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LA
CONTROVERSE DE VALLADOLID
Démontrer : argumenter sans chercher à convaincre ni à persuader
Convaincre: argumenter en recourant à la raison
Persuader: argumenter en recourant aux sentiments
La
Controverse
:
(1332; controversie «querelle», 1245; lat. «controversia»
choc.) Discussion suivie sur une question, une opinion. (Petit Robert)
de
Valladolid
:
Ville d'Espagne en vieille Castille.
donc :
discussion à Valladolid, en 1550, sur la question suivante :Les
amérindiens sont-ils des créatures de Dieu ?
La
Controverse de Valladolid a d'abord été un téléfilm avant d'être un
livre.
en 1999,
l'histoire sera adaptée au théâtre. Le texte est proposé par les
éditions GF Flammarion,"Étonnants
Classiques" , n°2164
Questionnaire de lecture à cette adresse : http://perso.wanadoo.fr/profsdelettres/documents/controverse.htm
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Le
téléfilm commence directement par l'entrée du prélat (le légat,le représentant du pape)dans la salle capitulaire (principale) . Le scénario correspond au chapitre 3 du récit avec notamment l'arrivée des deux témoins cachés dont le spectateur ignore les intentions |
Le
livre
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TEXTE 3 :: L'art de convaincre. :: TEXTE 2 :: L'émotion persuasive et ses limites :: TEXTE 1 :: Mise en place d'un procés: acte d'accusation. :: TEXTE 4 :: Un bel effet dramaturgique. :: TEXTE 5 :: Recours au pathétique :: TEXTE 6 :: Un dénouement paradoxal. |
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RÉFÉRENCE «Mes chers frères, depuis que, par la grâce de Dieu,le royaume d’Espagne a découvert et conquis les Indes de l’Ouest, que certains appellent déjà le Nouveau Monde, nous avons vu s’élever un nombre de questions difficiles que rien, dans l’histoire des hommes,ne laissait prévoir. Une de ces questions, qui est de première importance, n’a jamais reçu de réponse claire et complète. C’est elle qui nous réunit ici. Après une très courte pause, le légat reprend, dans le plus grand silence: Ces terres nouvelles ont des habitants, qui ont été vaincus et soumis au nom du vrai Dieu. Cependant, depuis une trentaine d’années, des rumeurs se sont répandues en Europe disant que les indigènes de Mexico et des îles de la Nouvelle Espagne ont été très injustement maltraités par les conquérants espagnols. Le dominicain, Las Casas, hoche la tête à ces mots. (...) Aujourd’hui, le Saint-Père m’a envoyé jusqu’à vous pour décider une fois pour toutes, avec votre aide, si ces indigènes sont des êtres humains achevés et véritables, des créatures de Dieu et nos frères dans la descendance d’Adam. Ou si au contraire, comme on l’a soutenu (il se tourne vers Sépulvéda), ils sont des êtres d’une catégorie distincte, ou même les sujets de l’empire du diable. Un bref et mince sourire traverse le visage de Sépulvéda À la fin de notre débat, la décision que je prendrai sera «ipso facto» confirmée par Rome. Jean Claude Carrière, La Controverse de Valladolid, «Étonnants Classiques» , n°2164, GF Flammarion, 1999 |
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COMMENTAIRE Le discours du Prélat se veut objectif malgré les références constantes à la religion. Origine du problème (découverte des terres nouvelles et de leurs habitants), justification de la colonisation («au nom du vrai Dieu»), plainte contre les Espagnols évoquée par un euphémisme («matraités») compensé par un superlatif («très»). L'exposé des thèses en présence lui permet de rappeler le rôle de chacun: un plaidoyer mené par Las Casas avocat des peuples amérindiens opposé au réquisitoire du procureur Sépulvéda. Le rôle de Juge est dévolu au Légat qui prononcera le verdict. Il s'agit donc de la mise en place d'un procès qui doit décider du sort de tout un peuple. |
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RÉFÉRENCE |
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COMMENTAIRE Las Casas dresse un double portrait antithétique, à la cruauté et au sadisme des espagnols , il oppose la vulnérabilité et le pacifisme des amérindiens. Les premiers ne respectent pas les principes chrétiens, alors que les seconds manifestent une grande crédulité . Le dominicain cherche à émouvoir par un discours témoignage qui exploite les registres réalistes et pathétiques. Il multiplie les interrogations rhétoriques, les exclamations , expression d'une passion qui peut aussi produire un effet contraire: les reprises, les hyperboles, les chiffres, peuvent paraître excessifs et donc fragiliser le témoignage d'autant que celui ci repose parfois sur des rumeurs... |
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RÉFÉRENCE «Puis-je vous poser quelques questions? C'est pour essayer de comprendre...Ils n'ont aucune activité de l'esprit, aucune idée de l'art.» pages 45 à 64 de l'Édition «Étonnants Classiques GF Flammarion 2164 pages 55 à 87 de l'Édition «Pocket» 4682 |
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COMMENTAIRE Il s'agit plus d'une joute verbale que d'une prise de parole autonome. Controverse menée par Sépulvéda qui harcèle son adversaire de questions (accumulation au début d' interro négatives). Ses interventions sont marquées par la logique comme le montrent les nombreux connecteurs. Il a recours à des syllogismes (p.40 et 53 de l'Édition «Étonnants Classiques», à des arguments d'autorité ( il cite Aristote) tout en conservant une certaine expressivité reproduite par la forte ponctuation d'un grand nombre de ses répliques. Plus lettré et moins impulsif que Las Casas, il lui reproche sa crédulité et l'accuse de folie. Il sait adapter la gestuelle et le ton en fonction de son interlocuteur (p. 53/57 «Étonnants Classiques»). Pour lui les amérindiens sont des esclaves de naissance, ignorés par Dieu ce qui explique leur faiblesse et leur vulnérabilité. Ils se conduisent de façon cruelle ( anthropophagie, sacrifices) et immorale (sodomiques). Son ethnocentrisme sans nuance explique son intransigeance mais cependant ne convainc pas le légat qui lui donne même une leçon de relativisme culturel «Nous sommes habitués depuis l'enfance à préférer nos propres usages qui nous semblent supérieurs aux autres.» p.60 «Étonnants Classiques» p. 80 Édition «Pocket». |
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RÉFÉRENCE «Éminence, je crois que vous n'avez jamais fait le voyage aux nouvelle Indes ?...Nous allons nous arrêter aux plumes, frère Bartolomé.»
pages 66 à 68 de l'Édition «Étonnants Classiques» GF Flammarion 2164 |
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COMMENTAIRE La statue indienne est une preuve. Elle illustre l'argumentation de Sépulvéda et permet de rompre un discours trop théorique pour le substituer par un spectacle attractif. C'est aussi l'intrusion sur la scène du débat d'un élément du monde lointain qui ainsi se concrétise. Cette représentation de «l'art» amérindien (les guillemets soulignent le mépris de Sépulvéda) est un coup de théâtre efficace car le philosophe rallie le Prélat et le supérieur à sa thèse. Incapables de relativiser les notions du beau et du laid , ils jugent la qualité artistique de l'objet à partir des critères européens ( la peinture italienne). Il est étonnant que le légat oublie si vite les dangers de l'ethnocentrisme dont il avait mis lui-même mis en garde le philosophe. L'envoyé du Pape n'écoute plus Las Casas et sa dernière réplique «Nous allons nous arrêter aux plumes,frère Bartolomé.» déprécie sa thèse et coupe la parole au dominicain. |
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RÉFÉRENCE |
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COMMENTAIRE La statue indienne ainsi que la présence du(des) colon(s) et des Indiens, ont une fonction dramaturgique qui permet à l'action de progresser. A l'échec de Las Casas succède celui de Sépulvéda au cours d'un épisode dramatique marqué par la violence physique et morale. Le caractère émotionnel de la simulation du sacrifice de l'enfant est en accord avec le discours émotionnel de Las Casas auquel le lecteur s'identifie. Instigateur de l'expérience, le légat l'interrompt gêné et son malaise est significatif. L'expérience qui déclenche de la compassion est révélatrice:les amérindiens sont visiblement des êtres sensibles. |
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RÉFÉRENCE |
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COMMENTAIRE Le Prélat donne une réponse claire à la problématique initiale: les amérindiens sont des «créatures de Dieu et nos frères dans la descendance d’Adam» (voir discours préliminaire). La controverse s'achève donc par la victoire de Las Casas. Cependant, les contraintes économiques sont les plus fortes et l'ajout du codicille transforme cette clôture en ouverture : le débat glisse des amérindiens aux africains. Le dénouement de la controverse rappelle les arguments spécieux de l'esclavagiste de Montesquieu: «Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique , ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique , pour s'en servir à défricher tant de terres. Le sucre serait trop cher , si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves. Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre» (Montesquieu , De l'esprit des lois , XV,5 ,1748) |