haut

christian.mathisarobaseclub-internet.fr                                     LA CONTROVERSE DE VALLADOLID

Démontrer : argumenter sans chercher à convaincre ni à persuader
Convaincre: argumenter en recourant à la raison
Persuader: argumenter en recourant aux sentiments

      La
Controverse : (1332; controversie «querelle», 1245; lat. «controversia» choc.) Discussion suivie sur une question, une opinion. (Petit Robert)
      de
Valladolid :     Ville d'Espagne en vieille Castille.
     donc :
discussion à Valladolid, en 1550, sur la question suivante :Les amérindiens sont-ils des créatures de Dieu ?

La Controverse de Valladolid a d'abord été un téléfilm avant d'être un livre.
en 1999, l'histoire sera adaptée au théâtre. Le texte est proposé par les éditions GF Flammarion,
"Étonnants Classiques" , n°2164

Questionnaire de lecture à cette adresse :  http://perso.wanadoo.fr/profsdelettres/documents/controverse.htm

 

 Le téléfilm
1991
de Jean-Daniel Verhaeghe


sur un scénario original de Jean-Claude Carrière
avec Jean Carmet ( le prélat ou légat), Jean-Pierre Marielle (Las Casas)
et Jean-Louis Trintignan ( Sépulvéda)
 

commence directement par l'entrée du prélat (le légat,le représentant du pape)dans la salle capitulaire (principale) . Le scénario correspond au chapitre 3 du récit avec notamment l'arrivée des deux témoins cachés dont le spectateur ignore les intentions

Le livre
1992
Jean-Claude Carrière


Le récit s'ouvre sur deux chapitres constituant un prologue.
(Quoi? Quand? Qui? Pourquoi? Où?)


Dans le chapitre 1, après avoir évoqué les interrogations suscitées par la découverte des peuples nouveaux, J.C. carrière dresse un historique des événements liés à la conquête du nouveau monde de 1492 à 1550.
Le chapitre 2 est consacré à la rapide présentation du Chanoine de Cordo, Ginès de Sépulvéda, suivie de celle beaucoup plus longue du Dominicain Las Casas.
Cette double présentation s'accompagne de l'exposé des raisons qui ont provoqué la confrontation entre les deux hommes: l'autorisation en Espagne de la publication du livre «redoutable» aux conclusions «terrifiantes» de Sépulvéda : Démocrates alter vive, sive de justis belli causis, (Il s'agit d'une justification de la guerre faite aux peuples nouveaux).
La «dispute» commence au chapitre 3 avec entrée dans la salle  capitulaire (principale) du prélat (le représentant du pape) Salvatore Roncieri qui dirige la prière et applique les rites chrétiens.
Un épisode enchâssé relate de façon concise l'arrivée à Cadiz puis à Valladolid de deux espagnols en provenance du Mexique. Ils désirent assister, en témoins cachés, à la controverse.

 

*

 

HAUT DE PAGE





 

 

 

 

 

 

 

1

 

RÉFÉRENCE
«Mes chers frères, depuis que, par la grâce de Dieu,le royaume d’Espagne a découvert et conquis les Indes de l’Ouest, que certains appellent déjà le Nouveau Monde, nous avons vu s’élever un nombre de questions difficiles que rien, dans l’histoire des hommes,ne laissait prévoir. Une de ces questions, qui est de première importance, n’a jamais reçu de réponse claire et complète. C’est elle qui nous réunit ici.
Après une très courte pause, le légat reprend, dans le plus grand silence:
Ces terres nouvelles ont des habitants, qui ont été vaincus et soumis au nom du vrai Dieu. Cependant, depuis une trentaine d’années, des rumeurs se sont répandues en Europe disant que les indigènes de Mexico et des îles de la Nouvelle Espagne ont été très injustement maltraités par les conquérants espagnols.
Le dominicain, Las Casas, hoche la tête à ces mots.
(...)
Aujourd’hui, le Saint-Père m’a envoyé jusqu’à vous pour décider une fois pour toutes, avec votre aide, si ces indigènes sont des êtres humains achevés et véritables, des créatures de Dieu et nos frères dans la descendance d’Adam. Ou si au contraire, comme on l’a soutenu (il se tourne vers Sépulvéda), ils sont des êtres d’une catégorie distincte, ou même les sujets de l’empire du diable.
Un bref et mince sourire traverse le visage de Sépulvéda
À la fin de notre débat, la décision que je prendrai sera «ipso facto» confirmée par Rome.

Jean Claude Carrière, La Controverse de Valladolid, «Étonnants Classiques» , n°2164, GF Flammarion, 1999
COMMENTAIRE
Le discours du Prélat se veut objectif malgré les références constantes à la religion. Origine du problème (découverte des terres nouvelles et de leurs habitants), justification de la colonisation («au nom du vrai Dieu»), plainte contre les Espagnols évoquée par un euphémisme («matraités») compensé par un superlatif («très»).
L'exposé des thèses en présence lui permet de rappeler le rôle de chacun: un plaidoyer mené par Las Casas avocat des peuples amérindiens opposé au réquisitoire du procureur Sépulvéda. Le rôle de Juge est dévolu au Légat qui prononcera le verdict.
Il s'agit donc de la mise en place d'un procès qui doit décider du sort de tout un peuple.


 

RETOUR AU SOMMAIRE DE L'ÉTUDE

2

 

 

 

RÉFÉRENCE
«Oui, c'est la vérité, nous sommes en train de les détruire... leur plus grand malheur fut de croire à notre parole.» 
pages 31 à 44 de l'Édition «Étonnants Classiques GF Flammarion 2164
pages 39 à 45 de l'Édition «Pocket» 4682

COMMENTAIRE
Las Casas dresse un double portrait antithétique, à la cruauté et au sadisme des espagnols , il oppose la vulnérabilité et le pacifisme des amérindiens. Les premiers ne respectent pas les principes chrétiens, alors que les seconds manifestent une grande crédulité . Le dominicain cherche à émouvoir par un discours témoignage qui exploite les registres réalistes et pathétiques. Il multiplie les interrogations rhétoriques, les exclamations , expression d'une passion qui peut aussi produire un effet contraire: les reprises, les hyperboles, les chiffres, peuvent paraître excessifs et donc fragiliser le témoignage d'autant que celui ci repose parfois sur des rumeurs...

RETOUR AU SOMMAIRE DE L'ÉTUDE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3
 

RÉFÉRENCE
«Puis-je vous poser quelques questions? C'est pour essayer de comprendre...Ils n'ont aucune activité de l'esprit, aucune idée de l'art.»

pages 45 à 64 de l'Édition «Étonnants Classiques GF Flammarion 2164
pages 55 à 87 de l'Édition «Pocket» 4682
COMMENTAIRE
Il s'agit plus d'une joute verbale que d'une prise de parole autonome. Controverse menée par Sépulvéda qui harcèle son adversaire de questions (accumulation au début d' interro négatives). Ses interventions sont marquées par la logique comme le montrent les nombreux connecteurs. Il a recours à des syllogismes (p.40 et 53 de l'Édition «Étonnants Classiques», à des arguments d'autorité ( il cite Aristote) tout en conservant une certaine expressivité reproduite par la forte ponctuation d'un grand nombre de ses répliques. Plus lettré et moins impulsif que Las Casas, il lui reproche sa crédulité et l'accuse de folie. Il sait adapter la gestuelle et le ton en fonction de son interlocuteur (p. 53/57 «Étonnants Classiques»).
Pour lui les amérindiens sont des esclaves de naissance, ignorés par Dieu ce qui explique leur faiblesse et leur vulnérabilité. Ils se conduisent de façon cruelle ( anthropophagie, sacrifices) et immorale (sodomiques).
Son ethnocentrisme sans nuance explique son intransigeance mais cependant ne convainc pas le légat qui lui donne même une leçon de relativisme culturel «Nous sommes habitués depuis l'enfance à préférer nos propres usages qui nous semblent supérieurs aux autres.» p.60 «Étonnants Classiques» p. 80 Édition «Pocket».

RETOUR AU SOMMAIRE DE L'ÉTUDE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4

RÉFÉRENCE
«Éminence, je crois que vous n'avez jamais fait le voyage aux nouvelle Indes ?...Nous allons nous arrêter aux plumes, frère Bartolomé.»

pages 66 à 68 de l'Édition «Étonnants Classiques» GF Flammarion 2164
pages 94 à 97 de l'Édition «Pocket» 4682

COMMENTAIRE
La statue indienne est une preuve. Elle illustre l'argumentation de Sépulvéda et permet de rompre un discours trop théorique pour le substituer par un spectacle attractif. C'est aussi l'intrusion sur la scène du débat d'un élément du monde lointain qui ainsi se concrétise.
Cette représentation de «l'art» amérindien (les guillemets soulignent le mépris de Sépulvéda) est un coup de théâtre efficace car le philosophe rallie le Prélat et le supérieur à sa thèse. Incapables de relativiser les notions du beau et du laid , ils jugent la qualité artistique de l'objet à partir des critères européens ( la peinture italienne). Il est étonnant que le légat oublie si vite les dangers de l'ethnocentrisme dont il avait mis lui-même mis en garde le philosophe.
L'envoyé du Pape n'écoute plus Las Casas et sa dernière réplique «Nous allons nous arrêter aux plumes,frère Bartolomé.» déprécie sa thèse et coupe la parole au dominicain.

RETOUR AU SOMMAIRE DE L'ÉTUDE

 

 

 

 

 

 

 

 

5

RÉFÉRENCE
«Est-ce qu'ils peuvent être mélancoliques... si souvent les Espagnols les ont invités, les ont accueillis avec le sourire, pour ensuite leur passer leur épée à travers le corps » 
pages 83 à 87 de l'Édition «Étonnants Classiques GF Flammarion 2164
pages 136 à 141 de l'Édition «Pocket» 4682

COMMENTAIRE
La statue indienne ainsi que la présence du(des) colon(s) et des Indiens, ont une fonction dramaturgique qui permet à l'action de progresser. A l'échec de Las Casas succède celui de Sépulvéda au cours d'un épisode dramatique marqué par la violence physique et morale. Le caractère émotionnel de la simulation du sacrifice de l'enfant est en accord avec le discours émotionnel de Las Casas auquel le lecteur s'identifie. Instigateur de l'expérience, le légat l'interrompt gêné et son malaise est significatif. L'expérience qui déclenche de la compassion est révélatrice:les amérindiens sont visiblement des êtres sensibles.

RETOUR AU SOMMAIRE DE L'ÉTUDE

 

 

 

 

 

 

 

6

RÉFÉRENCE
« Mes chers frères ma décision est prise... > fin 
pages 107 à la fin de l'Édition «Étonnants Classiques GF Flammarion 2164
pages 182 à la fin de l'Édition «Pocket» 4682

COMMENTAIRE
Le Prélat donne une réponse claire à la problématique initiale: les amérindiens sont des
«créatures de Dieu et nos frères dans la descendance d’Adam» (voir discours préliminaire). La controverse s'achève donc par la victoire de Las Casas. Cependant, les contraintes économiques sont les plus fortes et l'ajout du codicille transforme cette clôture en ouverture : le débat glisse des amérindiens aux africains.
Le dénouement de la controverse rappelle les arguments spécieux de l'esclavagiste de Montesquieu:
«Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique , ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique , pour s'en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher , si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.
Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre»
(Montesquieu , De l'esprit des lois , XV,5 ,1748)

RETOUR AU SOMMAIRE DE L'ÉTUDE

HAUT DE PAGE