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Diversité du genre biographique
Autobiographie
Mémoires
Biographie
Journal intime
Lettres
La fiction à la
1ère personne
Le vrai faux récit
autobiographique
Le genre biographique : un genre complexe car protéiforme
(se présente sous les aspects les plus divers)
Introspection,
confidences et
confessions
Introspection
+
événements de
l'Histoire, dont le
narrateur a été le
témoin
PRECURSEURS
Saint-Augustin (fin du IVème siècle) écrit les premières Confessions , il
se remémore ses fautes pour témoigner de la grandeur de la Grâce divine .
Montaigne : Les Essais ( fin XVIème siècle) ne sont pas à proprement parler une
autobiographie car l'oeuvre n'est pas chronologique, l'auteur se peint et s'analyse "je
suis moi-même la matière de mon livre" mais ne donne aucun récit de sa vie.
e1Je
forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point
d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la
nature ; et cet homme, ce sera moi. Moi seul. Je sens mon coeur, et je connais les hommes.
Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun
de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien
ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger
qu'après m'avoir lu. Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je
viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge . Je dirai hautement
: Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal
avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, je n'ai rien ajouté de bon ; et
même s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que
pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire. J'ai pu supposer vrai ce que
je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que
je fus ; méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai
été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même,être éternel.
Rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables ; qu'ils écoutent mes
confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que
chacun d'eux découvre à son tour son coeur au pied de ton trône avec la même
sincérité ; et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : Je fus meilleur que cet
homme-là.
Il faut organiser l'analyse
autour des deux axes proposés par la question.*** 1) L'auteur : les nombreux indices du
texte qui le mettent en avant --a) dans l'énonciation ( qui parle à qui et comment
?)affirmation arrogante du " moi " --b) Dans le rôle qu'il s'attribue par
rapport aux autres. Résultat : égocentrisme qui peut rebuter le lecteur au lieu
d'attirer sa sympathie.***2 L'unicité --a) Unicité de l'auteur affirmée de façon
catégorique (analyse des parallélismes de construction, des antithèses, négations
fortes, personnification de la "mère nature". Il est " autre ".
Présentatif emphatique, pronom tonique, isolement, fausse humilité , martyr ( champ
lexical du malheur) . b) l'unicité du projet , un défi , 1 ère phrase :symétrie
passé/futur + des négations . (Rappeler que Rousseau se trompe) Mais affirmation
d'unicité au début annulé par l'appel à l'imitation à la fin.3 ***Les
caractéristiques et les difficultés de ce projet autobiographique --a) Un écrit
(lu/livre) dans lequel il compte restituer sa personnalité ; " mes confessions
" . Le fruit d'une souffrance et l'expression d'une sensibilité " je sens mon
coeur et... " L'objet d'étude est le moi du narrateur (la 1ère personne est reprise
de nombreuses fois sous la forme objet). Un écrit qui se présente comme le bilan
(déictique " voilà ") d'une vie (je fus): ses actions (j'ai fait) , ses idées
(j'ai pensé). --b) Un livre transparent. Le dévoilement de l'être intime (cf.
l'épigraphe repris par " j'ai dévoilé mon intérieur ") une mise à nue sous
le regard d'autrui (" montrer " X2 ). Priorité aux faits ( démonstratif "
ce que...ce que... ") sans exclusive " rien tu ..rien ajouté " . Série
d'antithèses qui tiennent compte de tous les aspects de l'homme. L'apostrophe divine, la
mise en scène finale permet de montrer le caractère absolu de cette sincérité car il
est impossible de mentir devant Dieu. Dramatisation et périphrases théâtrales qui le
présentent sûr de lui et sans remords.--c) Les obstacles sont de deux ordres : ceux
qu'il n 'évoque pas , les difficultés d'ordre moral : certaines révélations peuvent
choquées , certaines fautes peuvent être inavouables ; Ceux qu'il évoque : défauts de
mémoire et travestissement (positif = " ornements ") et dont il se sent
peut-être par avance coupable du fait de son orgueil .L'objectivité (projet) peut-elle
être compatible avec la subjectivité (l'auteur) ? *** Conclure : ce préambule = un
pacte entre l'auteur et le lecteur + une première image d'un narrateur dont
l'agressivité, l' absence de complaisance envers le lecteur est un premier témoignage de
sincérité
SUCCESSEURS
C'est donc avec Rousseau et la naissance du romantisme qu'est
née l'idée d'écrire le récit de sa vie.
En 1809 Chateaubriand commence ses Mémoires qu'il
achèvera en 1841 : le personnage-narrateur est aussi le témoin de son
époque : c.f. passage de l'oeuvre consacré à Napoléon [voir l'extrait : http://perso.club-internet.fr/christian.mathis/champs.html]
1836 : Stendhal écrit la vie d'Henry Brulard ( l'oeuvre ne sera publiée que 54
ans plus tard) c.f. la
biographie faite par Stefan Zweig
2 Montboissier, juillet 1817
Hier au soir je me promenais seul ; le ciel
ressemblait à un ciel d'automne ; un vent froid soufflait par intervalles. A la percée
d'un fourré, je m'arrêtai pour regarder le soleil : il s'enfonçait dans des nuages
au-dessus de la tour d'Alluye, d'où Gabrielle, habitante de cette tour, avait vu comme
moi le soleil se coucher il y a deux cents ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle ? Ce
que je serai devenu quand ces Mémoires seront publiés.
Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d'une grive perchée sur la plus
haute branche d'un bouleau. A l'instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le
domaine paternel ; j'oubliai les catastrophes dont je venais d'être le témoin, et,
transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j'entendis si souvent
siffler la grive. Quand je l'écoutais alors, j'étais triste de même qu'aujourd'hui ;
mais cette première tristesse était celle qui naît d'un désir vague de bonheur,
lorsqu'on est sans expérience ; la tristesse que j'éprouve actuellement vient de la
connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l'oiseau dans les bois de
Combourg m'entretenait d'une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le
parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité
insaisissable. Je n'ai plus rien à apprendre, j'ai marché plus vite qu'un autre, et j'ai
fait le tour de la vie. Les heures fuient et m'entraînent ; je n'ai pas même la
certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai-je déjà commencé
à les écrire, et dans quel lieu les finirai-je ? Combien de temps me promènerai-je au
bord des bois ? Mettons à profit le peu d'instants qui me restent ; hâtons-nous de
peindre ma jeunesse, tandis que j'y touche encore : le navigateur, abandonnant pour jamais
un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s'éloigne et qui va
bientôt disparaître. Etude de ce passage cliquez sur :
Quelques autobiographies parmi
d'autres:
En 1854 , Georges Sand rédige "Histoire de ma vie"
En 1875 , Jules Vallès raconte sa vie à travers l'histoire de Jacques Vingtras dans la
trilogie : L'enfant, Le Bachelier et l'Insurgé Au début du XXème siècle , André Gide relate sa jeunesse dans Si le grain ne
meurt. "Les Mémoires ne sont jamais qu'à demi sincères, si grand que soit le
souci de vérité: tout est toujours plus compliqué qu'on ne le dit".
En 1939, Michel Leiris propose un récit de la première partie de sa vie : L'âge
d'homme Simone de Beauvoir écrit en 1958 les Mémoires d'une jeune fille rangée ,
première partie d'une autobiographie qui est en même temps et indirectement une
biographie de Jean Paul Sartre. Les mots de Sartre paraissent en 1964, récit et interprétation cruelle de son
enfance.
Pérec dans W ou le souvenir d'enfance raconte deux histoires , celle des
difficultés rencontrées pour rédiger son autobiographie et celle d'un étrange
narrateur : les deux textes s'éclairent mutuellement.
RACONTER UNE VIE
FICTIVE Le roman à la 1ère personne est une fausse autobiographie . Au XVIIIème
siècle , le roman considéré comme un genre mensonger et donc futile , utilise
l'artifice du récit rapporté de vive voix :
C'est le cas de l'Histoire du Chevalier de Grieux dans Manon Lescaut Marivaux exploite le filon du manuscrit trouvé et rédige La vie de Marianne Diderot invente le personnage de La religieuse RACONTER UNE VIE "FAUSSEMENT" FICTIVE Au XIXème siècle , le romantisme connaît la vogue des romans titrés par des
prénoms ( Fromentin Dominique, , Madame de Staël Delphine, Senancour Oberman,
Cobstant Adolphe, Chateaubriand René) qui sont autant d'introspections
autobiographiques.
A la recherche du temps perdu (1913-1927) est ( entre autres) une vaste
reconstruction de la vie de son auteur Marcel Proust .
4Depuis les nuits de mon
enfance,..........................................................................................................................................................................................................
...................................................................................................................................................................................................................................................................................................
Après tant de réflexions et
d'expériences parfois condamnables, j'ignore encore ce qui se passe derrière cette
tenture noire. Mais la nuit syrienne représente ma part consciente d'immortalité.
Editions Gallimard, folio n°921
Les mémoires d'Hadrien : vraie
fausse autobiographie. Yourcenar effectue un vrai travail de biographe : vie de
l'Empereur Hadrien, fruit d'une grande recherche documentaire pour écrire des
"Mémoires" qu'Hadrien n'a jamais écrits .Ce texte apocryphe est un
double défi : une femme du XXème qui rédige les Mémoires d'un homme du IIème siècle.
l'oeuvre se présente comme une longue épître divisée en 6 parties titrées en latin et
adressée à Marc Aurèle le fils adoptif en qui Hadrien voit son successeur.
Le passage qui nous intéresse se situe à la fin de la 3ème partie intitulée
"Tellus stabilita" (Solide globe terrestre)
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Le passage est composé de souvenirs qui ouvrent sur une méditation.Le point de départ
est l'amour de l'astronomie évoquée à travers une série de moments, d'épisodes qui
ont ponctué la vie du narrateur, celui-ci s'attarde sur une nuit passée dans le désert
syrien . Nuit relatée dans un registre lyrique et qui ouvre sur une réflexion
métaphysique.
organisation du texte 1 : une rapide évocation des différents épisodes qui montrent la
passion du narrateur pour l'astronomie 2 : La nuit syrienne 3: La réflexion sur le divin
et sur la mort
.Donc réponse à la problématique : un récit autobiographique (les expériences vécues
par le narrateur) qui propose une image attachante du locuteur ( image d'un être sensible
qui n'est pas celle d'un empereur)
****************
Récit autobiographique
Situation d'énonciation : Hadrien est à Tibur dans une villa ( l.8 et 25 ; X2 l'adverbe
de lieu) Il s'adresse à Marc Aurèle : présence discrète du destinataire à la ligne 24:
p.p.c."te". Nombreuses occurrences par contre de la 1ère personne (p.
personnels et adjectifs possessifs) pour évoquer des événements marquants puisque
gravés dans la mémoire du narrateur. C'est d'abord un regard sur sa vie qu'il nous
propose : une vie pleine , très active: idée suggérée par les nombreuses reprises du
passé composé qui ponctue le texte (j'ai contemplé... j'ai écouté...j'ai regardé...
j'ai offert...j'ai fait... le texte se présente dans un premier temps comme une
succession de situations)
.récit également intimiste avec la référence aux proches du narrateur : le précepteur
Marullinus (l.1) ou le grand-père (l.20) .
les moments forts de la vie d'Hadrien se présentent d'abord sous la forme de 5 séquences
:
1. L'enfant (fugitive plongée vers l'enfance) L'initiateur dont on devine la silhouette
"le bras levé...m'indiquait).
2. Le soldat avec l'évocation furtive du danger " cieux barbares".
3. L'érudit qui se forme au contact de la culture grecque "attique...Théron de
Rhodes"
4. Le voyageur "en pleine mer".
Différents lieux , différents moments d'une vie . Cette première partie du texte
propose un récit chronologique souligné par des indications temporelles
:"Depuis...Durant...plus tard"; de l'enfance à la vieillesse puisque le passage
s'achève par la référence au moment présent de l'écriture (l.8) "m'empêche
aujourd'hui" . mais l'évocation préliminaire de ces expériences a pour but de
préparerl'évocation de la nuit syrienne : (l.9) "Une fois...j'ai fait plus".
Cette expérience est clairement située dans le passé : (l.10) "Ce fut
après...durant..." Le temps dominant devient l'imparfait temps de la description
mais aussi de la durée : "resplendissait...luisait....précédait...montait) Le
narrateur insiste ainsi sur la longueur de l'expérience rappelée par ailleurs avec les
expressions "sacrifice d'une nuit tout entière"(l.9/10) ; "du soir
à l'aube"(11/12).Durée également soulignée par l'antithèse
"obscure/claire" (l.18) ou l'opposition entre le plus que parfait et le passé
simple des verbes "brûler" et "s'éteindre" (l.19).
le retour au présent de la narration( "A l'heure où je t'écris") met l'accent
sur la qualité des connaissances acquises au cours de cette nuit syrienne.
une dernière référence d'ordre chronologique à la ligne 25 ("quelques années
plus tard) ouvre sur le thème de la mort. Donc relation étroite entre l'astronomie et la
méditation métaphysique en même temps qu'évocation du thème lyrique de la fuite du
temps : ces différents épisodes qui ponctuent une vie passée amènent à un présent
qui en est le terme: le narrateur au seuil de la mort est désormais riche d'une
expérience qui est un début de réponse ( dernière phrase du passage).
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Récit qui permet de découvrir la personnalité du narrateur.
Le narrateur est d'abord caractérisé par sa curiosité (l.2)"curiosité des
choses du ciel" : la périphrase souligne le caractère mystérieux du ciel.
Curiosité intellectuelle ( cf. les verbes au passé composé) car il ne se contente pas de
contempler , il cherche des explications (celles d'un astronome l.4) , il fait
construire un observatoire (l.8) et ses voyages sont autant d'occasions d' étudier les
constellations. Cette démarche qui allie connaissances scientifiques et soucis
métaphysiques est (avant la lettre) très pascalienne. Hadrien s'interroge et
son discours autobiographique est l'occasion de découvrir un homme qui doute , un être
vulnérable . L'image de l'Empereur n'est d'ailleurs évoquée que très discrètement
aux lignes 27/28.
Ce sont les méditations d'un humaniste car au delà des expériences personnelles ,
Hadrien parle de l'homme et de sa tragique destinée . L'observation d'une nature immuable
dont il note la pérennité ( ligne 13/14) met encore plus cruellement en évidence
la fragilité et la petitesse de l'homme ". Et le thème de la fuite du temps qu'il
évoque notamment à travers l'image de son grand-père (passé, présent , futur ) (
lignes 20/21) est aussi l'occasion de rappeler le pouvoir de la mémoire qui seule permet
de revivre le passé.
Enfin l'humilité dont fait preuve le narrateur (l. 29) complète le portrait d'un
empereur dont la dimension humaine est perceptible dans la silhouette qu'il brosse de lui
"étendu sur le pont d'un navire" ou "couché sur le dos", posture peu
représentative de l'autorité qu'il a incarnée.
Hadrien est aussi un poète , le récit de ses voyages et de ses expériences n'est
en aucune façon d'ordre documentaire ; il retrace son passé à travers des images qui
ont un pouvoir évocateur.
On peut noter qu'il construit un univers exotique : les noms propres , ceux des personnes
( Théron de Rhodes, Osroès) et ceux des lieux terrestres ( mondes barbares et sauvages
et mondes civilisés ) évocations des grands espaces mer Egée et désert syrien ;
il joue sur le pouvoir de séduction des noms des constellations (l.6 , l. 14/16)
véritable bestiaire auquel il donne vie (l. 16/17) " laigle montait
toutes ailes ouvertes ". Un monde de lumières (oeil rouge,
resplendissait...luisait) que lexpression " de flammes et de
cristal " l.12 rend féerique.
Et les quatre éléments fondamentaux ( eau /air / terre et feu ) jalonnent un texte qui
glorifie la vie et ses mystères dont la métaphore finale est une des matérialisations
"ce qui se passe derrière cette tenture noire".
Des termes comme "divin" "extase" "contemplation" montrent
que nous avons à faire à un être qui veut dépasser les épreuves pour atteindre la
sérénité
**********************
Conclure :Ce récit de vie à la première personne qui se développe selon les temps
forts de l'existence propose dans une langue travaillée l'image d'un Empereur
profondément humain marqué par l'appel du mysticisme.
le roman le montre par ailleurs faisant un usage honnête et équilibré de ses pouvoirs;
l'oeuvre de Yourcenar= l'histoire d'un règne exemplaire
3
La première chose que je peux vous dire c'est qu'on habitait au sixième à pied et que
pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes,
c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. ..........................................................
...................................................................................... J'en ai pleuré toute une nuit et c'était mon premier
grand chagrin.
Mercure de France, Folio n°1362
Romain Gary La vie
devant soi = imposture lors de sa parution en 1975. Rappeler
l'épisode "Emile Ajar", personnage d’auteur vivant dont l’œuvre et le
style (langue faussement maladroite, naïveté simulée) diffèrent
totalement de l’œuvre et du style de Gary .
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Premières lignes , début de roman qui se présente comme
une autobiographie; tous les indices propres aux incipit (qui, où,
quand, quoi) + un narrateur attachant dont la vision naïve des
événements génère un humour involontaire qui laisse transparaître le
pathétique
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Volonté initiale : hiérarchiser les informations . La
tournure est banale, propre à l'oralité (X 2 "Que"), et annonce une
série de confidences du narrateur (je) qui s'adresse au présent à des
lecteurs (vous) placés ainsi d'entrée dans la position de
public-confident.
L'impression de se trouver en présence d' un témoignage
oral retranscrit par écrit se confirme par la suite avec la retour de
nombreuses et naïves maladresses de styles.
Le passé place le narrateur dans un
groupe "on" qui ne sera identifié qu'au troisième paragraphe. Le récit
se présentant comme une énigme qui se dévoile peu à peu : ce que dit le
narrateur-locuteur et ce qu'il ne dit pas par ignorance, les déductions
qu'il énonce de façon catégorique, la façon dont il s'exprime, tout cela
permet de découvrir une réalité sociale ancrée dans le XXéme siècle.
Première découverte :
celle d'un personnage central - cinq occurrences dans ces quelques
lignes- " Madame Rosa" . Un patronyme qui n'en est pas un , un titre
dont la respectabilité est douteuse: sa fonction d'ancienne prostituée
reconvertie dans la garde d'enfants transparaît peu à peu.
Personnage imposant à la santé fragile vivant dans le
quartier populaire de Belleville, dans un appartement élevé d'un
immeuble dépourvu d'ascenseur, entourée de "mômes" dont les origines et
le nombre fluctuant laissent supposer le statut social, Madame Rosa
occupe une place essentielle dans les souvenirs du narrateur-locuteur.
C'est le substitut de la mère absente
: "Je
croyais que Madame Rosa m'aimait pour rien et qu'on était quelqu'un
l'un pour l'autre" le
pronom indéfini à valeur d'euphémisme, expression d'une pudeur qui
laisse imaginer la dimension d'un sentiment contenu de peur peut-être
d'être déçu.
Aussi les considérations d'ordre matériel
prédominent-elles.Le"sixième" sans ascenseur est l'occasion de brosser
un portrait physique, moral et psychologique de Madame Rosa.
Une femme de poids : "tous ces kilos"
; le démonstratif sert bien sûr à montrer mais surtout à dénoncer ce qui
handicape.
Eternelle mécontente : les discours rapportés à l'imparfait d'habitude :
"elle nous le rappelait chaque fois... Elle disait qu'un jour..." laissent
suggérer une insatisfaction chronique face à une vie perçue comme une
suite de malheurs ( pluriels "soucis" "peines" )
L'ascension des étages ,élément premier dans la hiérarchie des
souvenirs, possède sa dimension tragique : perspective d'une mort
toujours annoncée et prévue (cf. les imparfaits d'habitude) .
C'est donc l'imposante silhouette de ce personnage gravissant seul les
escaliers qui se détache dans la mémoire du locuteur , la trivialité de
la situation empêche le texte d'être pathétique mais l'insistance du
narrateur laisse percevoir l'admiration qu'il éprouve à l'évocation de
ce souvenir.
D'autant que les autres présences sont évoquées de façon discrète et
imprécise : les "mômes" constituent une collectivité d'où ne ressort
aucune individualité, nombre approximatif ( fluctuant :
"tantôt..."tantôt" ) des éléments non identifiés parce que sans identité
d'un groupe perçu uniquement à travers une réaction commune, ils jouent
dans ce début de récit le rôle de faire valoir du personnage central.
La population cosmopolite, composée de minorités ethniques (juifs,
arabes et noirs) n'est également évoquée qu'en fonction de Madame Rosa.
Ce début de récit
autobiographique privilégie deux moments forts correspondants à deux
âges (3 ou 4 ans... 6 ou 7 ans ) , celui de la rencontre avec Madame
Rosa et celui de la découverte de la réalité de sa relation avec Madame
Rosa
L'époque correspondant à la rencontre reste imprécise , limites de la
mémoire : le narrateur convient qu'il existe une période au delà de
laquelle les souvenirs sont impossibles: une espèce de pré-histoire
inaccessible , c'est l'occasion d'énoncer une vérité psychologique :
l'éternelle nostalgie d'un âge innocent parce qu'ignorant.
Le deuxième moment est celui d'une désillusion "ça m'a fait un coup".
Une rupture (proposition temporelle en début de phrase) qui semble
correspondre à l'entrée dans la vie , passage obligé d'une épreuve "mon
premier grand chagrin": l'épithète et l'adjectif "toute" ("toute un
nuit" ) marquent l'intensité de la douleur ressentie.
Un narrateur déroutant
Le récit est caractérisé par un style relâché propre à l'oral
.Simplicité du vocabulaire, reprises ( "je peux vous dire X 2") ,
expressions familières ("mômes...là-dedans...j'étais payé), le pronom
"on" comme substitut de "nous" le locuteur semble s'exprimer avec
spontanéité, les maladresses et lourdeurs sont autant d'indices
témoignant de sa volonté de sincérité et de l'authenticité de ses propos
.
Certaines relations logiques sont également très surprenantes :comment
comprendre l'explication
"car elle était également juive"?
Il s'agit sous couvert d'un raisonnement d'apporter une information
supplémentaire ("également") sur Madame Rosa . Sa confession est une de
ses spécificités au même titre que son obésité ou que son mauvais
caractère . Le
portrait se construit donc par touches successives et non ordonnées.
Quelle opposition existe-t-il entre la population cosmopolite et le fait
que Madame Rosa soit seule pour monter les étages ? Nouvelle occasion
d'apporter une indication qui alimente le récit.
Enfin les pleurs des enfants s'expliquent uniquement par une réaction
mécanique dénuée de sentiments alors que par ailleurs dans l'ensemble du
passage, la charge émotionnelle transparaît.
Conclure La naïveté du
locuteur/narrateur est un atout car elle crée une impression de
fraîcheur et d'innocence propre à favoriser la lecture