressive de la réalité . S’il entretient le quiproquo , s’il ne révèle pas son identité au frère de Done Elvire c’est plus par jeu que par lâcheté – D.J. aime manipuler autrui .
* Scène 4 L’arrivée de Don Alonse fait rebondir l’action . Il cherche immédiatement la vengeance. Débat entre les deux frères ( débat cornélien) : Deux conceptions de l’honneur ; celle de Don Alonse = conception vieillie , féodale; Impulsivité
celle de Don Carlos : conception généreuse , pleine de scrupules Conception raisonnée
D.J. fierté au début de la scène s’apprête à se battre : il n’a pas le mauvais rôle . Par la suite son silence ; son détachement sur l’issue de la discussion alors que sa vie est un danger , tout cela lui donne du panache.
Le débat entre les deux frères doit l’ennuyer profondément , ce qu’il attend c’est de pouvoir continuer à assouvir librement ses passions. D.J. sort grandi et redore un blason terni lors de son face à face avec le pauvre .
* Scène 5 Justification grossière de Sganarelle , roi de la dérobade.
Méchanceté gratuite de D.J. qui blesse son valet alors que celui-ci n’a pas fonction à assister son maître lors des combats .Il n’est pas payé pour cela . D.J. parle étonnement d’honnêteté (" il est assez honnête homme ") selon des critères moraux qui ne sont pas les siens. Il se lance ensuite dans un nouvel éloge de l’inconstance et souligne ainsi sa détermination à vivre selon sa " pente naturelle "malgré le danger de mort désormais inévitable.
Episode de la statue du commandeur qui termine l’acte . [Un commandeur était un chevalier possédant des terres (commanderie) accordées à la suite de services rendus donc personne très respectable ; déjà nommé par SG. dans la scène 2 de l’acte I ]
Apparition du fantastique et du surnaturel (D.J. = Pièce baroque)
Attitude des 2 personnages devant le mausolée et la statue .
SG. (conscience morale du héros) lui rappelle ses devoirs. Rappel qui va au contraire exciter l’attitude provocatrice de D.J. : rendre visite au commandeur = visite de courtoisie . D.J. s’amuse de ce décor insolite , volonté de bafouer ce qui est sacré .
SG. : conscient du blasphème , pour surmonter sa peur , s’extasie : admiration naïve qui insiste sur l’aspect esthétique du lieu . Remarques bien plates et vocabulaire bien pauvre (reprise de l’adj. " beau ") Admiration de l’homme du peuple impressionné . Admiration qui excite une nouvelle fois D.J. qui lui se moque de cet édifice (il dénonce la vanité des morts , souligne l’absurdité du comportement de son ancien rival ) et désacralise la statue. (de la moquerie à l’insulte , insolence du langage)
SG . s’extasie sur le " réalisme " de la statue (" il semble qu ‘il est en vie et qu’il s’en va parler ") D.J. le prend au mot : invitation à dîner qui arrive comme une boutade .
C’est donc SG. qui involontairement fait avancer l’action . D.J. se complaisant à détruire les conceptions et les croyances de son valet .
Devant la manifestation du surnaturel : SG pris de panique est ridicule , c’est un bouffon qui détend l’atmosphère .
D.J. lui fidèle à son matérialisme reste sceptique : il refuse d’admettre l’évidence : il trouvera une explication rationnelle au début de l’acte suivant.
La statue du commandeur est la matérialisation des puissances que D.J. bafoue
Fin de l’acte III = 2 rendez-vous avec la mort , l’un terrestre (vengeance des hommes) , l’autre céleste (vengeance du ciel)
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ACTE IV lieu (intérieur)L’appartement de D.J. L’acte des visites avec un leitmotiv : le souper
* Scène 1 Scène de transition , D.J. s’en tient à sa position " rationaliste " mais son énervement (menace de violences physiques) devant le discours moralisateur de SG. trahit la secrète inquiétude du héros.
* Scènes 2et 3 Première visite : Monsieur Dimanche : le créancier de D.J. Celui-ci ne respecte aucun code de la société, il est normal qu’il ait des dettes . Monsieur Dimanche incarne le bourgeois : la classe sociale montante , celle qui peu à peu prend le pouvoir car elle possède l’argent .
Scène de comédie : le bourgeois complexé (car il est d’une classe sociale inférieure) devant le gentilhomme qui le manipule . D.J. multiplie les marques de civilité, il fait du créancier un hôte privilégié , jeu sur les sièges : la règle des bienséances veut qu’on ne peut s’asseoir que devant son égal ; Monsieur Dimanche est incapable de s’exprimer, D.J. ,lui, impose le sujet de conversation : sa famille , multiplie les détails gênants , passe en revue (de façon décroissante) tous les membres , multiplie les marques d’hypocrisie (ironie) .L’invitation à dîner affole le roturier qui bat en retraite ,incapable de réclamer son dû. D.J. accroît sa confusion en lui proposant de le raccompagner et dernière moquerie en lui donnant l’accolade.
C’est la bonne manière pour se débarrasser d’un créancier. La dernière partie de la scène est une reprise , SG. endetté lui aussi , se montre moins habile et la comédie se transforme en farce : SG. éjectant Monsieur Dimanche .
Scène qui allège l’atmosphère. Comédie de mœurs , comique de répétition, de gestes ,.Rythme rapide .
Une nouvelle fois D.J. manipule mais l’adversaire n’est pas de taille. SG. a des points communs avec son maître .
* Scène 4 Deuxième visite
 : le père : Don Louis . Scène opposée à la précédente . Tension dramatique
Apparition inattendue qui souligne l’isolement du héros qui perd ses derniers soutiens .
D.J. est redevable à Don Louis de son statut de fils et st de son statut de noble
ETUDE DE LA TIRADE 

Quel acte d'accusation ce sermon paternel dresse-t-il ? Cliquer sur la cible pour avoir la réponse développée et organisée

* Scène 5 Souhaits de mort proférés par D.J. = suprême insolence Transgression d’un interdit moral et social.
Cependant Molière évite la dramatisation excessive en faisant intervenir SG. horrifié mais effectuant une nouvelle prouesse verbale par couardise .
* Scène 6 Avant dernière visite : Done Elvire ( le souper est de nouveau différé) Réapparition du personnage qui donne une certaine continuité à l’intrigue : cf. les indications temporelles qu’elle fournit assez invraisemblables mais qui rappellent que l’action a progressé Þ chez D.J.le mal s’est aggravé , Elvire a suivi une progression inverse . Elle retourne à l’amour mystique – abandonnant définitivement l’amour profane . (langage entièrement marqué par le mysticisme et la dévotion vraie .) Done Elvire représente tout ce que le libertin déteste : le lien (mariage) , l’échec (il avait réussi à l’enlever à Dieu , Dieu l’a lui reprend ) la loyauté morale et sociale . Grandeur tragique du personnage qui a le respect de la parole donnée .
Elvire est venu lui faire part d’un avis du Ciel . Elle voit clairement le châtiment prochain de D.J. et veut s’assurer son salut .
L’exaltation de Done Elvire ébranle SG. mais pas D.J. qui ironise. Le début de la scène suivante nous apprend l’effet que cette intervention a eu sur lui : son émotion est sensuelle ; ce qui réveille son ardeur ,c’est la transformation d’Elvire, son retour à Dieu .
* Scène 7 Bouffonneries après le pathétique ( Les " lazzi " de la commedia dell’arte = plaisanteries)
Manger , occupation très terre à terre est le seul souci de D.J. ; qui oppose son matérialisme à l’intervention de Done Elvire Goinfrerie de SG. , vivacité des répliques , comique de gestes . C’est aussi l’insouciance de D.J. qui est soulignée , il n’accorde aucun crédit aux menaces réitérées . La statue du commandeur surgit au milieu de cette farce . (Cf. le sous titre de la pièce :   " le festin de pierre ") Irruption du fantastique . Effroi de SG. mais DJ. Ne laisse pas paraître son trouble .
* Scène 8 : très brève . Fébrilité dans les gestes et les propos de D.J. Son souci : honorer l’hôte .
Peur de SG. , nouvelle note comique dans cet acte qui s’achève dans le noir.
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ACTE V Lieu : extérieur, devant la porte d’une ville ; Temps = le lendemain ? (" hier au soir ")
* Scène 1On peut parler ici de métamorphose car il s’agit de changement dans la forme .Il joue le fils soumis mais D.J. reste profondément le même comme le montre le début (la didascalie initiale : faisant l’hypocrite doit avertir le spectateur de la supercherie)
Don Louis prudent mais D.J. sait user de la rhétorique dévote (cf. Tartuffe) Il use de son art de séducteur : puissance de son raisonnement à la clarté logique .
1 : il revient brièvement au passé , le processus de sa conversion , il en constate la soudaineté (" hier au soir…tout d’un cou…surprendresoudain changement ") 2 : puis il emploie le présent pour décrire le résultat de cette transformation ( en fait paraphrase du discours précédent du père et de celui de son épouse ) Argument de poids : il a trop abusé de la bonté du ciel . 3 : recours au futur pour souligner son but : rendre publique sa conversion. Pieuses résolutions prononcées sur un ton suave (doux)
D. Louis , touché se laisse berner . Vérité psychologique : trompé par son affection de père .
* Scène 2 SG ; a l’émotion facile s’est lui aussi laissé prendre (" je sais mon Don Juan sur le bout du doigts " disait-il pourtant en 2/I) Double déception :-pour D.J. dépit devant tant de naïveté ; son élève a fait peu de profit de ses leçons : même SG . ne le comprend pas ; -pour SG. déception à la hauteur de ses espérances : il en bafouille .
Donc explications du maître sur l’ intérêt matériel " du stratagème " qui permet de se mettre à couvert .
SG. , balourd ne comprend pas donc nouvelle leçon (après la pratique , la théorie ) qui porte cette fois sur "un vice à la mode :l ‘hypocrisie.
La tirade de l’inconstance " ouvre " la pièce , celle de l’hypocrisie apparaît symétrique puisqu’elle précède le dénouement
L'hypocrite est présenté comme un acteur ( cf. Tartuffe) et doit permettre au héros de se mettre à couvert .
C'est aussi un nouvel exemple des capacités d'un orateur doué. Registre dramatique.
Réponse de Sganarelle :indignation du témoin horrifié . Terreur religieuse (ô Ciel) admiration ? quel homme
Tirade de Sg. = galimatias , une accumulation de phrases sans liens , ensemble dépourvu de sens
Conclusion sur une prédiction et par conséquent mais proféré ainsi sans lien logique = dérisoire
Remarques :Mélange des styles (du grave au cocasse) opposition entre la cohérence des propos de D.J. et l’ineptie du raisonnement de Sg.
Effet ? = Discréditer la vertu (Sg.,son représentant est ridicule )Valoriser le vice (prestige de la rhétorique de D.J.)
* Scène 3 Scène satirique = nouvelle démonstration mais Dom Carlos ne se laisse pas abuser , D.J. se moque de D.C. son hypocrisie est trop flagrante . Outrance du personnage . Comique de répétition qui tourne en ridicule son adversaire . D.J. redevient  lui - même il exaspère un adversaire réel et dangereux . En fait, cette scène démontre que l’hypocrisie ne convient pas à D.J. : attitude de fourbe , sans panache . Contraire à la fierté du héros.
* Scène 4 5 6 Dénouement rapide , concis = intensité + dramatique
3 temps : 1. D.J. face à un spectre 2. D.J. face à la statue du commandeur 3. Epilogue = les propos de SG.
Face au spectre = ultime avertissement
spectre =remords , culpabilité ( femme = D.Elvire ? Toutes les victimes féminine de D.J. ? )
Allégorie du temps = D.J. est celui qui vit dans l’instant , le temporel face à l’éternel ? )
Clémence du ciel refusée par D.J. fidèle à lui même : cherche une explication rationnelle puis en tirant l’épée affirme son obstination , l’épée= la révolte et la volonté de donner une dimension humaine à l’apparition .
Dernière réplique (V5) = volonté de vivre comme si rien ne s’était produit.
Dénouement (deus ex machina ) chrétien ( Surnaturel chrétien , représentation chrétienne de l’enfer) il s’agit avant tout d’un châtiment . Démesure de sa mort en rapport avec la démesure de sa vie . Mise en scène baroque.
Epilogue de SG. = registre comique ,contraste entre le caractère grandiose du châtiment et les considérations matérielles de SG. Moralité de la pièce = tout le monde est content comme dans une vraie comédie mais D.J. = personnage tragique qui a affronté sa destinée. Sganarelle lui est désormais seul , abandonné .

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