christian.mathisarobaseclub-internet.fr
|
|
OU

8 EXTRAITS
Quelques remarques sur la structure
Gervaise avait attendu Lantier jusqu'à deux heures du matin C'était la belle chambre de l'hôtel, la chambre du premier, qui donnait sur le boulevard
Et elle se leva .-" C'est bête, ça me fait froid, cette machine... la boisson me fait froid... "
Coupeau terminait alors la toiture là-bas, sous lui.
C'était le tour de la Gueule-d'Or ses révérences de grande dame.
La nuit, lentement, était tombée quelles cuisses et quel ventre !
Le premier hiver, ils firent encore du feu l'écrasement du pauvre monde.
Perdue dans la cohue du large trottoir de bourgerons couvrait la chaussée.
Gervaise dura ainsi pendant des mois et on la découvrit déjà verte, dans sa niche.
Sous titre : "L'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire"
naturelle et sociale = souligner l'intérêt de ces deux épithètes
une fresque, une description totalisante de la société (à l'instar de Balzac: "La comédie humaine")
cycle de 20 romans
1871 : La Fortune des Rougon 1872:
La Curée 1873: Le Ventre de Paris 1874 : La Conquête de
Plassans 1875 : La faute de l'abbé Mouret 1876 : Son excellence Eugène
Rougon 1877 : L'assommoir 1878 : Une page d'amour 1880 : Nana
1882 Pot-Bouille 1883 : Au Bonheur des Dames 1884 : La Joie de
Vivre 1885 : Germinal 1886 : L'Oeuvre 1887 : La Terre
1888 : Le Rêve 1890 : La Bête Humaine 1891 : L'Argent 1892 :
La Débâcle 1893 : Le Docteur Pascal (sujets et thèmes p.482/483
anthologie Hatier)
L'ASSOMMOIR = le 7ème de la série
Portée du titre :L'assommoir = l'abattoir (présence de ce lieu dés les premières lignes p.50) influence du milieu ( titre naturaliste ) lieu clos , labyrinthique auquel on ne peut échapper; fatalité et alcool . Les personnages évoluent dans un espace tragique.L'alambic de l'Assommoir = la "machine infernale".
Mais tenir compte aussi du 1er
titre choisi = LA SIMPLE VIE DE GERVAISE MACQUART
L'assommoir est avant tout le parcours de Gervaise , celui d'une ouvrière dans
la société du Second Empire.Une héroïne tragique.
Quelques remarques en ce qui concerne la structure du roman
(lecture non naturaliste, densité des symboles)
Durée de la fiction : une vingtaine d'années ou une longue journée : chapitre 1 = la foule le matin; chapitre 12 = la foule le soir
13 (chiffre fatidique) chapitres
Une phase globalement ascendante
Crescendo
1. L'hôtel Boncoeur : un trou sordide où Gervaise-la- boîteuse enterre ses premières illusions ( nuit de mai ). Le petit peuple parisien sous le second Empire.
2 Trois semaines plus tard: le monstrueux alambic , la demande en mariage et la maison ouvrière où Gervaise envisage de vivre un jour. Résistance (un mois ) et consentement (résignation)
3. Mariage expédié : le Louvre : luxueux labyrinthe. Ascension et descente (colonne Vendôme et Pont-Royal) rencontre finale avec la mort (père Bazougue)
4. Rue Neuve de la Goutte d'Or , quatre années d'un couple d'ouvriers modèles , bonheur parfait , un projet , un voisin bienfaisant. Mais Nana naît sur un paillasson et Coupeau tombe du toit (la chute d'Icare?).
5.Euphorie dans la boutique prospère (l'ouvrière devient patronne) matérialisation d'un idéal mais dettes, laisser aller d'une Gervaise bouffie et malléable : déclin de la mère et du fils: sénescence et ivrognerie .
6. Quartier séduit et amours idéalisées (Goujon) mais double évocation du Mal : Lantier et Bijard.
Le sommet romanesque
7. Chapitre clef de voûte .Fête de l'oie : apothéose ruineux repas rabelaisien. Mais présence du père Bru qui préfigure l'itinéraire de Gervaise et retour de Lantier .
Une phase descendante
Decrescendo
8 .Deux années plus tard :le quartier conspire , Lantier le parasite séducteur organise : alcool pour le mari et adultère pour la femme . Victoire du Mal sur le Bien ( Gervaise décline l'offre de Goujet)
9. Médisances du quartier, la boutique périclite : double échec pour Gervaise : affectif et commercial. Un corps qui se vide (maman Coupeau) un commerce qui se perd, un ami qui s'en va.
10. C'est le "coin des pouilleux" sous les toits , du côté de l'ombre, à l'intérieur du labyrinthe. Triomphe du Mal : Lantier et ses deux maîtresses , exaltation de Nana (l'impure) et calvaire de Lalie (la pure). Premières pulsions de mort de Gervaise qui est d'autre part sous le charme de l'alambic de L'Assommoir.
11.Nana, produit d'"alcoolisés" (Zola) devient un personnage romanesque , l'incarnation du Vice. Fille heureuse sur les grands boulevards, mère "à quatre pattes" dans son ex boutique.
12. Le dénouement avec la déambulation finale "Gervaise avait fini sa journée" (La fameuse journée de la tragédie classique ?) Un tas de paille. L'agonie de Lallie. La dérive physique de Gervaise-la-faim sur les trottoirs .Retour sur les lieux d'une époque révolue et rencontres surprenantes (Bru et Goujet)
13. La dérive mentale de Coupeau-la soif.La réussite de Lantier en contre point de l'agonie infernale .Corps de Gervaise dans la niche.Les derniers mots pour Bazougue-la-mort.
Gervaise avait attendu Lantier jusqu'à
deux heures du matin. Puis, toute frissonnante d'être restée en camisole à l'air vif de
la fenêtre, elle s'était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues
trempées de larmes. Depuis huit jours, au sortir du Veau à deux têtes, où ils
mangeaient, il l'envoyait se coucher avec les enfants et ne reparaissait que tard dans la
nuit, en racontant qu'il cherchait du travail. Ce soir-là, pendant qu'elle guettait son
retour, elle croyait l'avoir vu entrer au bal du Grand-Balcon, dont les dix fenêtres
flambantes éclairaient d'une nappe d'incendie la coulée noire des boulevards extérieurs
; et, derrière lui, elle avait aperçu la petite Adèle, une brunisseuse qui dînait à
leur restaurant, marchant à cinq ou six pas, les mains ballantes, comme si elle venait de
lui quitter le bras pour ne pas passer ensemble sous la clarté crue des globes de la
porte.
Quand Gervaise s'éveilla, vers cinq heures, raidie, les reins brisés, elle éclata en
sanglots. Lantier n'était pas rentré. Pour la première fois, il découchait. Elle resta
assise au bord du lit, sous le lambeau de perse déteinte qui tombait de la flèche
attachée au plafond par une ficelle. Et, lentement, de ses yeux voilés de larmes, elle
faisait le tour de la misérable chambre garnie, meublée d'une commode de noyer dont un
tiroir manquait, de trois chaises de paille et d'une petite table graisseuse, sur laquelle
traînait un pot à eau ébréché. On avait ajouté, pour les enfants, un lit de fer qui
barrait la commode et emplissait les deux tiers de la pièce. La malle de Gervaise et de
Lantier, grande ouverte dans un coin, montrait ses flancs vides, un vieux chapeau d'homme
tout au fond, enfoui sous des chemises et des chaussettes sales ; tandis que, le long des
murs, sur le dossier des meubles, pendaient un châle troué, un pantalon mangé par la
boue, les dernières nippes dont les marchands d'habits ne voulaient pas. Au milieu de la
cheminée, entre deux flambeaux de zinc dépareillés, il y avait un paquet de
reconnaissances du Mont-de-Piété, d'un rose tendre. C'était la belle chambre de
l'hôtel, la chambre du premier, qui donnait sur le boulevard.
Pour le commentaire
cliquez sur le livre !
Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait
vivement ses souhaits, était déjà debout, s'inquiétant de l'heure. Mais ils ne
sortirent pas tout de suite ; elle eut la curiosité d'aller regarder, au fond, derrière
la barrière de chêne, le grand alambic de cuivre rouge, qui fonctionnait sous le vitrage
clair de la petite cour ; et le zingueur, qui l'avait suivie, lui expliqua comment ça
marchait, indiquant du doigt les différentes pièces de l'appareil, montrant l'énorme
cornue d'où tombait un filet limpide d'alcool. L'alambic, avec ses récipients de forme
étrange, ses enroulements sans fin de tuyaux, gardait une mine sombre ; pas une fumée ne
s'échappait ; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ;
c'était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant
et muet. Cependant, Mes-Bottes, accompagné de ses deux camarades, était venu s'accouder
sur la barrière, en attendant qu'un coin du comptoir fût libre. Il avait un rire de
poulie mal graissée, hochant la tête, les yeux attendris, fixés sur la machine à
soûler. Tonnerre de Dieu ! elle était bien gentille ! Il y avait, dans ce gros bedon de
cuivre, de quoi se tenir le gosier au frais pendant huit jours. Lui, aurait voulu qu'on
lui soudât le bout du serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud,
l'emplir, lui descendre jusqu'aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau.
Dame ! il ne se serait plus dérangé, ça aurait joliment remplacé les dés à coudre de
ce roussin de père Colombe ! Et les camarades ricanaient, disaient que cet animal de
Mes-Bottes avait un fichu grelot, tout de même. L'alambic, sourdement, sans une flamme,
sans une gaieté dans les reflets éteints de ses cuivres, continuait, laissait couler sa
sueur d'alcool, pareil à une source lente et entêtée, qui à la longue devait envahir
la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris.
Alors, Gervaise, prise d'un frisson, recula ; et elle tâchait de sourire, en murmurant :
- C'est bête, ça me fait froid, cette machine... la boisson me fait froid...
Pour le commentaire
cliquez sur le livre !
Coupeau terminait alors la toiture d'une
maison neuve, à trois étages.
Ce jour-là, il devait justement poser les dernières feuilles de zinc. Comme le toit
était presque plat, il y avait installé son établi, un large volet sur deux tréteaux.
Un beau soleil de mai se couchait, dorant les cheminées. Et, tout là-haut, dans le ciel
clair, l'ouvrier taillait tranquillement son zinc à coups de cisaille, penché sur
l'établi, pareil à un tailleur coupant chez lui une paire de culottes. Contre le mur de
la maison voisine, son aide, un gamin de dix-sept ans, fluet et blond, entretenait le feu
du réchaud en manoeuvrant un énorme soufflet, dont chaque haleine faisait envoler un
pétillement d'étincelles.
- Hé ! Zidore, mets les fers ! cria Coupeau.
L'aide enfonça les fers à souder au milieu de la braise, d'un rose pâle dans le plein
jour. Puis, il se remit à souffler. Coupeau tenait la dernière feuille de zinc. Elle
restait à poser au bord du toit, près de la gouttière ; là, il y avait une brusque
pente, et le trou béant de la rue se creusait. Le zingueur, comme chez lui, en chaussons
de lisières, s'avança, traînant les pieds, sifflotant l'air d'Ohé ! les p'tits
agneaux. Arrivé devant le trou, il se laissa couler, s'arc-bouta d'un genou contre la
maçonnerie d'une cheminée, resta à moitié chemin du pavé. Une de ses jambes pendait.
Quand il se renversait pour appeler cette couleuvre de Zidore, il se rattrapait à un coin
de la maçonnerie à cause du trottoir, là-bas, sous lui.
Pour le commentaire
cliquez sur le livre !
C'était le tour de la Gueule-d'Or. Avant de commencer, il jeta à la blanchisseuse un regard plein de tendresse confiante. Puis, il ne se pressa pas, il prit sa distance, lança le marteau de haut, à grandes volées régulières. Il avait le jeu classique, correct, balancé et souple. Fifine, dans ses deux mains, ne dansait pas un chahut de bastringue, les guibolles emportées par-dessus les jupes ; elle s'enlevait, retombait en cadence, comme une dame noble, l'air sérieux, conduisant quelque menuet ancien. Les talons de Fifine tapaient la mesure, gravement ; et ils s'enfonçaient dans le fer rouge, sur la tête du boulon, avec une science réfléchie, d'abord écrasant le métal au milieu, puis le modelant par une série de coups d'une précision rythmée. Bien sûr, ce n'était pas de l'eau-de-vie que la Gueule-d'Or avait dans les veines, c'était du sang, du sang pur, qui battait puissamment jusque dans son marteau, et qui réglait la besogne. Un homme magnifique au travail, ce gaillard-là ! Il recevait en plein la grande flamme de la forge. Ses cheveux courts, frisant sur son front bas, sa belle barbe jaune, aux anneaux tombants s'allumaient, lui éclairaient toute la figure de leurs fils d'or, une vraie figure d'or, sans mentir. Avec ça, un cou pareil à une colonne, blanc comme un cou d'enfant ; une poitrine vaste, large à y coucher une femme en travers ; des épaules et des bras sculptés qui paraissaient copiés sur ceux d'un géant, dans un musée. Quand il prenait son élan, on voyait ses muscles se gonfler, des montagnes de chair roulant et durcissant sous la peau ; ses épaules, sa poitrine, son cou enflaient ; il faisait de la clarté autour de lui, il devenait beau, tout-puissant, comme un bon Dieu.
Pour le commentaire
cliquez sur le livre !
La nuit, lentement, était tombée ; un
jour sale, d'un gris de cendre, s'épaississait derrière les rideaux. Quand Augustine
posa deux lampes allumées, une à chaque bout de la table, la débandade du couvert
apparut sous la vive clarté, les assiettes et les fourchettes grasses, la nappe tachée
de vin, couverte de miettes. On étouffait dans l'odeur forte qui montait. Cependant, les
nez se tournaient vers la cuisine, à certaines bouffées chaudes.
- Peut-on vous donner un coup de main ? cria Virginie.
Elle quitta sa chaise, passa dans la pièce voisine. Toutes les femmes, une à une, la
suivirent. Elles entourèrent la rôtissoire, elles regardèrent avec un intérêt profond
Gervaise et maman Coupeau qui tiraient sur la bête. Puis, une clameur s'éleva, où l'on
distinguait les voix aiguës et les sauts de joie des enfants. Et il y eut une rentrée
triomphale : Gervaise portait l'oie, les bras raidis, la face suante, épanouie dans un
large rire silencieux ; les femmes marchaient derrière elle, riaient comme elle ; tandis
que Nana, tout au bout, les yeux démesurément ouverts, se haussait pour voir. Quand,
l'oie fut sur la table, énorme, dorée, ruisselante de jus, on ne l'attaqua pas tout de
suite. C'était un étonnement, une surprise respectueuse, qui avait coupé la voix à la
société. On se la montrait avec des clignements d'yeux et des hochements de menton.
Sacré mâtin ! quelle dame ! quelles cuisses et quel ventre !
Pour le commentaire
cliquez sur le livre !
Le premier hiver, ils firent encore du feu
quelquefois, se pelotonnant autour du poêle, aimant mieux avoir chaud que de manger ; le
second hiver, le poêle ne se dérouilla seulement pas, il glaçait la pièce de sa mine
lugubre de borne de fonte. Et ce qui leur cassait les jambes, ce qui les exterminait,
c'était par-dessus tout de payer leur terme. Oh ! le terme de janvier, quand il n'y avait
pas un radis à la maison et que le père Boche présentait la quittance ! Ça soufflait
davantage de froid, une tempête du Nord.
M. Marescot arrivait, le samedi suivant, couvert d'un bon paletot, ses grandes pattes
fourrées dans des gants de laine ; et il avait toujours le mot d'expulsion à la bouche,
pendant que la neige tombait dehors, comme si elle leur préparait un lit sur le trottoir,
avec des draps blancs. Pour payer le terme, ils auraient vendu de leur chair. C'était le
terme qui vidait le buffet et le poêle. Dans la maison entière, d'ailleurs, une
lamentation montait. On pleurait à tous les étages, une musique de malheur ronflant le
long de l'escalier et des corridors. Si chacun avait eu un mort chez lui, ça n'aurait pas
produit un air d'orgues aussi abominable. Un vrai jour du jugement dernier, la fin des
fins, la vie impossible, l'écrasement du pauvre monde.
Pour le commentaire
cliquez sur le livre !
Perdue dans la cohue du large trottoir, le long des petits platanes, Gervaise se sentait seule et abandonnée. Ces échappées d'avenues, tout là-bas, lui vidaient l'estomac davantage ; et dire que, parmi ce flot de monde, où il y avait pourtant des gens à leur aise, pas un chrétien ne devinait sa situation et ne lui glissait dix sous dans la main ! Oui, c'était trop grand, c'était trop beau, sa tête tournait et ses jambes s'en allaient, sous ce pan démesuré de ciel gris, tendu au-dessus d'un si vaste espace. Le crépuscule avait cette sale couleur jaune des crépuscules parisiens, une couleur qui donne envie de mourir tout de suite, tellement la vie des rues semble laide. L'heure devenait louche, les lointains se brouillaient d'une teinte boueuse. Gervaise, déjà lasse, tombait justement en plein dans la rentrée des ouvriers. A cette heure, les dames en chapeau, les messieurs bien mis habitant les maisons neuves, étaient noyés au milieu du peuple, des processions d'hommes et de femmes encore blêmes de l'air vicié des ateliers. Le boulevard Magenta et la rue du Faubourg-Poissonnière en lâchaient des bandes, essoufflées de la montée. Dans le roulement plus assourdi des omnibus et des fiacres, parmi les haquets, les tapissières, les fardiers, qui rentraient vides et au galop, un pullulement toujours croissant de blouses et de bourgerons couvrait la chaussée.
Pour le commentaire
cliquez sur le livre !
Gervaise dura ainsi pendant des mois. Elle dégringolait plus bas encore, acceptait les dernières avanies, mourait un peu de faim tous les jours. Dès qu'elle possédait quatre sous, elle buvait et battait les murs. On la chargeait des sales commissions du quartier. Un soir, on avait parié qu'elle ne mangerait pas quelque chose de dégoûtant ; et elle l'avait mangé, pour gagner dix sous. M. Marescot s'était décidé à l'expulser de la chambre du sixième. Mais, comme on venait de trouver le père Bru mort dans son trou, sous l'escalier, le propriétaire avait bien voulu lui laisser cette niche. Maintenant, elle habitait la niche du père Bru. C'était là-dedans, sur de la vieille paille, qu'elle claquait du bec, le ventre vide et les os glacés. La terre ne voulait pas d'elle, apparemment. Elle devenait idiote, elle ne songeait seulement pas à se jeter du sixième sur le pavé de la cour, pour en finir. La mort devait la prendre petit à petit, morceau par morceau, en la traînant ainsi jusqu'au bout dans la sacrée existence qu'elle s'était faite. Même on ne sut jamais au juste de quoi elle était morte. On parla d'un froid et chaud. Mais la vérité était qu'elle s'en allait de misère, des ordures et des fatigues de sa vie gâtée. Elle creva d'avachissement, selon le mot des Lorilleux. Un matin, comme ça sentait mauvais dans le corridor, on se rappela qu'on ne l'avait pas vue depuis deux jours ; et on la découvrit déjà verte, dans sa niche.
| Commentaire |
Faire un commentaire de ce passage
Proposition de plan
1. La déchéance
a) la misère matérielle
b) la progression
c) animalité et perte d'identité
2. Les autres
a) les marques de l'opposition
b) mépris
c) indifférence