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PIERRE CARLET DE CHAMBLAIN DE MARIVAUX
LES FAUSSES CONFIDENCES
Comédie représentée pour la première fois par les
comédiens-italiens le 16 mars 1737
Sur cette page PRINCIPALES REPLIQUES POUVANT SERVIR DE PLAN SYNOPTIQUE COMBIEN DE FAUSSES CONFIDENCES ? Tableau de présence des personnages ACTE 1 |
ACTE I
ACTE PREMIER SCENE PREMIERE Arlequin , Dorante
Arlequin : nom d'un personnage de la commedia dell'arte où il incarne le valet espiègle et cupide. Dorante : le nom apparaît chez Molière (Bourgeois gentilhomme en tant que conte amoureux ou la Critique de l'école des femmes en tant que chevalier) connotations positives du nom (sonorité éclatante - racine: or)
La scène se situe dans une pièce de réception, un visiteur accueilli avec respect , respect excessif : nombreuses formules de politesse ; un échange de civilités mais l'excès de politesse d'Arlequin est notable ,ce valet obséquieux est lourdaud . Une politesse sur commande , une insistance à vouloir imposer la conversation afin d'en tirer profit auprès de sa maîtresse ce personnage sort tout droit de la commedia dell'arte , d'autant que sa niaiserie est peut-être feinte.
Son jeu, en provocant l' énervement de Dorante, permet de mettre en évidence la nervosité du visiteur.
[première réflexion sur le langage : parler pour éviter l'ennui , est-ce parler vrai ? Est-ce communiquer ?]
ACTE PREMIER SCENE 2 Dorante , Dubois
Dubois: patronyme moins conventionnel à
connotation bourgeoise et qui ancre le personnage dans la réalité. Un valet bien
français et d'un nouveau type.
Le mystère:didascalie
initiale: air mystérieux , méfiance manifestée par Dubois "je vous guettais"
; deuxième didascalie, Dubois sur ses gardes (il cherche et regarde) . Les
spectateurs assistent à une conversation confidentielle dont ils ne peuvent comprendre
tout le sens , la collusion entre les deux hommes semble totale; une entente
secrète qui exclut les autres personnages DUBOIS.
Vous n'avez rien dit de notre projet à Monsieur Remy, votre parent? DORANTE. Pas le
moindre mot... je n'aurais garde de lui confier notre projet ils recherchent le silence à propos d'un projet
désigné comme étant une entreprise ou une affaire . Notre
projet, notre entreprise , notre affaire .La nature de ce projet est cependant précisée : un projet matrimonial (je l'épouserai, moi qui ne suis rien) mais la conversation reste par ailleurs très allusive
malgré quelques bribes d'information fournies par les deux complices : existence de
tierces personnes :Identité de Monsieur Rémy ,qui il est, ce qu'il est . Une mademoiselle Marton l'article indéfini rend ce personnage, inconnu de Dorante , mystérieux
Un personnage central mais anonyme : une dame cette
dame-ci , cette femme-ci , les
démonstratifs soutenus par l'adverbe renforcent l'effet de mystère et de connivence .Une
riche veuve .
Un début de scène qui cherche à éveiller l'intérêt du public.
Premières remarques sur les rapports maître-valet:
Ce que l'on apprend sur Dorante : ex maître de Dubois tu m'as servi,
il semble ruiné: je n'ai pu te bien
récompenser de ton zèle ... moi qui ne suis rien ,un bourgeois sans argent qui a donc perdu tout pouvoir , déchéance qui le
fragilise. Redevable envers Dubois, c'est l'amitié qui le lie désormais à son
ancien valet Quand pourrai-je reconnaître
tes sentiments pour moi? ma fortune serait la tienne .
ACTE I SCENE 2 LECTURE METHODIQUE
DORANTE, DUBOIS
S.L.I.P.
SITUATION Une scène d'exposition plus riche que la première. Informations sur les personnages et l'intrigue. L'entrée en scène d'un deuxième valet , antithèse du premier. Les deux personnages principaux , leurs intentions présentées au cours d'une conversation naturelle mais qui a le ton du complot et dont le sujet n'est pas clairement défini. C'est Dubois qui mène l'affaire et qui mène son ancien maître. Dorante, lui se trouve à la fois dominé et dépendant. Déguisé en intendant, il est l'exécutant d'une entreprise amoureuse dont il sera aussi le bénéficiaire.
LECTURE
DUBOIS.. Point de bien!
Votre bonne mine est un Pérou! Tournez-vous un peu, que je vous considère encore:
allons, Monsieur, vous vous moquez, il n'y a point de plus grand seigneur que vous à
Paris. Voilà une taille qui vaut toutes les dignités possibles, et notre affaire est
infaillible, absolument infaillible; il me semble que je vous vois déjà en déshabillé
dans l'appartement de Madame.
DORANTE.
Quelle chimère!
DUBOIS. Oui, je le soutiens. Vous êtes actuellement dans votre
salle et vos équipages sont sous la remise.
DORANTE.
Elle a plus de cinquante mille livres de rente, Dubois.
DUBOIS.
Ah! Vous en avez bien soixante pour le moins.
DORANTE.
Et tu me dis qu'elle est extrêmement raisonnable?
DUBOIS.. Tant mieux pour vous, et tant pis pour elle. Si vous lui
plaisez, elle en sera si honteuse, elle se débattra tant, elle deviendra si faible,
qu'elle ne pourra se soutenir qu'en épousant; vous m'en direz des nouvelles. Vous l'avez
vue et vous l'aimez?
DORANTE. Je l'aime avec passion, et c'est ce qui fait que je tremble!
DUBOIS.. Oh! vous m'impatientez avec vos terreurs: eh que diantre!
un peu de confiance; vous réussirez, vous dis-je. Je m'en charge, je le veux, je l'ai mis
là; nous sommes convenus de toutes nos actions, toutes nos mesures sont prises; je
connais l'humeur de ma maîtresse, je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous
conduis, et on vous aimera, toute raisonnable qu'on est; on vous épousera, toute fière
qu'on est, et on vous enrichira, tout ruiné que vous êtes, entendez-vous? Fierté,
raison et richesse, il faudra que tout se rende. Quand l'amour parle, il est le maître,
et il parlera: adieu; je vous quitte; j'entends quelqu'un, c'est peut-être Monsieur Remy,
nous voilà embarqués, poursuivons. (Il fait quelques pas, et revient.) A propos,
tâchez que Marton prenne un peu de goût pour vous. L'Amour et moi nous ferons le reste.
INTRODUCTION:
Dialogue révélateur des rapports de force,
qui met en évidence les qualités multiples de Dubois et la vulnérabilité de Dorante .
Opposition des caractères . Discussion assez vive . Le sujet : obstacles et chances de
réussite de l'entreprise amoureuse. L'extrait met donc en évidence l'éloquence du valet
et la fragilité de l'ex maître
PLAN 1. Faiblesse de
Dorante . Raisons et manifestations 2. Energie , optimisme et éloquence du valet. 3. Le projet :
(vertiges de l'amour)
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1. Dorante .C'est l'amoureux conventionnel mais qui se présente sous un masque (cf.
Valère dans l'Avare) celui de l'intendant .Tromperie condamnable mais ses
hésitations, son manque d'assurance le rendent inoffensif. Il se présente victime de sa
passion Je l'aime avec passion, et c'est ce qui fait que
je tremble! . Déguisé, inhibé et conscient de la
disparité sociale, Elle a plus de cinquante mille livres
de rente, Dubois , il a donc toutes les raisons d'envisager l'échec d'une entreprise (une chimère!) dont il n'est ni
l'initiateur ni le meneur.
Sa faiblesse est perceptible dans la prise de parole : noter la disproportion entre les
répliques, alors que celles de Dubois sont construites, celles de Dorante sont brèves et
marquées par l'émotion : modalités exclamatives et interrogatives. Sa première
réplique =exclamation expression d'un complexe d'infériorité, désespoir. Sa deuxième
réplique : interrogation qui montre avant tout qu'il attend d'être rassuré .
2. En face : Dubois , sûr de lui, un discours qui est l'antithèse de celui de Dorante
Une énergie qu'il voudrait
communicative allons, Monsieur, vous vous moquez
/entendez-vous? , répétition persuasive infaillible...infaillible . Les
modalités exclamatives sont les marques de l'enthousiasme Point
de bien! Votre bonne mine est un Pérou! ou de
l'impatience et de l'exhortation :Oh! vous m'impatientez
avec vos terreurs: eh que diantre! Une affection à la fois protectrice et grondeuse. Un discours
péremptoire : ton moqueur employé pour répondre aux objections de Dorante ð (60livres> 50000livres) : la
disproportion mise en évidence semble avant tout le réjouir : cf. l'interjection .Ton
critique et moqueur devant les craintes de Dorante, devant la façon trop emphatique dont
il les exprime : vos terreurs
Optimisme : Pour Dubois l'argent n'est
pas un obstacle la différence de fortune étant compensée par l'apparence physique de
Dorante , humour et ironie Votre bonne mine est un Pérou : le valet joue sur la polysémie du mot "mine", peu importe
l'argent , Dorante vaut par lui-même. L'image un peu insolente de Dorante "en déshabillé dans l'appartement de Madame" souligne la rapidité avec laquelle le projet aboutira . Vocabulaire de la
certitude :"Oui, je le soutiens" Il anéantit les doutes de son ancien maître par son analyse de la
situation Tant mieux pour vous, et tant pis pour elle. ð vivacité de la tournure accompagnée d'un raccourci visionnaire montrant
la soumission de la jeune femme .
Dernière réplique : éloquence
: Dubois énonce son projet dans un discours à la 1ère personne Je m'en charge, je le veux, je l'ai mis là ... je sais votre mérite, je sais mes
talents, je vous conduis, le rythme ternaire (procédé
principal de la réplique) montre le caractère volontaire et décidé . Noter dans
l'ensemble de la tirade , le glissement du pronom "vous" (Dorente) remplacé par
le "nous" puis par le "je" .La jeune veuve désignée par un pronom
indéfini toute raisonnable qu'on est; on
vous épousera, toute fière qu'on est, et on vous enrichira , n'apparaît pas en tant qu'individualité , un "on" (elle, ma
maîtresse + moi )qui peut laisser sous entendre la participation active de Dubois capable
de guider la conscience de la jeune femme . D'autre part, le parallélisme de structure
définit les objectifs : "aimera /épousera
/enrichira" (futur =certitude) trois moments auxquels
correspondent trois traits définissant la personne à conquérir : "fierté /raison/ richesse" . Constructions
symétriques: "je sais votre mérite / je sais
mes talents" ð .la réussite repose sur leur
complicité nous sommes convenus de toutes nos actions/
toutes nos mesures sont prisesð Chiasme (convenusð
prises/ toutes nos actionsð toutes nos mesures) pour souligner la solidité du
stratagème mis en place . Les impératifs traduisent son pouvoir de décision . Dubois est un homme
d'action, volontaire , ayant confiance en lui .Son discours souligne un caractère
autoritaire .Il a donc sur son maître une véritable ascendance.
3. Un homme d'action au
service d'un projet amoureux
Le projet est un complot mené par un valet qui n'est pas tourmenté
par les scrupules. Dubois possède des qualités intellectuelles ainsi connaît-il d'une
part les mécanismes amoureux d'autre part en fin psychologue il a analysé le caractère
de sa maîtresse. S'il souligne qu'elle est raisonnable (par trois fois) , cette qualité
ne lui semble pas un obstacle. Non seulement elle ne pourra pas résister à l'amour, mais
de plus cette qualité doit jouer en faveur de Dorante :c'est un gage de la profondeur des
sentiments ð adverbes de quantité Tant mieux pour vous,
et tant pis pour elle. Si vous lui plaisez, elle en sera si honteuse, elle
se débattra tant, elle deviendra si faible, qu'elle ne pourra se soutenir
qu'en épousant; le lexique suggère la maladie d'amour (faible, se soutenir) , la restriction
(ne...que) l'issue fatale. Le processus est connu , il reste à le provoquer : deux
étapes : faire naître le désir par la séduction (physique Votre
bonne mine...je vous vois déjà en déshabillé) et
l'entretenir ,le stimuler, par la jalousie Tâchez que
Marton prenne un peu de goût pour vous (le statut social
de ce personnage encore énigmatique se précise.)
CONCLUSION Ce que sait désormais le spectateur .La scène d'exposition distribue les rôles dans un projet qui se dessine . Un valet aux multiples qualités , morales et intellectuelles, qui tire les ficelles et prend plaisir à le faire. Un maître qui n'en est plus un , déclassé fragile , malheureux et dépendant. Une maîtresse qu'il faut séduire sans s'embarrasser de scrupules.
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ACTE PREMIER SCENE III Monsieur Rémy, Dorante
Similitudes entre les deux scènes (II et III): un deuxième plan -un deuxième mariage en perspective -avec un nouvel organisateur aussi autoritaire: Monsieur Rémy réplique de Dubois. Différences : une autre personnalité ,un nouveau ton et une exposition directe du projet. Personnage matérialiste : l'argent prime sur les sentiments , un vocabulaire d'homme de loi (collatéral, héritiers),un être "précautionneux", épais (loin de la finesse de Dubois) .Intrigue secondaire qui va dans le sens voulu par Dubois (servi par le hasard) ce qui explique l'apparente soumission de Dorante . Confirmation : Dorante possède les qualités nécessaires pour gagner la sympathie du spectateur : les sentiments éprouvés sont vrais et il n'agit pas par intérêt.
Remarques sur le couple maître / valet Couple sympathique: charme physique , vertu et fragilité pour l'un. Humour, vivacité, astuce pour l'autre. La ruse au service d'un sentiment vrai.
ACTE PREMIER SCENE IV et V Monsieur Rémy, Marton, Dorante
Marton est une demoiselle de compagnie et non une soubrette, déclassée comme Dorante . Elle représente le parti idéal aux yeux de Monsieur Rémy , personnage très conventionnel au franc-parler qui opère par une série de questions directes témoignant plus de sa méconnaissance des sentiments que de son hypocrisie. Cependant il est le premier à livrer une fausse confidence . Marton , jeune fille qui rêve à l'amour et au mariage se laisse prendre au jeu :Cf. les didascalies Quatre rires et un sourire. Des rires différents. Le premier peut être l'expression de la bonne humeur et de la courtoisie, le sourire qui suit trahit la coquetterie, le rire suivant témoigne de sa surprise devant le caractère expéditif de la décision, puis elle se laisse prendre au jeu et s'avoue clairement intéressée ("docile"). L'ironie finale la montre s'accommodant de la nouvelle situation. Dans la scène V , elle révèle ses sentiments (dernière réplique = la "surprise de l'amour") après avoir manifesté ses craintes sur l'infidélité de Dorante (première réplique)
Dorante lui pratique le double langage, sa gêne (scène IV)s'explique par ses scrupules mais sa réponse à l'interrogation inquiète de Marton (scène V) est volontairement équivoque .
ACTE PREMIER SCENE VI Araminte , Marton
Entrée en scène de l'héroïne. Scène
classique de confidences maîtresse-suivante . Confidences qui permettent de souligner
l'intérêt qu'Araminte accorde déjà à Dorante . Elle semble séduite par le charme du
jeune homme (dont "la bonne mine est un Pérou" selon Dubois I / 2).
Importance du paraître mais l'attrait physique de Dorante n'avait pourtant pas
frappé Marton. Importance du "qu'en dira-t-on : Araminte
pense à sa réputation ; véritable prise de possession , "je le prends"
par inclination et non parce qu'elle est convaincue par Marton .
Dépendance de Dorante : chosifié , soumis aux appréciations des deux femmes , embarqué
dans deux projets matrimoniaux .
ACTE PREMIER SCENE VII Dorante, Araminte , Marton
La première entrevue. L'incompétence de
Dorante, les bons sentiments d'Araminte très critique envers une société qui préfère
les parvenus aux "honnêtes gens" . Les questions portant sur les capacités du
jeune homme sont éludées au profit de questions plus personnelles portant sur son âge
qui montrent que les intérêts de la jeune femme sont plus sentimentaux que pratiques.
Dorante fait preuve d'une assurance qui lui permet d'exprimer sa passion à mots couverts,
un amoureux zélé qui commence, aujourd'hui, à être
heureux.
Marion, la dupe, joue les faire-valoir et les entremetteuses
Nécessité dramatique : Arlequin nommé domestique de Dorante. Araminte établit les
hiérarchies.
LECTURE METHODIQUE ACTE I SCENES 8 et 9
ARAMINTE, DORANTE, MARTON, ARLEQUIN, UN DOMESTIQUE.
| S.L.I.P. SITUATION : Réapparition d'Arlequin qui correspond à l'installation de Dorante en tant qu'intendant. Arlequin nommé domestique de Dorante , cette désignation souligne la réussite de la première étape du plan de Dubois. LECTURE ARLEQUIN. Me voilà,
Madame. INTRODUCTION: Deux scènes dans lesquelles Arlequin a le premier rôle, le personnage de Marivaux conserve les traits du personnage traditionnel de la commedia dell'arte: ses lazzi ( lourdes plaisanteries propres à la commedia dell'arte) et sa balourdise détendent l'atmosphère. La tonalité comique prédomine, cependant les répliques du bouffons ne sont pas dénuées de raillerie. En effet le valet met à nu les intérêts et les connivences des autres personnages PLAN 1. Le comique: Arlequin, valet bouffon et raisonneur 2. Le poids de l'organisation sociale et domestique ; les alliances. ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Développement 1. Arlequin valet de comédie Construire la lecture en répondant aux questions (réponses fournies en cliquant sur le bouton) Un bouffon - Rappelez ce qui le différencie des autres personnages. - Araminte, qui croît connaître son valet , prend quelles précautions dans sa première réplique? - Montrez que ces précautions n'ont pas l'effet escompté - Commentez la ponctuation dans la réplique d'Arlequin. - Quelle autre réaction a-t-il (didascalie)? Est-il sincère ?. - En quoi cette réaction montre-t-elle qu'il est différent ? - Au delà du comique de farce , que laissent entendre ces bouffonneries ? Un raisonneur Ce trait de caractère relève de la psychologie des enfants qui aiment à s'opposer en raisonnant sur tout. - Où voit-on qu'Araminte se plaint de ce trait de caractère ? - Quels termes montrent bien qu'Arlequin veut raisonner ? - Quelle conclusion énonce - t- il ? Sur quel ton ? - Quel est donc le but caché du valet ? l - Que représente Arlequin aux yeux des autres ? Le valet joue donc le rôle que les autres personnages lui attribuent, mais ce jeu n'est pas gratuit, il ouvre sur une dénonciation , une critique sur les relations sociales et les hiérarchies établies 2. L'organisation sociale, le jeu des alliances L'ordre social Les chicaneries d'Arlequin sont là pour amener des éclaircissements sur la place que Dorante va occuper dans la maison.
-" C'est Madame qui
donnera ordre à Monsieur de souffrir mon service, que je lui prêterai par le
commandement de Madame. " - Relevez les expressions qui montrent qu'Arlequin est véritablement obsédé par l'ordre - A quel type de société Arlequin est-il donc attaché ? - Quel élément matérialise et garantit l'obéissance à l'ordre ? - Quelle forme de pouvoir conteste-t-il ? Qui incarne le mieux ce pouvoir contestable ? - Analysez la relation Arlequin
/ Marton dans ces deux scènes. Les alliances Le jeu d'Arlequin a pour but de
dénoncer les ententes, si Marton se place dans le camps des maîtres, Dorante s'y
retrouve aussi par la volonté d'Araminte : "vous le servirez". -Cependant comment comprendre l'expression d'Arlequin au début de la scène 9 : "...nous sommes donc l'un à l'autre..." ? - Pourquoi Marton réagit-elle aussi violemment aux propos qu'Arlequin adresse à Dorante ? - Quelle loi échappe à Arlequin et fausse les rapports sociaux ? - Dans quelle mesure Marton pourrait-elle finir par mépriser Araminte ? Conclusion Les niaiseries feintes d'Arlequin peuvent prêter à rire mais elles permettent surtout de révéler l'ambiguité du statut de Dorante. Dans une société aussi hiérarchisée , le jeune homme apparaît fragile. Déjà placé sous l'autorité bienveillante de son ancien valet , sa situation dépend avant tout du bon vouloir et des sentiments d'Araminte.Cette fragilité sociale si elle le rend sympathique souligne aussi la hardiesse du plan de Dubois |
Lecture suivie des scènes 10 à 13
Scène I/X
Projet de Marton "nous
n'y perdrons rien"? Projet de Dorante ? Projet de Madame Argante ?
Quels sont les handicaps de Dorante aux yeux de Madame Argante ?
Est-ce , pour Dorante, l'obstacle essentiel ?
A quel personnage de Molière (Tartuffe) Madame Argante fait-elle penser ?
Pourquoi ?
Qu'est ce qui compte pour Madame Argante ?Portait satirique du personnage ?
Que reproche-t-elle à sa fille ?
Dorante est-il toujours ,comme dans les premières scènes, inconsistant ,
hésitant?Quelles sont ses qualités? Que penser de l'expression "Morale subalterne
"? Portée satirique de la scène?
Scène I/XI
A qui Dorante s'oppose-t-il ?
Comment qualifier le comportement de Marton vis à vis d'Araminte ?
Commentez la dernière réplique.
Scène I/XII
Où le double langage est-il
perceptible dans les premières répliques ?
Qu'est-ce qui justifie qu'Araminte révèle à Dorante son secret ?
Sous quel aspect présente-t-elle le projet de sa mère ?
Quelle conséquence le partage de ce secret entraîne-t-il ?
Lorsque Dorante lui dévoile les pressions qu'il a subi , quel rôle joue Araminte ?
"je suis confus de vos bontés, et je suis trop heureux d'avoir été querellé."
A quoi Dorante joue-t-il ?
Montrez qu'Araminte commence à percevoir le sens caché des répliques de Dorante?
Scène I/XIII
Comment la comédie dans la
comédie est -elle marquée?
LECTURE METHODIQUE ACTE I SCENE 14
ARAMINTE, DUBOIS.
SITUATION: proche
de la fin de l'acte I....Réapparition de Dubois , la scène 2 l'avait présenté comme
l'instigateur du stratagème , le théoricien . Il réapparaît "en action"
afin d' accélérer le processus mis en place.
LECTURE
DUBOIS. Eh! par quel tour d'adresse est-il connu de Madame? Comment a-t-il fait pour
arriver jusqu'ici?
ARAMINTE. C'est Monsieur Remy qui me l'a envoyé pour intendant.
DUBOIS. Lui, votre intendant! Et c'est Monsieur Remy qui vous l'envoie! Hélas! le
bonhomme, il ne sait pas qui il vous donne; c'est un démon que ce garçon-là.
ARAMINTE.
Mais, que signifient tes exclamations? Explique-toi: est-ce que tu le connais?
DUBOIS. Si je le connais, Madame! Si je le connais! Ah, vraiment oui; et il me connaît
bien aussi. N'avez-vous pas vu comme il se détournait de peur que je ne le visse?
ARAMINTE. Il est vrai; et tu me surprends à mon tour. Serait-il capable de quelque
mauvaise action, que tu saches? Est-ce que ce n'est pas un honnête homme?
DUBOIS. Lui! Il n'y a point de plus brave homme dans toute la terre; il a, peut-être,
plus d'honneur à lui tout seul que cinquante honnêtes gens ensemble. Oh! c'est une
probité merveilleuse; il n'a, peut-être, pas son pareil.
ARAMINTE. Eh! de quoi peut-il donc être question? D'où vient que tu m'alarmes? En
vérité j'en suis toute émue.
DUBOIS. Son défaut, c'est là. (Il se touche le front.) C'est à la tête que le
mal le tient.
ARAMINTE. A la tête!
DUBOIS. Oui, il est timbré; mais timbré comme cent.
ARAMINTE. Dorante! Il m'a paru de très bon sens. Quelle preuve as-tu de sa folie?
DUBOIS. Quelle preuve? Il y a six mois qu'il est tombé fou; il y a six mois qu'il
extravague d'amour, qu'il en a la cervelle brûlée, qu'il en est comme un perdu; je dois
bien le savoir, car j'étais à lui, je le servais; et c'est ce qui m'a obligé de le
quitter, et c'est ce qui me force de m'en aller encore; ôtez cela, c'est un homme
incomparable.
ARAMINTE, un peu boudant.
Oh bien, il fera ce qu'il voudra mais je ne le garderai pas. On a bien affaire d'un esprit
renversé et peut-être encore, je gage, pour quelque objet qui n'en vaut pas la peine,
car les hommes ont des fantaisies...
DUBOIS. Ah! vous m'excuserez - pour ce qui est de l'objet, il n'y a rien à dire.
Malpeste! sa folie est de bon goût.
ARAMINTE. N'importe, je veux le congédier. Est-ce que tu la connais, cette personne?
DUBOIS. J'ai l'honneur de la voir tous les jours: c'est vous, Madame.
ARAMINTE. Moi, dis-tu!
INTRODUCTION
Une scène de confidences, celle d'une passion et d'une
folie. Fausse et vraie confidences puisque l'amour de Dorante est réel
mais les marques de sa démence sont le fruit de l'imagination du valet. Un passage
composé de répliques rapides et fortement ponctuées , l'exaltation feinte de
Dubois faisant naître une émotion réelle chez Araminte.
PLAN
1) La stratégie du valet et sa maîtrise de la parole
2) Le portrait de Dorante
3) Les réactions d'Araminte
DEVELOPPEMENT
1) Dubois diabolique et manipulateur développe un discours
dont la progression est parfaitement construite :
Il s'agit d'abord pour lui de s
'assurer la confiance de sa maîtresse . Ses premières interrogations sont des
témoignages de cette loyauté qu'il a affirmé plus haut.
Il feint l'etonnement tout en mettant à nue la malhonnêteté de Dorante :
"Comment a-t-il fait pour arriver jusqu'ici?" (Ce qui correspond
d'ailleurs à la réalité )
Ensuite , il reste trés évasif
tout en suscitant l'inquiétude en qualifiant Dorante de démon , la tournure de
la phrase avec la désignation appuyée ("c'est un démon que ce
garçon là") souligne le danger que représente son ancien maître.
L'intérêt d'Araminte est ainsi accentuée par l'inquiétude.
La troisième étape consiste à
dresser un portrait élogieux du "démon" , apparente incohérence qui
ne peut qu'augmenter le trouble de la jeune femme qui d'ailleurs s'avoue "émue".
Le valet fait alors la fausse
confidence de la folie de Dorante, le geste joint à la parole révèle l'intensité de
cette folie.
Le caractère absolue de cette démence dans un premier temps sans objet a pour but
d'affoler Araminte tout en préparant la révélation
suivante : le caractère amoureux de la folie de Dorante aura
alors pour Araminte une dimension à la fois rassurante et valorisante.
Le coup de grâce est
asséné brutalement "c'est vous , Madame" Araminte se trouve ainsi
totalement déstabilisée.
Ce stratagème reflète une maîtrise certaine de la parole.
Aux interrogations innocentes succèdent des exclamatives qui traduisent stupéfaction et
déploration. La phrase nominale qui s'ouvre sur le pronom "lui" est pleine de
sous-entendus, il fait comprendre que le procédé est ingénieux; le recours à l'ironie
qui met l'accent sur la balourdise de Monsieur Rémy , évoque du même coup la fourberie
du neveu.
Les reprises , sous forme exclamative, du verbe "connaître" suggèrent qu'il
juge en parfaite connaissance de cause. La référence au jeu de la scène précédente
servant de preuve concrète (visuelle) de sa bonne foi.
Les présentatifs "il n'y a pas ...C'est une probité...il n'a pas..."
souligne qu'il n'ignore rien de la personnalité de Dorante .
Le discours devient alors plus explicite : les subordonnées plus riches, les
répétitions ne marquent plus l'étonnement , elles mettent l'accent :
- d'une part sur le caractère durable de la passion de Dorante ("Il y a six
mois...il y a six mois..." ces répétitions sont d'ailleurs soutenues par le rythme
ternaire (emploi de trois propositions subordonnées) ,
- d'autre part sur l'étroite relation qui le liait à son ancien maître (" j'étais
à liui, je le servais") ,
- enfin sur le déroulement des événements ("et c'est ce qui...et c'est ce
qui...")
La réplique qui précède la révélation finale , assez audacieuse et irrévérencieuse,
prouve surtout qu'il ne craint pas les remontrances de sa maîtresse dont il perçoit le
trouble.
alors que le recours au style emphatique (style pompeux caractéristique du valet
classique :("J'ai l'honneur de la voir tous les jours ") se
veut une marque de respect.
2) Le portrait de Dorante et le thème de la folie
Le valet propose un portrait contrasté mais cohérent de son ancien maître . Ce portrait
évolue en fonction de la progression des révélations.
C'est d'abord l'image négative d'un maître rusé et manipulateur , une espèce de démon
( notons qu'il y a là un transfert de personnalité)
Puis le portrait devient peu à peu plus séduisant mais toujours inquiétant , un
honnête homme d'honneur :les recours aux superlatif absolu , au comparatif ("...de
plus brave homme...plus d'honneur que...) , et à l'hyperbole ("merveilleuse")
précèdent le thème de la folie.
Une folie d'abord sans raison mais démesurée ("timbré comme cent") ;
ce qui a posteriori ne pourra que flatter Araminte.
Une folie d'origine amoureuse , les termes employés "extravague...cervelle
brûlée", hyperboliques traduisent le degré de cette démence.
Une folie dont Araminte est responsable . "c'est vous , Madame".
Une confidence progressive qui dresse progressivement un portrait aimable et
touchant de Dorante.
3 ) Les réactions d'Araminte
la première réplique d'Araminte est
une information, une affirmation neutre , la tournure présentative met simplement en
avant l'intermédiaire estimable qu'est monsieur Rémy .
L'émotion de la jeune-femme naît bien sûr peu à peu grâce au jeu du valet. Son
trouble est perceptible d'abord grâce à la ponctuation : les répliques d'Aramintes sont
en grande partie constituées d'exclamatives ou d'interrogatives . Exclamations qui
reflètent les bouleversements que les révélations de Dubois provoquent . Interrogations
qui montrent son désarroi savamment entretenu par le valet.
Elle se dit "surpr[ise]" puis "alarm[ée]" et enfin
"émue".
Dupée par Dubois, Araminte prend le mensonge pour la vérité :"il est
vrai" . Ce qui l'amène à envisager un intendant amoureux d'une autre femme et
la didascalie "un peu boudant" dévoile les sensations profondes qui
l'agitent : c'est une ébauche ("un peu") de dépit amoureux à la
mesure d'un sentiment naissant.
Le renvoi "je ne le garderai pas" "je veux le congédier" ne
reste qu'une vague menace fruit d'une jalousie brièvement entretenue par Dubois : "pour
quelqu'objet qui n'en vaut pas la peine".
Incapable de développer un discours construit et cohérent , la jeune femme juxtapose des
propositions contradictoires : "mauvaise action" / "honnête
homme" - "bon sens" /" folie" ; se
réfugie dans les idées reçues : "...les hommes ont des fantaisies... "; glisse sans
transition d'une idée à une autre " je veux le congédier. Est-ce que tu la
connais, cette personne?
Cette curiosité excessive pour la vie sentimentale d'un intendant dont elle ignorait
l'existence jusqu'à présent est suspecte. Le redoublement du complément , le
démonstratif "cette " donne à la "personne"
en question une importance surprenant : celle de rivale potentielle.
CONCLUSION
Une scène d'aveu par procuration. Grâce à ses qualités (
beau parleur, comédien et fin psychologue) Dubois a atteint son objectif : il a réussi
à dévoiler la passion de Dorante tout en amenant Araminte à déclarer un sentiment
naissant .
Ces confidences trompeuses sont aussi un exemple de marivaudage , une illustration
de la comédie d'intrigue.
La subtile dimension comique de l'extrait (comique de mots mais aussi de geste et de
caractère) permettant par ailleurs la progression dramatique.
ACTE PREMIER SCENE XV Dorante,
Araminte
La scène s'ouvre et se ferme sur des répliques à
caractère introspectif : Araminte reconnaît le trouble que les révélations de Dubois ont provoqué en elle.
Ce trouble se traduit devant Dorante par une série d'hésitations :
- garder ou ne pas garder Dorante
-plaider ou ne pas plaider
-se marier ou ne pas se marier avec le comte .
La double menace qui pèse sur Dorante , sur le statut acquis (celui d'intendant) et sur
le statut espéré (celui de mari) semble écartée à la fin de la scène.
ACTE PREMIER SCENE XVI Dorante, Dubois
Face à face des deux complices. Dubois dresse un
rapide bilan de la situation, exprime avec ironie ("elle
espère vous guérir par l'habitude de la voir") et
cynisme ("elle n'en réchappera pas") sa satisfaction et énonce la deuxième étape de son plan ("jeter dans tous les esprits les soupçons").
Dorante est lui sous le charme.
ACTE PREMIER SCENE XVII Dubois, Marton
Scène de vraie confidence , c'est donc cette fois le vrai
qui est pris pour le faux : Marton trop sûre d'elle , aveuglée par son orgueil
n'accorde aucun crédit aux soupçons de Dubois .
Le dernier mot de l'acte : "batteries" assimile la conquête amoureuse à la guerre, métaphore classique
qui donne de Dubois l'image d'un stratège militaire.
Présence des personnages
| scène 1 | scène 2 | scène 3. | scène 4 | scène 5 | scène 6 | scène 7 | scène 8 | scène 9 | scène 10 | scène 11 | scène 12 | scène 13 | scène 14 | scène 15 | scène 16 | scène 17 | |
| DORANTE | |||||||||||||||||
| ARAMINTE | |||||||||||||||||
| MmeARGANTE | |||||||||||||||||
| MARTON | |||||||||||||||||
| Mr REMY | |||||||||||||||||
| DUBOIS | |||||||||||||||||
| ARLEQUIN | |||||||||||||||||
| LE COMTE |
COMMENTAIRES
- Omniprésence de Dorante.
- Dubois présent aux moments
stratégiques : début et fin de l'acte.
- La première apparition d'Araminte est tardive (scène 6). Deux fortes présences .
- Marton semble suppléer sa maîtresse [sur la scène et, du
moins le croît-elle, dans le coeur de Dorante (scènes 4/5 et 9/11].
- Mre Rémy n'apparaît qu'au début de la pièce (le temps de lancer la
deuxième intrigue).
- Arlequin occupe la scène au milieu de l'acte (le temps de préciser la réelle
répartition des rôles).
- Courte apparition de Mme Argante (le temps de (re)présenter un
obstacle supplémentaire aux projets de Dorante).
ACTE DEUX SCENE PREMIERE Araminte
, Dorante
Reprise du face à face amorcé à la scène 15 de l'acte
précédent . Mêmes thèmes : le procés, le mariage , la place d'intendant. Mêmes
hésitations d'Araminte qui ici cherche plutôt à éprouver Dorante , quant à
l'intendant il feint de vouloir se débarrasser de Dubois dont il craindrait les
révélations. Donc mensonge contre mensonge et jeu des masques.
ACTE DEUX SCENE II Araminte , Dorante, Monsieur Rémy
Un coup de théâtre qui n'en est pas un puisque cette jeune
femme riche qui désire épouser Dorante ressemble à la "brune piquante"
imaginé par Dubois (1/15), stratagème du valet auquel s'est laissé prendre Monsieur
Rémy , le procureur entremetteur. Stratagème qui permet surtout au jeune intendant de
briller , d'apparaître fidèle et désintéressé aux yeux d'Araminte.
ACTE DEUX SCENE III
La scène 3 peut être vue comme une parodie de la scène 2 , Marton remplaçant Araminte.
Marton n'a ni les qualités ni la fortune d'Araminte, elle se laisse donc dans un
premier temps aveuglée par les 15000 livres de rente et sa première réaction met à nue
son pragmatisme . Son absence de "générosité" éclate lorsque le quiproquo
est levé.La scène possède une certaine dimension comique puisqu'elle met en scène deux
personnages très matérialistes qui mettent les sentiments au service de leur intérêt.
Quant à Dorante , il répond à Marton de façon à laiiser planer l'équivoque et
choisit la fuite à l'arrivée du comte.
ACTE DEUX SCENE IV
Une information initiale : le départ du comte est antérieur
à l'arrivée de Dorante , son absence a favorisé l'installation d'un rival. Alors que
Marton dresse un portrait élogieux de l'intendant "bien fait...bonne mine...honnête
homme...désintéressé", le comte porte lui un jugement hâtif, c'est un
"bon(s) à rien", jugement qui traduit sa morgue aristocratique. Le personnage
est d'ailleurs entièrement négatif puisqu'il envisage d'acheter l'intendant pour
tromper la maîtresse. La tournure négative qu'il utilise pour parler des sentiments
qu'Araminte éprouve envers lui "Araminte ne me hait pas" est du même
ordre: le rival de Dorante n'est ni aimé ni aimable , son seul avantage étant son titre
de noblesse.
ACTE DEUX SCENE V à IX
Cinq scènes où il est question d'un énigmatique
portrait. Scène 5 : l'épisode
débute par les interrogations maladroites d'Arlequin qui accroît le mystère au lieu de
l'éclaircir. Scène 6 : les
propos du garçon sont sibyllins, marqués par de nombreux indéfinis (articles ou
pronoms) quant aux interrogations du comte , elles traduisent bien le trouble qui agite la
microsociété.Scène 7 Les
certitudes de Marton trahissent ses faiblesses : orgueilleuse , menteuse, naïve Scène 8 La dernière réplique de Dorante
montre que Marton est la première victime de ce qui se dévoile être un nouveau
stratagème de Dubois.Scène 9 En
deux temps : avant et après l'ouverture de la boîte . Avant : confrontation révélatrice des sentiments de chacun . Les didascalies
(vivement X 2, brusquement) montrent la fébrilité d'Araminte. Le comte analyse la
situation avec clairvoyance et en tire des déductions qui font naître sa jalousie. A
aucun moment les certitudes de Marton ne paraissent crédibles à ceux qui détiennent le
pouvoir : la suivante est ainsi remise à sa place de subalterne peu digne d'intérêt.
Après : Marton
avoue sa défaite "j'y renonce... tant d'honneur ne m'appartient
point" . Les démentis du comte anéantissent le dernier espoir d'Araminte .
L'affaire du portrait la met dans une position délicate : il lui faut désormais
manifester publiquement sa réprobation.
LECTURE METHODIQUE ACTE 2 SCENE X
Situation : L'affaire du
portrait a , comme le voulait Dubois, " jeté [ le trouble ] dans ...
les esprits"(1/16) qui deviennent du même coup plus soupçonneux envers
Dorante. C'est pour Araminte , après l'affaire de la prétendante (2/2) la deuxième
preuve de la passion que Dorante lui porte . Passion quasi fétichiste puisque nous
apprenons ici que ce portrait n'est pas la seule représentation picturale d'Araminte.
| Lecture:
ARAMINTE, LE COMTE,
MADAME ARGANTE, MARTON, DUBOIS, ARLEQUIN. ARLEQUIN, en entrant. Tu es un plaisant magot! MARTON. A qui en avez-vous donc, vous autres? DUBOIS. Si je disais un mot, ton maître sortirait bien vite. ARLEQUIN. Toi? Nous nous soucions de toi et de toute ta race de canaille comme de cela. DUBOIS. Comme je te bâtonnerais, sans le respect de Madame! ARLEQUIN. Arrive, arrive: la voilà, Madame. ARAMINTE. Quel sujet avez-vous donc de quereller? De quoi s'agit-il? MADAME ARGANTE. Approchez, Dubois. Apprenez-nous ce que c'est que ce mot que vous diriez contre Dorante; il serait bon de savoir ce que c'est. ARLEQUIN. Prononce donc ce mot. ARAMINTE. Tais-toi; laisse-le parler. DUBOIS. Il y a une heure qu'il me dit mille invectives, Madame. ARLEQUIN. Je soutiens les intérêts de mon maître, je tire des gages pour cela, et je ne souffrirai point qu'un ostrogoth menace mon maître d'un mot; j'en demande justice à Madame. MADAME ARGANTE. Mais, encore une fois, sachons ce que veut dire Dubois, par ce mot; c'est le plus pressé. ARLEQUIN. Je lui défie d'en dire seulement une lettre. DUBOIS. C'est par pure colère que j'ai fait cette menace, Madame, et voici la cause de la dispute. En arrangeant l'appartement de Monsieur Dorante, j'y ai vu, par hasard, un tableau où Madame est peinte, et j'ai cru qu'il fallait l'ôter, qu'il n'avait que faire là, qu'il n'était point décent qu'il y restât; de sorte que j'ai été pour le détacher; ce butor est venu pour m'en empêcher, et peu s'en est fallu que nous ne nous soyons battus. ARLEQUIN. Sans doute, de quoi t'avises-tu d'ôter ce tableau qui est tout à fait gracieux, que mon maître considérait il n'y avait qu'un moment, avec toute la satisfaction possible? Car je l'avais vu qui l'avait contemplé de tout son coeur, et il prend fantaisie à ce brutal de le priver d'une peinture qui réjouit cet honnête homme. Voyez la malice! ôte-lui quelque autre meuble, s'il en a trop, mais laisse-lui cette pièce, animal. DUBOIS. Et moi je te dis qu'on ne la laissera point, que je la détacherai moi-même, que tu en auras le démenti, et que Madame le voudra ainsi. ARAMINTE. Eh! que m'importe? Il était bien nécessaire de faire ce bruit-là pour un vieux tableau qu'on a mis là par hasard, et qui y est resté. Laissez-nous. Cela vaut-il la peine qu'on en parle? MADAME ARGANTE, d'un ton aigre. Vous m'excuserez, ma fille; ce n'est point là sa place, et il n'y a qu'à l'ôter; votre intendant se passera bien de ses contemplations. ARAMINTE, souriant d'un air railleur. Oh! vous avez raison je ne pense pas qu'il les regrette. (A Arlequin et à Dubois.) Retirez-vous tous deux. Conclusion :
La farce (avec Arlequin) permet à la comédie d'intrigue( avec Dubois) d'évoluer. |
Introduction:La scène s'ouvre sur une violente querelle entre valets. Si l'emportement
d'Arlequin est crédible, celui de Dubois est plus suspect car il nous est apparu plus
calculateur qu'impulsif. Il s'agit donc d'une nouvelle ruse du valet. L'intérêt de la
scène repose en fait sur le double langage . En fonction des destinataires ,
l'objet de la querelle change de signification car seule Araminte peut comprendre ce que
les propos de Dubois sous entendent. Donc Plan : une scène de confidences simulées par une querelle. 1.Une querelle :a) violence et comique b) menaces de drame 2.Une scène de confidences : a) dupes b) entente tacite ------------------------------------- Développement: 1.a) La querelle qui ne semble concerner que les valets ( cf. Marton "vous autres" ) est d'abord entendue (cf. dernière réplique d'Araminte, scène 9).Elle se présente comme un rapport de force: un défi ("je lui défie d'en dire seulement une lettre") Violence verbale marquée par le rythme des premières répliques (stichomythie: dialogue où les interlocuteurs se répondent point par point). L'intensité du débat entre les valets est aussi traduite par le vocabulaire employé: apostrophes triviales : notamment Arlequin qui injurie Dubois à l'aide de termes qui connotent la sauvagerie (magot...canaille...ostrogoth...brutal...animal..) C'est le registre de la farce, celui de la bastonnade ("je te bâtonnerais") . Dubois fait preuve de plus de retenu comme le prouvent le recours à l'euphémisme "sortirait" ( au lieu de serait expulsé) , le terme invective et la tournure certes hyperbolique mais un peu précieuse "mille invectives" montrent qu'il se présente en victime face à un "butor" terme qui met l'accent sur la grossièreté d'Arlequin L'emportement de ce dernier est le fruit de sa conscience professionnelle ("payé pour cela"). Aussi emploie-t-il,de façon ostentatoire, la 1ère personne du pluriel ("nous nous soucions" ). 1.b) C'est par le chantage que Dubois manipule Arlequin. Il menace de divulguer "un mot": le terme revient cinq fois et par trois fois accompagné du démonstratif "ce" qui en souligne l'importance. Façon de procéder qui permet d' éveiller la curiosité de l'auditoire notamment de Madame Argante puisque l'accusé est Dorante ("que vous diriez contre Dorante") Dubois se présente donc en accusateur et son témoignage peut entraîner l'expulsion de son ancien maître. Une telle issue dramatique , espérée par les uns, se retournerait contre lui mais il se garde bien de prononcer "ce mot". Il n'en reste qu'au stade de la menace qu'il justifie par un excés de "colère". 2.a). Le premier
dupe de Dubois est donc Arlequin qui s'est laissé prendre au jeu de la fausse colère. |
ACTE DEUX SCENE X I
Araminte face aux réactions suscitées par la révélation.
Dorante est pour tous un intrigant.
Le comte reprend sans le savoir
la formule de Dubois (I/14) "de bon goût"mais l'ironie porte sur la
fonction véritable de Dorante "cet homme d'affaires- là" Dorante
semble donc démasqué. Jaloux,soupçonneux et perspicace, le comte préfère
abandonner le procès.
Madame Argante: réaffirme son
mépris pour "ce petit monsieur-là" , souligne sa lucidité (toute
relative puisqu'elle n'est pas consciente du double jeu de Dubois!)et conseille sa fille
sur la conduite à tenir devant le danger.
Marton "Je n'en suis
pas contente" = l'art de la litote . Brièveté de la réplique car elle reste
un personnage secondaire. Son opinion ne compte pas.
Araminte use de l'ironie
(didascalies) pour dissimuler sa gène. Elle marque son refus en dressant un portrait
élogieux de l'intendant fidèle . Mais son attachement à Dorante n'est pas d'ordre
professionnel, il peut se justifier par son désir de s'affirmer , c'est aussi la
manifestation du sentiment naissant.
Dubois a réussi le tour de force d' apparaître comme l'ultime recours aux yeux de la
mère comme de la fille.
SCENE X I I
DUBOIS/ARAMINTE Les didascalies soulignent l'évolution des
sentiments d'Araminte : de la colère à l'attendrissement. Colère contre le valet
fauteur de troubles, entre autres du trouble qu'elle éprouve.
Dubois fait son autocritique et propose de renvoyer cet intendant incapable. Il amène
ainsi une fois de plus Araminte par une série de vraies ou fausses confidences, à
manifester son intérêt pour Dorante:
- en écartant définitivement la rivale Marton
-en lui peignant une scène pathétique , celle de Dorante en pleurs.
- en lui faisant admettre que seuls le rang et la fortune la séparent de Dorante
."Vraiment , non voilà les usages".
-En lui révélant que Dorante est l'auteur du portrait.
Araminte se retranche derrière la dissimulation : cacher la vérité aux autres, c'est
aussi se cacher la vérité.
Elle se réfugie dans l'exercice de l'autorité et décide de mener le jeu
SCENE X III
L'un des seuls moments où l'action échappe au démiurge
Dubois (Cf. aparté initial) sans que cela remette en cause son stratagème.
Les fausses confidences d'Araminte qui ont pour but d'amener Dorante à l'aveu. Une
épreuve.
Elle le rassure en ce qui concerne le problème accessoire : son statut d'intendant. Puis
elle le met au supplice en lui faisant rédiger la lettre adressée au comte . Cruauté
d'Araminte qui cherche à vaincre la résistance de Dorante. Cette cruauté se retourne
d'ailleurs contre elle-même puisqu'elle avoue en aparté son émotion .
Scène qui fragilise Dorante : désemparé, il finit par s'effondrer, sa dernière
réplique n'est certainement pas le signe de la clairvoyance, c'est plutôt celui d'un
être qui rejette l'inconcevable.
SCENE X IV
Intervention de Marton qui se présente en rivale d'une
maîtresse dont elle demande en même temps l'intervention. Cette réaction impulsive que
l'on peut mettre sur le compte de l'amour-propre permet avant tout la progression
dramatique : elle autorise Araminte à interroger Dorante sur ses sentiments.
SCENE X V
Lecture méthodique de : "Je ne vous interroge que par
étonnement." à "Comment pourrais-je expier ?..."
SCENE X VI
SCENE XVII
| scène 1 | scène 2 | scène 3. | scène 4 | scène 5 | scène 6 | scène 7 | scène 8 | scène 9 | scène 10 | scène 11 | scène 12 | scène 13 | scène 14 | scène 15 | scène 16 | scène 17 | |
| DORANTE | |||||||||||||||||
| ARAMINTE | |||||||||||||||||
| MmeARGANTE | |||||||||||||||||
| MARTON | |||||||||||||||||
| Mr REMY | |||||||||||||||||
| DUBOIS | |||||||||||||||||
| ARLEQUIN | |||||||||||||||||
| LE COMTE | |||||||||||||||||
| LE GARCON |
REMARQUES
Acte organisé autour de la révélation du portrait d'Araminte.
Dubois présent dans la deuxième partie de l'acte, après la révélation.
Dorante absent des scènes de groupe ( moment de la révélation).
Première apparition du rival (4/II) qui s'efface après la révélation.
Présence féminine : un équilibre : d'abord Marton (avant la révélation) puis Araminte
(après la révélation)
ACTE III
Scène 1 : Les comploteurs dressent bilan et plan .Rappel des rapports de
force. Ton de la conversation naturelle ( le spectateur / lecteur découvre une
conversation en cours) il est désormais question d'une lettre , ce qui laisse supposer un
nouveau stratagème de Dubois. Il s'agit de "faire
éclater l'aventure": faire passer ce qui était
jusqu'à présent du domaine de la confession au domaine public afin d'amener Araminte à
affronter directement l'obstacle des conventions sociales.
Le valet est conscient que la
résistance d'Araminte est également due à son amour-propre "Voulez-vous qu'elle soit de bonne humeur avec un
homme qu'il faut qu'elle aime en dépit d'elle? Cela est-il agréable? Vous vous emparez
de son bien, de son coeur et cette femme ne criera pas! Allez vite, plus de raisonnements,
laissez-vous conduire."
Cynisme "point de
quartier. Il faut l'achever" et sentiment de supériorité de Dubois "homme de sang-froid"qui n'admet aucune concurrence. Sa misogynie semble d'ailleurs
décupler l'énergie mise au service de l'ex maître.
Dubois décide d'exploiter la jalousie de Marton .
Scène 2 : Dubois
comédien manipule Marton pour laquelle il ne ressent que du mépris "Vous
avez bien trouvé votre homme. En fait de discrétion, je
mériterais d'être femme."
Il s'amuse ainsi a avouer
son indiscrétion puis son comportement diabolique "Oh! le diable n'y perd rien, ni moi non plus; car
je vous entends."
A l'aide d'une
vraie-fausse confidence ( les mises en garde adressées à Araminte) il rassure Araminte
sur son honnêteté pour obtenir sa confiance et s'assurer de sa complicité .
"Si nous pouvions la
saisir, peut-être en saurions-nous davantage."
Scène 3 : Dubois comédien manipule Arlequin , il joue le jeu de la rancoeur en poursuivant la querelle (II/10) Quant à Marton , elle flatte le domestique en exploitant sa paresse et le peu d'estime qu'il ressent pour Dorante (ironie de la phrase :"Oui, je vous recommande l'exactitude à cause de Monsieur Dorante qui mérite toutes sortes de fidélités" .)
Scène 4 : Les ennemis de Dorante réunis. Somme des résistances à affronter. Mais le clan n'est pas vraiment soudé : Marton dissimule, Madame Argante impose, Le comte reste trés timoré.
Scène 5 : La scène présente l'affrontement des deux
parents à l'autorité trés émoussée . De même condition sociale , Madame Argante et
Monsieur Rémy ont également le même caractère vaniteux . Le ton est donné par
les premières didascalies ("brusquement"..."d'un
ton revêche")L'oncle mis à l'écart des révélations prend trés vite la défense du neveu .
Comique de caractère et comique de mots involontaire "Comment
donc! m'imposer silence! à moi, Procureur! Savez-vous bien qu'il y a cinquante ans que je
parle, Madame Argante? ".
Cette fougueuse prise de position de Monsieur Rémy
constitue le premier revers des ennemis de Dorante qui apparaissent assez limités .
Scène 6 : La scène présente l'affrontement de la mère et
de la fille devant Monsieur Rémy . Araminte dans la situation délicate
envisagée par Dubois : elle réagir et prendre une décision publiquement .
Embarrassée, elle simule la désinvolture, ment et ironise pour minimiser .
Scène 7 : Araminte intransigeante déclare publiquement qu'elle garde Dorante. La décision semble être prise par amour propre et non par amour.
Scène 8 : Le coup de théâtre déclenché par Marton qui
fait lire publiquement par le rival la lettre compromettante.
Une nouvelle confidence ( avec sa part de vérité : l'amour de Dorante , et sa part
de mensonge : le départ résolu ) qui provoque la disgrâce de l'intendant . Marton ,
maladroite , doit elle aussi quitter la scène précédent les sorties du comte et de
Madame Argante . Araminte reste donc seule face à sa conscience.
Scène 9 : Dubois en bon démiurge surgit au bon moment
Rapide
analyse de la scène 9 de l'acte III
Araminte , Dubois
Dénouement proche
Dilemme d'Araminte : Dorante ou les coinventions sociales
rôle de Dubois : influencer Araminte
d'un côté une maîtresse fragile de l'autre un valet dominateur qui veut donner le coup
de grâce
1. Le dilemme : un combat moral pour Araminte : laisser partir D ou l'épouser
D'où ses plaintes (les relever et les commenter)
Dubois précipite la décision en feignant de prendre le parti des conventions à 3
reprises (délivrée...n'arriverait rien...en êtes quitte)
Il privilégie le registre tragique pour émouvoir A.(douleur , mort que vif, pâle et
triste) réaction d'A. "faut-il tuer..."
Dialogue qui ressemble à un réglement de compte: aveu du stratagème de la lettre et
réacton d'A.: bannir et accuser le valet
D'où son indignation (relever et commenter les passages qui montrent cette indignation)
et accusation qui mènent au bannissement.
2. Forces et faiblesses en présence:
Faiblesses : colère d'A= incohérence et perte de la maîtrise de la situation.(elle
reconnaît qu'on ne lui a pas obéi)
Elle ne se maîtrise pas elle même : (...toujours rêvé), incapable de donner des
ordres, elle divague : (mais qu'on aille...faut-il tuer cer homme")
Son amour la trahit : elle accuse le valet pour plaindre la maître.
Son ton autoritaire (cf. les didascalies) prouve surtout qu'elle est dominée par
l'émotion...
Forces: mettre en évidence le machiavélisme de Dubois et souligner sa maîtrise absolue
de la parole.
Conclusion : D. seul maître de l'action ,aussi bien dans ce qu'il avoue avoir fait que
dans la façon dont il manipule A. il apparaît comme le metteur en scène de la piéce et
comme l'auteur de l'intrigue
LECTURE METHODIQUE ACTE III SCENE 13
DORANTE, ARAMINTE, LE COMTE, MADAME ARGANTE, DUBOIS, ARLEQUIN
SituationLectureIntroductionPlan
S : Dénouement qui succède à l'aveu , retour à la "normale" : Dorante ,désormais du côté des maîtres,a rejeté sur Dubois la responsabilité des mensonges qui lui ont permis de séduire Araminte.
LECTURE
MADAME ARGANTE, voyant Dorante. __ Quoi! le
voilà encore!
ARAMINTE, froidement. __ Oui, ma mère. (Au Comte.) Monsieur le
Comte, il était question de mariage entre vous et moi, et il ny faut plus penser :
vous méritez quon vous aime ; mon coeur nest point en état de vous rendre
justice, et je ne suis pas dun rang qui vous convienne.
MADAME ARGANTE. __ Quoi donc! que signifie ce discours?
LE COMTE. __ Je vous entends, Madame, et sans lavoir dit à Madame (montrant
Madame Argante) je songeais à me retirer. Jai deviné tout, Dorante nest
venu chez vous quà cause quil vous aimait ; il vous a plu ; vous voulez lui
faire sa fortune: voilà tout ce que vous alliez dire.
ARAMINTE. __ Je nai rien à ajouter.
MADAME ARGANTE, outrée. __ La fortune à cet homme-là!
LE COMTE, tristement. __ Il ny a plus que notre discussion que
nous réglerons à lamiable ; jai dit que je ne plaiderais point, et je
tiendrai parole.
ARAMINTE. __ Vous êtes bien généreux ; envoyez-moi quelquun qui en
décide, et ce sera assez.
MADAME ARGANTE. __ Ah! la belle chute! ah! ce maudit intendant! Quil soit
votre mari tant quil vous plaira ; mais il ne sera jamais mon gendre.
ARAMINTE. __ Laissons passer sa colère, et finissons.
Ils sortent.
DUBOIS. __ Ouf! ma gloire maccable ; je mériterais bien dappeler
cette femme-là ma bru.
ARLEQUIN. __ Pardi, nous nous soucions bien de ton tableau à présent
;loriginal nous en fournira bien dautres copies.
FIN
I NTRODUCTION: Dénouement d'une comédie - mariage en perspective- donc tous les conflits doivent être réglés et les décisions clairement exprimées. On retrouve les grands thèmes de la pièce : l'amour, l'argent , le non-dit, la séparation "maître/valet".
Plan : Explication linéaire du dénouement
La scène s'ouvre sur une
interjection.. Expression de la stupeur scandalisée ressentie devant la continuation
(adv. "encore") d'une
présence insupportable à Madame Argante. Son refus de nommer ð Le pronom /le/ est évidemment la marque du
mépris.
Réponse lapidaire d'Araminte : l'adverbe "oui" isolé marque une acceptation sans justification .Refus de se
justifier Le refus de renvoyer Dorante est le premier acte de révolte d'Araminte contre
l'ordre social (la victoire du subalterne).Le rejet du mariage avec le conte est son
corollaireð Araminte recourt à des tournures impersonnelles qui montrent qu'elle ne
s'est jamais sentie impliquée. +"vous et moi
": séparation des personnes "nous". Le deuxième impersonnel est une prise de position péremptoire
:"il n'y faut plus penser".
L'explication qui suit = l'estime , marque de la politesse et du respect . L'indéfini
"on" renvoie le comte
à d'autres amours ð honnêteté intellectuelle d'Araminte en ce qui concerne les
sentiments profonds ("mon coeur") . "en état de..."= langage précieux .Par contre la deuxième explication en ce qui concerne
l'ordre social =de la mauvaise foi évidente (elle épouse, elle, un subalterne!).
Madame Argante: Progression dans l'expression verbale de l'indignation (De quoi! à Quoi
donc! ) Elle est d'ailleurs exclue du dialogue puisque
personne ne lui répond directement .Dorimont avoue d'ailleurs avoir laissé Mme
Argante à l'écart .C'est donc le comte qui donne les explications (il a compris, lui
:"je vous entends")
Il propose un raccourci de l'intrigue en trois temps suivi d'un "voilà" qui clôt l'histoire.(l'adverbe
ôte tout espoir).Le débat idéologique est éludé. Le mot "Fortune ",polysémique, a chez lui
certainement le sens de bonheur. Ce qui n'est certainement pas le cas lorsqu'il est repris
par Madame Argante : pour elle il ne peut s'agir qu de fortune matérielle. Le
comte a nommé Dorante, ce qui est une forme de reconnaissance(sociale et humaine). La
mère continue de le désigner avec mépris (démonstratif doublé de l'adv.).
Reste à régler l'accessoire ð le comte ne peut être qu'un homme d'honneur puisqu'il
est comte , un homme de parole (Marivaux n'est pas un révolutionnaire- moins que
Beaumarchais chez qui Almaviva apparaît bien infidèle et ingrat).
La dernière réplique construite d'Araminte est donc pour le comte à propos d'un
problème matériel . Refus de parler de Dorante et de ses sentiments pour lui.
Manifestation d'autorité ou gêne ? "Ce sera
assez"
La rage exprimée par Madame Argante , la malédiction qui
pour elle s'est abattue sur la maison, la "chute"
(il ne sera jamais mon gendre.) qu'elle substitue à la
"chute" de sa fille laisse le spectateur sur une image de désaccord peu
compatible avec la comédie.
Le premier impératif d'Araminte (Laissons passer sa
colère) laisse cependant envisager une ouverture . Le
deuxième (finissons)= l'ordre
de baisser le rideau.
(Les répliques finales des valets ont longtemps été supprimées ). La phrase de Dubois
peut paraître indécente : c'est certes un jeu de mots en réponse à Madame Argante ,
mais ce jeu de mot le fait rentrer spirituellement ( dans les deux sens du terme) dans la
famille des dominants et cela grâce à ses mérites que pour l'instant lui seul se
reconnaît. (Figaro reprendra l'idée dans le Barbier puis dans le Mariage)
Les propos dArlequin, apparemment réconcilié, évoquant métaphoriquement
la nombreuse progéniture à
venir (loriginal nous en fournira bien dautres
copies) est une image triviale et peu respectueuse des
valeurs. C'est une version "arlequinesque" du fameux "Et ils eurent
beaucoup d'enfants" qui clôt habituellement les contes de fée.
Le mot de la fin est donc aux valets, les répliques du valet grotesque ouvrent et ferment
la pièce. Quant au valet ingénieux, il rappelle ici que l'avenir lui appartient.
Conclusion : Pourquoi Araminte épouse-t-elle Dorante ? L'aime-t-elle ? Elle ne le clame pas (Certes, il lui "plaît"mais c'est Dorimont qui l'affirme) L'amour de Dorante est-il réel ? Dorante ne s'exprime pas ici . Dénouement ambigu qui ouvre sur le mariage entre un homme romanesque et docile( ou un charlatan) et une femme pragmatique et autoritaire ...
PRINCIPALES REPLIQUES POUVANT SERVIR DE PLAN SYNOPTIQUE
ACTE I
DORANTE. __ Cette femme-ci a un rang dans le monde, elle est liée avec tout ce qu'il y a de mieux , moi qui ne suis rien, moi qui n'ai point de bien?
DUBOIS. __ Point de bien! votre bonne mine est un Pérou
DORANTE. __ Elle a plus de cinquante mille livres de rente Dubois. DORANTE. __ Je J'aime avec passion. et c'est ce qui fait que je tremble!
DUBOIS .- on vous enrichira, tout ruiné que vous êtes Quand l'amour parle, il est le maître, et il parlera
MARTON. __ Eh bien! ce neveu-là est bon à montrer ; il ne dépare point la famille. MARTON, en le voyant sortir. __ J'admire ce penchant dont on se prend tout d'un coup l'un pour l'autre.
ARAMINTE. __ ... Mais, Marton, il a si bonne mine pour un intendant, ARAMINTE. __ Il est vrai que je suis toujours fâchée de voir d'honnêtes gens sans fortune, tandis qu'une infinité de gens de rien et sans mérite en ont une éclatante.
ARLEQUIN. __ Oh çà, Monsieur, nous sommes donc l'un à l'autre, et vous avez le pas sur moi. Je serai le valet qui sert, et vous le valet qui serez servi par ordre.
MADAME ARGANTE. __ Ma fille n'a qu'un défaut ; c'est que je ne lui trouve pas assez d'élévation. Le beau nom de Dorimont et le rang de comtesse ne la touchent pas assez ; elle ne sent pas le désagrément qu'il y a de n'être qu'une bourgeoise. MADAME ARGANTE, vivement. __ Il ne s'agit pas de ce que vous en pensez. Gardez votre petite réflexion roturière, et servez-nous
DUBOIS. __ Quelle preuve? Il y a six mois qu'il est tombé fou ; il y a six mois qu'il extravague d'amour, _____________________________________________________________________________________
ACTE II
ARAMINTE. __ et laissez-moi Dubois : c'est un garçon de confiance, qui me sert bien et que je veux garder
MONSIEUR REMY. __ Oh! le sot cur, mon neveu ; vous êtes un imbécile, un insensé ; et je tiens celle que vous aimez pour une guenon, si elle n'est pas de mon sentiment MONSIEUR REMY. __... Serviteur, idiot, garde ta tendresse, et moi ma succession.
LE COMTE. __ Il a bonne mine en effet, et n'a pas trop l'air de ce qu'il est. LE COMTE. __ Tant pis! ces gens-là ne sont bons à rien.
MARTON. __ Que vous êtes aimable, Dorante! je serais bien injuste de ne pas vous aimer MARTON. __ Un très aimable homme qui m'aime, qui a de la délicatesse et des sentiments et qui me recherche ; et puisqu'il faut vous le nommer, c'est Dorante.
ARLEQUIN. __ ..Car je l'avais vu qui l'avait contemplé de tout son cur, et il prend fantaisie à ce brutal de le priver d'une peinture qui réjouit cet honnête homme...
MADAME ARGANTE. __ Je compte beaucoup sur Dubois que voici, et avec lequel nous vous laissons. DUBOIS. __ Vraiment oui ; Monsieur Dorante n'est point digne de Madame. S'il était dans une plus grande fortune, comme il n'y a rien à dire à ce qu'il est né ce serait une autre affaire, mais il n'est riche qu'en mérite, et ce n'est pas assez
ARAMINTE. __ Si on me demande ce que tu m'as appris de lui, je dirai ce dont nous sommes convenus. Le voici, j'ai envie de lui tendre un piège.
DORANTE. __ j'ai tout quitté pour avoir l'honneur d'être à vous, je vous suis plus attaché que je ne puis le dire Tout le monde ici m'en veut, me persécute et conspire pour me faire sortir. DORANTE, à part, cherchant du papier. __ Ah! Dubois m'a trompé! DORANTE. __ Ah! Madame, songez que j'aurais perdu mille fois la vie, avant d'avouer ce que le hasard vous découvre. Comment pourrai-je expier?... (Il se jette à ses genoux.)
DUBOIS. __ Voici l'affaire dans sa crise. _____________________________________________________________________________________
ACTE III
DUBOIS. __ Oh! oui : point de quartier. Il faut l'achever, pendant qu'elle est étourdie. Elle ne sait plus ce qu'elle fait. DUBOIS. __ Moi! un dissimulé! moi! garder un secret! Vous avez bien trouvé votre homme! En fait de discrétion, je mériterais d'être femme.
MADAME ARGANTE. _ ma fille saura qu'il ose l'aimer, je l'ai résolu. Nous en avons les présomptions les plus fortes ; et ne fût-ce que par bienséance, il faudra bien qu'elle le chasse
MONSIEUR REMY.-Mais, Madame, dès qu'il n'est pas à vous, il me semble qu'il n'est pas essentiel qu'il vous plaise. et, pourvu qu'il convienne à Madame Araminte, MONSIEUR REMY. __ Comment donc! m'imposer silence! à moi, Procureur! Savez-vous bien qu'il y a cinquante ans que je parle, Madame Argante? MADAME ARGANTE. __ Il y a donc cinquante ans que vous ne savez ce que vous dites.
MADAME ARGANTE. __ Eh! non, point d'équivoque. Quand je vous dis qu'il vous aime, j'entends qu'il est amoureux de vous, en bon français, qu'il est ce qu'on appelle amoureux ; qu'il soupire pour vous ; que vous êtes l'objet secret de sa tendresse
ARAMINTE. __ ... Il y aurait de la bizarrerie à se fâcher de ce qu'il est bien fait. Je suis d'ailleurs comme tout le monde j'aime assez les gens de bonne mine. ARAMINTE. __ Allez, Dorante, tenez-vous en repos ; fussiez-vous l'homme du monde qui me convînt le moins, vous resteriez
MADAME ARGANTE. __ C'est-à-dire que le personnage sait peindre MADAME ARGANTE. __ Bon voyage au galant.
MONSIEUR REMY. __ Eh bien! quoi? c'est de l'amour qu'il a ; ce n'est pas d'aujourd'hui que les belles personnes en donnent
DUBOIS. __ Enfin, Madame, à ce que je vois, vous en voilà délivrée DUBOIS. __ En un mot, vous en êtes quitte
ARAMINTE. __ Allez, malheureux! il fallait m'obéir ; je vous avais dit de ne plus vous en mêler ; vous m'avez jetée dans tous les désagréments que je voulais éviter. C'est vous qui avez répandu tous les soupçons qu'on a eus sur son compte, et ce n'est pas par attachement pour moi que vous m'avez appris qu'il m'aimait ; ce n'est que par le plaisir de faire du mal. Il m'importait peu d'en être instruite, c'est un amour que je n'aurais jamais su, et je le trouve bien malheureux d'avoir eu affaire à vous, lui qui a été votre maître, qui vous affectionnait, qui vous a bien traité, qui vient, tout récemment encore, de vous prier à genoux de lui garder le secret. Vous l'assassinez, vous me trahissez moi-même. Il faut que vous soyez capable de tout, que je ne vous voie jamais, et point de réplique. DUBOIS s'en va en riant. __ Allons, voilà qui est parfait.
MARTON. __ c'est Monsieur Remy qui m'a trompée, et j'excuse Dorante.
DORANTE. __ Madame... j'ai autre chose à dire... je suis si interdit, si tremblant que je ne saurais parler
ARAMINTE. __ Ah! allez, Dorante, chacun a ses chagrins. ARAMINTE, d'un ton vif et naïf. __ Et voilà pourtant ce qui m'arrive.
DORANTE. __ Dans tout ce qui s'est passé chez vous, il n'y a rien de vrai que ma passion qui est infinie, et que le portrait que j'ai fait. Tous les incidents qui sont arrivés partent de l'industrie d'un domestique
ARAMINTE, . Ce trait de sincérité me charme, me parait incroyable, et vous êtes le plus honnête homme du monde
MADAME ARGANTE. __ Ah! la belle chute! ah! ce maudit intendant! Qu'il soit votre mari tant qu'il vous plaira ; mais il ne sera jamais mon gendre.
DUBOIS. __ Ouf! ma gloire m'accable ; je mériterais bien d'appeler cette femme-là ma bru.
ARLEQUIN. __ Pardi, nous nous soucions bien de ton tableau à présent ;l'original nous en fournira bien d'autres copies.
COMBIEN DE FAUSSES CONFIDENCES ?
Première fausse confidence : celle de Monsieur Rémy (4 et 5 / I ) qui flatte Marton en lui faisant croire que Dorante l'aime.
Deuxième fausse confidence : ( 10 / I ) Madame Argante affirme à Dorante l'amour de sa fille pour le comte
La troisième fausse confidence est essentielle : c'est celle de Dubois (13 et 14/ I )qui révèle à Araminte l'amour éperdu de Dorante . Certes l'information pricipale est vraie mais l'objectif du valet qui s'en sert pour manipuler Araminte en fait une fausse confidence . La vérité est d'ailleurs accompagnée de mensonges : la demande de congé , sous couvert d'une fausse loyauté , dont le seul but est d'intriguer Araminte et d'amener les révélations , l'existence d'une multitude de riches rivales , révélation destinée à éveiller la jalousie, le portrait de Dorante ravagé par la passion, portrait accompagné de détails qui font vrai "des petits faits vrais" destiné à flatter Araminte. Réaction de celle-ci au début de la scène 15 : "la vérité est que voici une confidence dont je me serais bien passée moi-même". Dubois éveille ainsi l'intérêt d'Araminte pour un intendant qui au delà de sa "bonne mine" n'avait aucune raison d'attirer son attention.
( l'acte I accumule les aveux amoureux par procuration )
Quatrième fausse confidence : faite malgré lui par Monsieur Rémy (2 / II) : une "dame de trente cinq ans " désire épouser Dorante . Confidence particulièrement bienvenue , d'autant que l'oncle prend Araminte à témoin . Subterfuge de Dubois qui a certainement tout inventé. La réaction de Dorante qui refuse ce raisonnable arrangement matrimonial est une preuve d'une part de la véracité du témoignage de Dubois ( 14 / I ) et de la passion de Dorante.
Cinquième fausse confidence : En tête à tête avec Araminte ( 12 / II ), Dubois discrédite Dorante de telle façon qu4araminte se voit obligée de prendre sa défense , avouant implicitement l'intérçet qu'elle lui porte.
Sixième fausse confidence : Dorante victime de la machination d'Araminte ( 13 / II )qui confie sa (fausse) décision d'épouser le Comte . Ce qui contraint Dorante à l'aveu de son amour.
Septième fausse confidence : L'épisode de la lettre ( 2 à 8 / III ): "fausse confidence" faite à Marton qui tombe dans le piège ourdi par Dubois en interceptant la lettre conçue afin de révéler publiquement la passion de Dorante. " fausse confidence" dans le contenu de la lettre , si , à nouveau , l'expression de la passion de Dorante est vraie, sa volonté de quitter la France au cas où il serait renvoyé de chez Araminte est fausse . Seule échappatoire pour Araminte : la colère.
Huitième fausse confidence : ( 9 / III ) nouvelles attaques de Dubois contre Dorante : parti pris simulé qui amène Araminte à dévoiler son intérêt pour l'intendant.
Neuvième fausse confidence : celle de Dorante ( 12 / III ) confidence qui suit l'aveu d'Araminte et discrédite Dubois , objectif : gagner définitivement l'estime d'Araminte au prix d'une accusation qui souligne toute l'ingratitude de l'ex et nouveau maître envers le valet .